, ^---f^^ r' *!.■■,•*? T ^.-^^ HARVARD UNIVERSITY LIBRARY OF THE MUSEUM OF COMPARATIVE ZOOLOGY LiBEARY OF SAMUEL GARMAN !<;-■■ V. é [/rû2--/ro)3 J, 1^ '^-^^SK^ r-t? JUN 8 1929 HISTOIRE NATURELLE, GÉNÉRALE ET PARTICULIÈRE. DES POISSONS. TOME SIXIÈME. ON SOUSCRIT A TARIS, D u F A R T, Imprimeur-Libraire et éditeur, I , rue (les Noyers , N*^ 22 ; Chez <. B E R T K A N D , Libraire , quai des Augustin^?, A ROUEN, Cliez Vallée , frères, Libraires , rue Beffroi , N° 22. A STRASBOURG, Chez Levhault, frères, Imprimeurs-Libraires. A L I M O G E S , Chez Bargeas, Libraire. A MONTPELLIER, Chez Vidal, Libraire. A M O N S, Chez H o Y o I s , Libraire. Et chez les principaux Libraires de l'Europe. HISTOIRE NATURELLE, GÉNÉRALE ET PARTICULIÈRE, DES p o I S S o isi^ Sî Ouvrage faisant suite à l'Histoire naturelle, générale et particulière , composée par Leclerc de Buffon , et inise dans un nouvel ordre par C. S. Sonnini, avec des Notes et des Additions. PAR C. S. SONNINI, MEMBRE DE PLUSIEURS SOCIÉTÉS SAVANTES ET LITTÉRAIRES. TOME SIXIÈME. A PARIS, DE L'IMPRIMERIE DE F. DUFART. AN XL HISTOIRE NATURELLE DES POISSONS. VINGT-SEPTIÈME GENRE. PAR L A C É P Ê D E. LES OPHISURES. i o I N T de nageoire caudale ; le corps et la queue cylindrique et très-aloiigés rela- Mvenient à leur diamètre; la tête petite; les narines tubulées; Ja nageoire dorsale et celle de lanus très -longues et très- basses. PREMIÈRE ESPÈCE. L'oPHisuRE oPHis; ophisurus opJiis, — De grandes taches inondes ou ovales. SECONDE ESPÈCE. L'oPHisuRE serpent; ophisurus serpens. r— Point de taches , ou de très-petites taches* A 5 6 HISTOIRE TROISIEME ESPÈCE. L^OPHISURE FASCÉ ,* opJiisurus fasciatus^t — - Vingt-cinq bandes ti-ansversales , séparées l'une de l'autre par des intervalles moindres que leur largeur; la mâchoire supérieure plus avancée que l'inférieure; le museau im peu pointu. DES OFHISURES. ^ LA MURÈNE SERPENT TACHÉ (i)a L'OPPIISURE OPHIS (2); PAR LACÉPÊDE. PREMIÈRE ESPÈCE. C^Eux qui auront un peu réfléchi anX différens principes qui nous dirigent dans nos distributions méthodiques, ne seront . , - — — w ( I ) La murène serpent taché , serpent taché. En grec , heli.^w allemand, hunt-aal , see-serpent. ^a arahe ^ far à Lohiea ; utiz à Dsjidda. Murœna caiidâ apterâ cuspidatâ caudâ teretl. . ... *t murœna orphis. Lin. Sysl. nat. éd. Gmel.gen. i43, sp. 2. Murœna teres , gracilis , maculosa , caudâ tereti cuspidatâ apterygiâ. Artedi , Gen. pisc. s^ç-n, 18, sp. 5. S o N N I N I. (2) Ophtsurus ophis. Murœna ophis. Lin. édit. de Gmel. Murène serpent taché. Daubent. Encyc}. méth. — * Bonaterre , pi. de rEnc5^cl. raéthod. Murœna teres, gracilis , maculosa, etc. Artedi, gftn. 24 , sj^n. 41 • — Bloch , pi. cliv. Serpens marinas maculosus» Lister, Append. p. ïg* — Ray, p. 57. A 4 8 HISTOIRE pas surpris que nous séparions les deux espèces suivantes du genre des murènes , dans lequel elles ont été inscrites jusqu'à présent. En effet, elles en diffèrent par l'ab- sence d'une nageoire caudale. On leur a depuis long-tenis' donné le nom de serpens marins ; et comme un des grands rapports qui les lient avec les véritables serpens con- siste dans la forme déliée du bout de leur queue, dénué de nageoire, ainsi que l'ex- trémité de la queue des vrais reptiles, nous avons cru devoir donner au groupe qu'elles vont composer le nom à'ophisure, qui veut dire queue de serpent. , La première de ces deux espèces est celle à laquelle j'ai conservé le nom particulier ^ophis , qui en grec signifie serpent. Son ensemble a beaucoup de conformité avec celui des véritables reptiles, et sa manière de se mouvoir sinueuse, vive et rapide, rapproche ses habitudes de celles de ces derniers animaux. Il se contourne d'ailleurs avec facilité; il se roule et déroule; et ces évolutions sont d'autant plus agréables à voir que ses proportions sont très-sveltes et ses couleurs gracieuses. Le plus souvent son diamètre le plus grand n'est que la trentième ou même la quarantième partie DES OPHISURES. 9 de sa longueur totale, qui s'étend quelque- fois au de là de plus d'un mètre ( environ trois pieds); et sa petite tête, son corps, sa queue, ainsi que sa longue et très-basse nageoire dorsale, présentent sur un fond blanc, ou blanchâtre, plusieurs rangs lon- gitudinaux de taches rondes ou ovales, qui, par leur nuance foncée et leur demi-iégu- larité, contrastent très -bien avec la teinte du fond. On voit des dents recourbées non seu- lement le long des mâchoires, mais encore au palais. L'ophis habite dans les mers euro- péennes (1) (2). (1) A la membrane des branchies . . lo rayons. A chacune des nageoires pectorales. lo A la nageoire du dos i36 A celle de l'anus 79 (2) Forskœl Ta vu à Srayrne , à Constantinople, et ensuite dans la mer Rouge. ( Faun. uEgypt. arab. p. 14.) Ce poisson se tient ordinairement au milieu des plantes marines , où il cherche les vers et les petits poissons qui y vivent. Dans les voyages de Léguai, il est question d'un poisson pesant soixante livres , pêche près de l'île Saint-Maurice , et qui apprêté fut trouvé fort mauvais et même mal-sain. Je ne sais pas trop sur quel fonde- ment le docteur Bloch prétend que ce poisson est la murène serpent taché. S o n n i n i. 10 HISTOIRE LA MURÈNE SERPENT SANS TACHE (i). L'OPHISURE SERPENT (2), PAR LACÉPÉDE. SECONDE ESPECE. l^ETTE seconde espèce d'ophisure est plus grande que la première : elle parvient fré- quemment à la longueur de près de deux (î) Murœna caudâ apterâ acutâ , corpore tereti.. . .i murœna serpens. Lin. Syst. nat. éd. Gmel. gen. 145, sp. 5. Murœna exacte teres , caudâ acutâ apterygiâ. Artr Gen. pisc. gen. 18 , sp. 4. Murœna maxillâ superiore longîore , il serpente ma' rino, Cetii , Peso, di Sardegna , p. 96. Sonnini, (2) Ophisurus serpens. Murœna serpens. liin. édit. de Gmel. Murène serpent sans tache. Daubent. Encycl. mélh. — Bonaterre , pi. de l'Encycl. mélhod. Murœna exacte teres , etc. Artedi , gen. 24 > syn. ^\» Ophis thalattios. Arist. lib. 2 , c. i4; et lib. 9 , c. 3/. Serpens marinus. Salv. fol. 67, a. adicon. et fol. 58, a. Serpent marin. Rondelet, première partie , liv. 14 ? DES OPIIISURES. 11 mètres (environ six pieds). Elle habite non seulement dans les eaux salées voisines de la campagne de Rome , mais encore dans plusieuis autres parties de la mer Méditer- ranée. Elle y a été nommée plus souvent que presque tous les autres poissons, ser^ peut marin ^ et elle y a été connue d'Aristote, qui la distinguoit par le même nom de serpent marin , de serpent de mer. Ses habi- tudes ressemblent beaucoup à celles de Tophis : ses mouvemens sont aussi agiles,' ^ ses inflexions aussi multipliées, ses circon- volutions aussi faciles , sa natation aussi rapide, et ses courses ou ses jeux plus propres encore à charmer les yeux de ceux qui sont à portée de l'observer, parce qu'elle offre des dimensions plus grandes, sans cesser d'avoir des proportions aussi sveltes. On ne voit pas sur son corps les taches rondes ou ovales qui distinguent chap. 6. — Gesner , p. 862 , 864 , lo^y , et (germ, ) fol. 4'^ > b. — Aidrov. lib. 5 , cap. 24 > p- 546. — Jonst, lib. I , tit. I , cap. 2 , a. 5 , p. 16 , tab. 4 > fig- 5. — - Charlet. Onom. p. i55. — Willugliby , p. 107. — »- Rav , p. 56. Serpent marin. Valfiiont de Bomare , Dictionnaire d'histoire Jiaturelle. 17 HISTOIRE Tophis. Elle est jaunâtre sur le dos, blan- châtre sur sa partie inférieure; et sa na- geoire dorsale, ainsi que celle de l'anus, sont liserées de noir. On compte dix rayons à la membrane des branchies, et seize à chacune des na- geoires pectorales. L'OPHISURE FASCÉ (i), PAR L A C É P Ê D E. TROISIÈME ESPÈCE. JNous avons vu dans la collection donnée à la France par la république de Hollande, un ophisure que nous avons cru devoir nommer fascé. Sa tête étoit noire ; ses yeux étoient voilés par une membrane transpa- rente; son corps très -délié étoit aussi un peu comprimé, et il avoit des pectorales arrondies et très-petites. ( I ) Ophisurus fasciatiis. D E s T R I U R E S; i3 VINGT- HUITIÈME GENRE. PAR LACÉPÈDE. LES TRIURES. Ju A nageoire de la queue très-courte ; celle du dos et celle de Tanus étendues jusqu'au dessus et au dessous de celle de la queue; le museau avancé en forme de tube ; une seule dent à chaque mâchoire. ESPÈCE. Le triure BOUGAINVILI.IEN ; triurus bougainvillianus. — Une valvule en forme de croissant , et fermant , à la volonté de ranimai, la paitie de l'ouverture des bran- chies laissée libre par la membiane bran- chiale qui est attachée à la tète ou au corps dans presque tout son contour. î4 HISTOIRE . LE TRICAUD, ou BACHA DE MER. LE TRIURE BOQGAINVILLIEN (i), PARLACÉPÉDE. JN ous venons d'écrire l'histoire des poissons apodes renfermés dans la première division des osseux, et qui sont dénués de nageoire caudale : examinons maintenant ceux du même ordre qui en sont pourvus; et com- mençons par ceux qui, n'en ayant qu'une assez courte , lient par une nuance intermé- diaire les premiers avec les seconds. Plaçons ici en conséquence ce que nous avons à dire d'un poisson du premier ordre des osseux, dont les manuscrits du savant Commerson f i) Triurus bougainvillianus, Tricaudy ou bâcha de mer ; triurus ^ vel triplurus ^ çel tricaiidus bidens, rictu fistulari ^ pinnis ventralibus carens , caudâ suhfimbriatâ , abortivâ, pinnis dorsi et ani huic adjectitiis succedaneisque, Commersjon, Ma- nuscrits déjà cités. DESTRIURES. i5 nous ont présenté la description , qui n'a été encore observé par aucun naturaliste , et que nous avons dû inscrire dans un genre particulier. Nous avons déjà donné le nom de com- merson à une lophie; donnons au poisson que nous allons décrire le nom de notre flimeux navigateur et mon respectable con- fière Bougainville , avec lequel Conmierson voyageoit dans la mer du Sud lorsqu'il eut occasion d'examiner le triure dont nous allons parler. Ce fut entre le vingt -six et le vingt- septième degré de latitude australe, et près du cent - troisième ou du cent - quatrième degré de longitude, qu'un hasard mit Comr merson à même de voir cette espèce très- digne d'attention par ses formes extérieures. On venoit de prendre plusieurs poissons dii genre des scombres. Commerson, les ayant promptement disséqués, trouva dans l'es- tomac d'un seul de ces animaux cinq triures très - entiers , et que la force digestive du scombre n'avoit encore altérés en aucune manière. Leur forme extraordinaire frappa, dit Commerson , les gens de l'équipage , qui s'écrièrent tous qu'ils n'a voient jamais vu de semblables poissons. Quant à lui ; il crut i6 HISTOIRE bientôt, après avoir retiré ces cinq triures de Testomac du scombre, en voir plusieurs de la même espèce se jouer sur la surface de la mer. Il étoit alors dans le mois de février de 176B (vieux style). Quoi qu'il en soit 5 voici quels sont les trads de cette espèce d'osseux apode, dont les individus, examinés par le très- exact et très- éclairé Coramerson, avoient à peu près la grandeur et l'aspect d'un hareng ordinaire. La couleur du triure bougainvillien est d'un brun rougeâtre, qui se change en ar- genté sous la tête et en incarnat, ou plutôt en vineux blanchâtre sur les côtés , ainsi que sur la partie inférieure du corps et de la queue , et qui est relevé par une tache d'un blanc très-éclatant deriière la base des nageoires pectorales. L'ensemble du corps et de la queue est comprimé, et alongé de manière que la lon- gueur totale de l'animal, sa plus grande hauteur et sa plus grande largeur sont dans le même rapport que 71 , 18 et 10. Ce même ensemble est d'ailleurs entièrement dénué de piquans , et revêtu d'écaillés si petites et si enfoncées, pour ainsi dire, dans la peau à laquelle elles sont attachées , qu'à la D E S T R I U R E S. 17 la première inspection on pourroit croire Taninial entièrement sans écailles. La tète , qui est comprimée comme le corps, et qui de plus est un peu aplatie par dessus , se termine par un museau très- prolongé fait en forme de tube assez étroit , et dont Textrémité présente , pour toute ou- verture de la bouche, un orilice rond, et que ranimai ne peut pas fermer. Dans le fond de cette sorte de tuyau sont les deux mâchoires osseuses , composées cha- cune d'une seule dent incisive et triangu- laire. On n^aperçoit pas d'autres dents, ni sur le palais , ni sur la langue , qui est très- courte, cartilagineuse, et cependant un peu charnue dans son bout antérieur, lequel est arrondi. Les ouvertures des narines sont très- petites et placées plus près des orbites que de [extrémité du museau. Les yeux sont assez grands , peu convexes , dépourvus de ce voile membianeux que nous avons fait remarquer sur ceux des gymnotes , des ophisures et d'autres poissons, et l'iris brille des couleurs de l'or et de l'argent. C'est au dessous de la peau qu'est placé chaque opercule branchial , qui d'ailleurs est Poiss. Tome VL B i8 HISTOIRE composé d'une ]ame osseuse , longue, et en forme de faux. La membrane branchiale renferme cinq rayons un peu aplatis et cour- bés, qu'on ne peut cependant apercevoir qu'à l'aide de la dissection. Cette membrane est attachée à la tête ou au corps dans prr qiic tout son contour, de manière qu'elle ne laisse pour toute ouverture des branchies qu'un très-petit orifice situé dans le point le plus éloigné du museau. Nousavons vu une con- formation analogue eu traitant des syngnathes; nous la retrouverons sur les callionymes et sur quelques autres poissons; mais ce qui la rend sur-tout très-remarquable dans le triure que nous faisons connoître, c'est qu'elle offre un trait de plus dont nous ne connoissons pas d'exemple dans la classe entièie des pois- sons; et voilà pourquoi nous en avons tiré le caractère distinclif du bougainvillien. Cette particularité consiste dans une valvule en forme de croissant, charnue, mollasse, et qui , attachée au bord antérieur de l'orifice branchial, le ferme à la volonté de l'animal, en se rabattant sur le côté postérieur. Le triure bougainvillien est donc de tous les poissons connus celui qui a reçu l'appareil le plus compliqué pour empêcher l'eau d en- trer dans la cavité branchiale, ou de sojtir DES TRIURES. 19 de cette cavité en passant par l'ouverture des branchies; il a un opercule, une mem- brane et une valvule; et la réunion, dans cet animai, de ces trois moyens d'arrêter rentrée ou la sortie de Teau est d'autant plus digne d'attention que, d'apiès les ex- pressions de Commerson, il paroît que ce triure ne peut pas fermer à sa volonté Forifice placé à Textrémité du long tube formé par son museau, et que ce tube peut servir de passage à Teau pour entrer par la bouche dans la véritable cavité branchiale , ou pour en sortir. Mais nous avons assez parlé des organes du triure relatifs à la respiration. On ne voit pas de ligne latérale bien sen- sible. Le bas du ventre se termine en caiène aiguë dans presque toute sa longueur ; et l'anus , qui est situé à l'extrémité de Tabdo- men, consiste dans une ouverture un peu alongée. Les nageoires pectorales sont petites , délicates, transparentes, paroissent presque triangulaires lorsqu'elles sont déployées, et renferment douze ou treize rayons. La nageoire de l'anus, composée de quinze rayons mous, ou environ, se dirige en ar- rière, et sa pointe aiguë.s'étend presque aussi' B 2 ùo HISTOIRE loin que le bord postérieur de la nageoire de ]a queue, dont elle représente un sup- plément, et paroît même former une partie. La nageoire dorsale ne se montre pas moins comme une auxiliaii-e de la nageoire de la queue. Formée d'un égal nombre de rayons que celle de l'anus , partant d'un point plus éloigné de la tête, et ayant ua tiers de longueur de plus , elle s'étend en arrière non seulement presque autant que la nageoire caudale, mais encore plus loin que cette dernière; et comme les deux na- geoires dorsale et de l'anus touchent d'ailleurs. la nageoire de la queue , cette nageoire cau- dale semble, au premier coup d'oeil, être composée de trois parties bien distinctes ; on croit voir trois queues à l'animal , et de là viennent les dénominations de triurus , de triplums^de tricaud, c'est-à-dire, d'animal à trois gueues ^ de bâcha de la mer, etc., employées par Commerson , et dont nous avons conservé le nom générique de triurus^ triure. Au reste, la nageoire caudale proprement dite est si courte que, quoique composée d'une vingtaine de rayons, elle ressemble beaucoup plus à l'ébauche d'un organe qu'à ymQ partie entièrement formée. Elle paroît D E s T R I U R E s. ai frangée, parce que les rayons qu'elle ren- ferme sont rnous , articulés, et très-divises vers leur extrémité. Le triure bougainvillien n'auroit donc pas vraisemblablement une grande force pour nager au milieu des eaux de la mer, si la nature et le peu de surface de sa véritable nageoire caudale n'étoient compensés par la forme , la position et la direction de la na- geoire du dos et de celle de l'anus; mais nous pensons , avec Commerson , que , par le secours de ces deux nageoires accessoires, le triure doit se mouvoir avec facilité , et s'élancer avec vitesse dans le sein des mers qu'il habite. Telle est l'image que nous pouvons former du triure bougainvillien, en réunissant les traits précieux transmis par Commerson, QiMnt à l'organisation intérieure de ce poisson , voici ce qu'en a écrit notre voyageur. Le foie est d'un rouge très-pâle, parsemé de points sanguins, et composé de deux lobes convexes , inégaux , et dont le droit est le plus grand. Le canal intestinal est étroit , diminue insensiblement de grosseur depuis le pylore, se recourbe et se replie sur sa direction quatre ou cinq fois. B 3 sa HISTOIRE Commersori n'a trouvé qu'une matière liquide et blanchâtre dans Testomac, qui est petit et placé transversalement. Le cœur est presque triangulaire, d'un rouge pâle, avec une oreillette très-rouge. Commeison n'a pas vu de vésicule nata- toire; mais il ne sait pas si son scalpel ne l'a pas détruite. Le poids du plus grand des triures bou- gainvilliens examinés par ce naturaliste étoit à très-peu près de cent trente-deux grammes ( cinq onces environ ). DES APTERONOTES. 23 VINGT-NEUVIÈME GENRE. PAR LACÉPÊDE. LBS APTERONOTES. Une nageoire de la queue ; point de nageoire du dos; les mâchoires non ex- tensibles. ESPÈCE. L'aptéronote passan; apteronotus passan, — Un long filament charnu , placé au dessus de la partie supérieure de la queue. B4 24 HISTOIRE LE PASSAN (i). L'APTÉRONOTE PASSAN (2), PAR L A -C É P È D E. JLi E nom diaptéronote^ qui veut dire sans nageoire sur le dos, désigne la même con- formation que celui de gymnote , qui signifie dos nud. Et en etYet, le passan^ comme les gymnotes , n'a pas de nageoire dorsale; mais nous avons dû le séparer de ces derniers, parce qu'indépendamment d'autres grandes différences , il a une nageoire caudale, dont ils ne présentent aucun linéament. Nous l'avons donc inscrit dans un genre particu- ■ III I. . .1 . 1 1 II., ii i i .. . . _ m (i) Gymnotus dorso anteriore niveo » ^ . , gymnotuê alhifnms. Pallas , Spicil. zool. fasc. 7 , p. 35 , tab. 6 j fîg. I . — Lin. S)'^st, nat. edit. GmeL gen. î44 > sp. 5. — « Al tedi, Gen. pisc. gen. 21, sp. 5. additam. Sonnini. (2) Apteronotus passan. Gymnote passan, Daubenloii , Encycî. méthod» ■— Bonaterre , pi. de l'Encycl. méthod. Gymnotus alhifrons. Lin. édit. de Gmel, — Pallas^ Spicil. zool. 7 , p. 55, tab. 6 ; fig. i» DES APTERONOTES. sS lier, auquel cependant nous avons été bien aises de donner un nom qui , en faisant éviter toute équivoque, rappelât ses rap- ports, et, pour ainsi dire, sa parenté avec la famille des gymnotes. La passan a le museau très-obtus; la t(^te dénuée d'écaillés sensibles , et parsemée de très -petits trous destinés à répandre une humeur visqueuse; l'ouverture de la bouche étendue jusqu'au delà des yeux, qui sont voilés par une membran© comme ceux des gymnotes; les orifices des narines à une distance à peu près égale des j^eux et du bout du museau ; et les deux mâchoires festonnées de manière que la mâchoire su- périeure présente une portion saillante à son extrémité, ainsi que quatre autres par- ties avancées, deux d'un côté et deux de l'autre, et que la mâchoire inférieure oppose un enfoncement à chaque saillie et une saillie à chaque enfoncement de la mâ- choire d'en haut, dans laquelle d'ailleurs elle s'emboîte. . Les opercules des branchies sont attachés dans la plus grande partie de leur contour, et les ouvertures branchiales un peu en demi-cercle. - Par une eon formation bien rare, et bien 26 HISTOIRE remarquable même à côté de celles qu'offrent les apodes de la première division des osseux et particulièremeut les gymnotes, l'anus est si près de la tête, qu'il est situé dans le petit espace anguleux qui sépare les deux membranes branchiales , et très - près du point où elles se réunissent. Derrière Tanus, on voit un orifice que Ton croit destiné à la sortie de la laite, ou des œufs. Mais nous allons décrire une conformation plus singulière encore. Vers le milieu de la partie supérieure de l'animal comprise entre la tête et la nageoire caudale, commence une sorte de filament, ou de lanière- charnue très-longue et très^ déliée. Le savant naturaliste du nord , le célèbre Pallas, auquel on doit un si grand nombre de découvertes en histoire naturelle, a le premier fait attention à cette espèce de lanière. En voyant que ce long filament convexe par dessus et comme excavé par dessous répondoit à une sorte de canal lon- gitudinal dont les dimensions paroissoient se rapporter exactement à celles du filament, il fut d'abord tenté de croire que Ton a voit entaillé le dos de Fanimal , et qu'on en avoit détaché une lanière, au point qu'elle ne fût retenue que par son extrémité anlé- DES APTERONOTES. ^7 rieure. 11 s'aperçut cependant bientôt que la cou formation qu'il avoit sous ses yeux étoit nalurelle : mais l'état d'altération dans lequel étoit apparemment le passan de la collection de l'académie de Pétersbourg, empêcha ce savant professeur de connoître dans tous ses détails la véritable conforma- tion du filament; et comme depuis la des- cription publiée par ce naturaliste on n'a pas cru devoir chercher à ajouter à ce qu'il a écrit, la vraie forme de cette portion du passan n'est pas encore connue de ceux qui cultivent les sciences naturelles. La voici telle que j'ai pu la voir sur un individu très -bien conservé, qui faisoit partie de la collection donnée à la France par la répu- blique batave. Cette lanière charnue est en effet convexe par dessus, concave par dessous, attachée par son gios bout vers le milieu du dos de l'aptéronote , et répondant à un canal dont les dimensions diminuent à mesure qu'elle devient plus déliée , ainsi que l'a très- bien dit le professeur Pallas ; mais ce que ce naturaliste n'a pas été à même de voir, et ce qui est plus extraordinaire, c'est que ce filament est attaché aussi , par son bout le plus menu, très -près de l'origine de la 28 HISTOIRE nageoire de la queue. Lorsqu'on le soulève J on le voit retenu par ses deux bouts , for- mant une espèce d'arc dont la queue de l'animal est la corde; et de plus on aper- çoit très - distinctement une douzaine de petits fils qui vont du canal longitudinal à cette lanière, la retiennent comme par au- tant de liens, sont inclinés vers la nageoire caudale, et se couchent dans le ciinal lon- gitudinal , lorsqu'on laisse retomber le grand filament dans la longue gouttière qu'il rem- plit alors en entier. Cest de la présence de cette lanière que nous avons tiré le caractère spécifique du passa n. La nageoire de l'anus , commençant très- près de cette dernière ouverture , s'étend presque depuis la gorge jusqu'à la base de la nageoire caudale; elle comprend de 147 à i52 ra^^ons (1). lie corps et la queue sont couverts d'é- caiiles petites et arrondies, f L'animal est de deux couleurs, d'un noir plus ou moins foncé, et d'un blanc éclatant. (i) A chacune des nageoires pec- torales, de. . . :'",.. . . . , i5 à 16 rayons. A celle de la queue, de ... 26 à ^4 DES APTERONOTES. 29 Ce blanc de neige s'étend sur le museau ; il règne ensuite en forme de bande étroite depuis le devant de la tête jusqu'à la partie postérieure de la queue , qui est blanche fiinsi que la nageoire caudale , et la dernière partie de celle de l'anus. C'est cette portion très-blanche de la nageoire de l'anus, dont l'image a été oubliée par quelques-uns de ceux qui ont représenté le passan ; et voilà pourquoi on lui a attribué une nageoire de Fanus beaucoup plus courte que celle qu'il a réellement. Cet aptéronote parvient quelquefois jus- qu'à la longueur de quatre décimètres (ou environ quinze pouces). On le trouve dans les environs de Surinam. 5o HISTOIRE TRENTIÈME GENRE. PAR L A C É P È D E. LES RÉGALECS. JDes nageoires pectorales, du dos, et de Ja queue; point de nageoire de l'anus, ni de série d'aiguillons à la place de cette dernière nageoire; le corps et la queue très-alongés. PREMIERE ESPèCE. Le RÉGAL.EC glesne; regalecus glesne, — \5xi long filament auprès de chaque na- geoire pectorale ; une nageoire dorsale ré- gnant depuis la nuque jusqu'à la nageoire de la queue , avec laquelle eW^ est réunie. DEUXIEME ESPÈCE. Le RÉGAiiEC LANCÉOLÉ; regalecus îanceolatus, — La nageoire de la queue, lancéolée; les opercules composés seulement de deux ou trois pièces. DES REGALECS. 3i LE RÉGALEC GLESNE (i), PAR LACÉPÊDE. PREMIERE ESPÈCE, JTlus on fait de progrès dans l'étude des eorps organisés, et plus on est convaincu de cette vérité importante, que toutes les formes compatibles avec la -conservation des espèces, non seulement existent, mais encore sont combinées les unes avec les autres de toutes les manières qui peuvent se concilier avec la durée de ces mêmes espèces. L'his- toire des poissons apodes de la première division des osseux nous fournit un exemple remarquable de cette variété de combinai- sons. Dans les dix-neuf genres de cet ordre , les diverses nageoires du dos, de la poitrine , de l'anus et de la queue montrent en effet, par leur présence, ou par leur absence, un assez grand nombre de modes dilïérens. Les cécilies sont absolument sans nageoires; (i) Regalecus glesne. En Norvège, sild konge , sild tulst, Regalecus glesne. Ascagne , figures enluminées d'histoire naturelle , cah. 2 , p. 5 , pi. Xi. — • Muller , Zool. Dan. Prodrom. Régalée glesne. Bonaterre, pL de l'Encyc. méth. 32 HISTOIRE les raonoptères n'en ont qu'une qui est placée au bout de la queue; on en voit deux sur les leptocéphales^ dont le dos est garni d'une de ces deux nageoires, pendant que l'autre est située entre leur queue- et leur anus ; les trichiures n'en ont que- sur le dos et des deux côtés de la poitrine; les gym- notes, qui en ont de pectorales et une de l'anus, en sont dénués sur le dos et à l'ex- trémité de la queue ; les notoptères et les ophisures en déploient uniquement sur le dos, au delà de l'anus et des deux côtés de la partie antérieure de leur corps ; les triures/ne réunissent aux nageoires du dos, de la poitrine et de l'anus, que des rudi- mens d'une nageoire de la queue ; on aper- çoit une nageoire caudale , deux pectorales et une nageoire de Tan us sur les aptéronotes , mais leur dos est sans nageoire ; les quatre sortes de nageoires ont été données aux odontognathes, aux murènes, aux ammo- dytes, aux opliidies, aux macrognathes , aux xiphias , aux anarliiques , aux comé- phores, aux stromatées, aux rhombes; et eniin les légalecs ont reçu une nageoire du dos, une nageoire de la queue et deux pectorales, sans aucune apparence de na- geoire de Fan us. CettQ DES REGALECS. 53 Cette absence d'une nageoire anale sulîi- roit seule pour séparer le genre des réga- lées de tous les autres genres de son ordre, excepté de celui des cécilies , de celui des monoptères , et de celui des trichiures ; mais comme les trichiures ont une séiie d'aiguillons à la place de la nageoire anale, que les monoptères n'ont qu'une senle na- geoire , et que les cécilies n'en ont pas du tout, on peut dire que cet entier dénue- ment de nageoire de l'anus distingue véri- tablement les régalées de tous les apodes inscrits dans la première division des pois- sons osseux , et avec lesquels on pourroit les confondre. Le naturaliste Ascanius est le premier auteur qui ait fait mention du régalée. Ou n'a compté jusqu'à présent dans ce genre qu'une espèce que l'on nomme glesne , et qui habite auprès des côtes de Norvège. Le régalée glesne a d'assez grands rapports avec les trichiures et les ophisures. Le corps et la queue sont très - alongés et comprimés ; les mâchoires armées de dents nombreuses; les opercules composés de cinq ou six pièces; les membranes branchiales soutenues par cinq ou six rayons; les nageoires pectorales très-petites. Au dessous de chacune de ces /'oi^^. Tome VL C 54 HISTOIRE deux dernières nageoires on voit un fila- ment renflé par le bout , et dont la lon- gueur est égale ordinairement au tiers de celle de l'animal. On compte , en quelque sorte, deux nageoires dorsales :1a première, qui cependant est une série de piquans plu- tôt qu'une véritable nageoire , commence dès le sommet de la tête, et est composée de huit aiguillons; la seconde s'étend depuis la mique jusqu'à la nageoire caudale, avec laquelle elle se réunit et se confond. Tout le corps du poisson est argenté, semé de petits points noirs disposés en raies longitudinales , et varié dans ses nuances par trois bandes brunes placées transver- salement sur la partie postérieure de la queue. Comme on le rencontre souvent , ainsi que la chimère arctique , au milieu des in- nombrables légions de harengs , qu'il est argenté comme ces derniers animaux, qu'il a l'air de les conduire, et qu'il parvient à des dimensions assez considérables, on la nommé, ainsi que la chimère du Nord, roi des harengs ; et c'est ce que désigne le nom générique de régalée j qui lui a été conservé. DES REGALECS. 35 LE RÉGALEC LANCÉOLÉ (i); PAR LACÉPÈDE. SECONDE ESPACE. JNous plaçons dans le même genre que le glesne une espèce de poisson dont nous avons vu une figure coloriée, exécutée avec beaucoup de soin, et parmi les dessins chi- nois cédés par la Hollande à la France, et desquels nous avons déjà parlé plusieurs fois. Nous avons donné à ce régalée , dont les naturalistes d'Europe n'ont encore publié aucune description , le nom spécifique de lancéolé, parce que la nageoire qui termine sa queue a la forme d'un fer de lance. Cet animal est dénué d'une nageoire de l'anus comme le glesne : il a, comme ce dernier osseux, deux nageoires dorsales , très-basses et très-rapprochées ; mais ces deux nageoires sont en quelque sorte triangulaires : la première n'est point composée d'aiguillons détachés , et la seconde ne se confond pas (i) Regalecua lanceoletus, c a 56 H I S T O I RE avec lanale coinine sur le glesne. Cliacun des opercules n'est composé que de deux ou trois pièces , taudis qu'on en compte cinq ou six dans chaque opercule du régalée de Norvège. Le lancéolé a d'ailleurs le corps très - alongé et serpentiforme , comme le régalée d'Europe; mais ce poisson chinois, au lieu d'être argenté , est d'une couleur d'or mêlée de brun. :o:iv:hr:aoD DES ODONTOGNATHES. Sy TRENTE-UNIEME GENRE. PAU LACÉPÉDE. LES ODONTOGNATHES. Une lame longue, large, recourbée, clen- telée, placée de chaque côté de la mâ- choire supérieure , et entraînée par tous les mouvemens de la mâchoire de dessous. ESPECE. L'ODONTOGNATHE AIQUILLONNÉ ,* oclon- tognathe niucronatus, — Huit aiguillons recourbés, situés sur la poitrine; vingt-huit autres aiguillons disposés sur deux rangs Jongitudinaux , et placés sur le ventre. C 3 58 HISTOIRE L'ODONTOGNATHE AIGUILLONNÉ (i), PAR LACÉPÊDE. X A R M I plusieurs poissons que Leblond nous a fait parvenir récemment de Cayenne , s^est trouvé celui que j'ai cru devoir nom- mer odontognathe aiguillonné. Non seule- ment cet osseux n'a encore été décrit par aucun naturaliste, mais il ne peut être placé dans aucun des genres admis jusqu'à pré- sent par ceux qui cultivent l'histoire natu- relle. Sa tête , son corps et sa queue sont très - comprimés. Mais ce qui doit le faire observer avec le plus d'attention , c'est le mécanisme particulier que pi^ésentent ses mâchoires, et dont on ne trouve d'exemple dans aucun poisson connu. Montrons en quoi consiste ce mécanisme. La mâchoire inférieure, plus longue que la supérieure, est très- relevée contre cette dernière, lorsque l'animal a sa bouche en- ■ Il II ■' ■ - M i . . . . 1. W l I I ' I ' Il II I !■ (i) Odontognathus miicronalus. DES ODONTOGNATHES. ^ tiérement fermée; elle est même si redressée dans celte position, qu'elle paroît presque verticale. Elle s abaisse , en quelque sorte , comme un pont-levis, lorsque le poisson ouvre sa bouche , et on s'aperçoit facile- ment alors qu'elle forme une espèce de petite nacelle écailleuse^ très-transparente, sillonnée par dessous, et finement dentelée sur ses bords. Cette mâchoire de dessous entraîne en avant , lorsqu'elle s'abaisse , deux pièces très-longues, ou, pour mieux dire, deux James très-plates, irrégulières, de substance écailleuse , un peu recourbées à leur bout postéiieur, plus larges à leur origine qu'à leur autre extrémité, dentelées sur leur bord antérieur , et attachées , l'une d'un côté, l'autre de l'autre , à la partie la plus saillante de la mâchoire supérieure. Lorsque ces deux lames ont obéi le plus possible au mouvement en en bas de la mâchoire infé- rieure, elles se trouvent avancées de manière que leurs extrémités dépassent la verticale que Ton peut supposer tirée du bout du museau vers le plan horisontal sur lequel le poisson repose. C'est au milieu de ces deux pièces que Ton voit alors la mâchoire C 4 4o HISTOIRE inférieure abaissée et étendue en avant; et dans cette attiti»cle^ le contour de la bouche est formé par celte ménie mâchoire de des- sous , et par les deux lames dentelées qui sont devenues comme les deux côtés de la mâchoire supérieure. Tant que la bouche reste ouverte, les lames dépassent par ]e bas la mâchoire infé- rieaie; mais lorsque celle-ci remonte pour s'appliquer de nouveau contre la mâchoire supérieure et fermer la bouche, chacune des deux pièces se couche contre un des opercules, et paroît n'en, être que le bord antérieur dentelé. C'est des dentelures que nous venons d'indiquer en montrant le singulier méca- nisme des mâchoires de Faiguillonné , que nous avons tiré le nom générique de cet animai , odontognathe signifiant par un seul mot, ainsi que cela est nécessaire pour la dénomination d'un genre, à mâchoires den- telées. Au milieu de ces mâchoires organisées d'une manière si particulière , on voit une langue pointue et assez libre dans ses mou- vemens. Les opercules, composés de plu- sieurs pièces, sont très-transparens dans DES ODONTOGNATHES. 41 leur partie postérieure, écailleux et très- argentés dans leur partie antérieure. La membrane des branchies, qui est soutenue ))ar cinq rayons, est aussi argentée par dessus; et il n'est pas inutile de faire ob- server à ceux qui auront encore présentes à leur esprit les idées que notre premier discours renferme sur les couleurs des pois- sons, que, dans un très -grand nombre d'osseux qui vivent aux environs de la Guiane et d'autres contrées équatoriales de l'Amérique , la membrane branchiale est plus ou moins couverte de ces écailles très- petites et très - éclatantes qui argentent les diverses parties sur lesquelles elles sont ré- pandues. La poitrine, terminée vers le bas en ca- rène aiguë, présente sur cette sorte d'arête huit aiguillons recourbés. On distingue de plus, au travers des tégumens et de chaque côté du corps , quatorze côtes peu courbées, dont chacune est terminée par un aiguillon saillant à l'extérieur, et se réunit, pour for- mer le dessous du ventre, à celle qui lui est analogue dans le côté du corps opposé à celui auquel elle appartient. Il résulte de cet arrangement que la carène du ventra 42 HISTOIRE est garnie de viugl-huit aiguillons disposés sur deux rangs longitudinaux ; et c'est de cette double rangée que vient le nom spéci- fique à^ aiguillonné ^ par lequel nous avons cru devoir distinguer le poisson osseux que nous décrivons. La nageoire de Tanus est très-longue , et s'étend presque jusqu'à la base de celle de la queue ^ qui est fourchue (i). Celle du dos est placée sur la queue proprement dite, vers les tï-ois quarts de la longueur totale de l'animal; mais elle est très-petite. D'après l'état dans lequel nous avons vu l'individu envoyé au muséum national d'his- toire naturelle par Leblond , et conservé déjà depuis quelque tems dans de l'alcohol alFoibli, nous pouvons seulement conjectu- rer que l'odontognathe aiguillonné présente sur presque tout son corps le vif éclat de l'argent. Nous le présumons d'autant plus que cet animal a reçu dans les environs de (i) A chacune des nageoires pectorales 12 ra5''oiis. A la nageoire du dos. ...... 6 ou 7 A celle de l'anus. 80 A celle de la *jaeue 19 DES ODONTOGNATHES. 45 Cayenne, suivant Leblond, le nom vul- gaire de sardine, nom donné depuis long- tems à une clupée argentée sur une grande partie de son corps, et qui d'ailleurs n'a aucune ressemblance extérieure bien frap- pante avec Taiguillonné. Comme la sardine, Todontognathe dont nous parlons est bon à manger, et vit dans Teau salée. 11 par- vient à la longueur de trois décimètres (environ onze pouces). 44 HISTOIRE TRENTE-DEUXIEME GENRE. PAR LACÈPÉDE. LES MURENES. jlJes nageoires pectorales, dorsale, cau- dale et de Tanus; les narines tabulées; les yeux voilés par une membrane; le corps serpentiforme et visqueux. PREMIÈRE ESPÈCE. La MURÈNE A N G u I L. li E ; murœna anguilla. — La mâchoire inférieure plus avancée que la supérieure; cent rayons, ou environ, à la nageoire de Fanus; le dessus du corps et de la queue sans tache. DEUXIÈME ESPÈCE. La murène tachetée; murœna guttata, — La mâchoire inférieure plus avancée que la supérieure; trente-six rayons, ou envi- ron , à la nageoire de Fanus ; la couleur verdâlre ; de petites taches noires ; une grande tache de chaque côté et auprès de la tête. DES MURENES. 45 TROISIÈME ESPÈCE. XjA murène myre; murœna myrus, — Le museau un peu pointu; deux petites appendices un peu cylindriques à la lèvre supérieure; la nageoire du dos toute cen- drée, ou blanche et liserée de noir. quatrième espèce. IjA murène congre ; murœna conger. — Deux appendices un peu cylindriques à la lèvre supérieure ; la ligne latérale blanche. 45 HISTOIRE L'ANGUILLE (i). Voyez la planche XXÏI ^ figure 2 , dans le volume V , jpage 591. LA MURÈNE ANGUILLE (2), PAR LACÉPÈDE. PREMIÈRE ESPÈCE. Il est peu d'animaux dont on doive se retracer l'image avec autant de plaisir que celle de la murène anguille. Elle peut être offerte, cette image gracieuse, et à l'enfance (i) 12 anguille. En Suède et en Danemarck, tobis-aal^ ormfi^a j rogar~orm. En Islande, 6/<2r^-c7a/. Au Groen- land, 7îi/reeWa/?r. En Hollande, aa/ quand elle est petite, palink quand elle est grosse. A Malte, salura. En Pologne, fvagora» En Livotiie, stuttis. Chez les letles, suszche. Chez les estoniens , angrias. En Hongrie , ingolas. Au Japon , agi. En grec moderne, aheli. L'anguille est désignée, dans d'anciennes chartes, sous le nom ala de basse \diûï\\ib\ pensa alarum signi- fioit une paire d'anguilles, ainsi que M. Gosse l'a reconnu dans l'histoire de l'abbaye d'Arronaise , et non uue mesure de bière , comoie Ta cru M. Ducange» DES MURENES. 47 folâtre, que la variété des évolutions amuse^ et à la vive jeunesse , que la rapidité des I ■ ■ ■ Ponce, évêque d'Arras, assigna aux nobles demoiselle» d'Etrum , au treizième siècle , vingt livres parisis pour les harengs et les anguilles. Murœna maxillâ inferiore longiore , corpore uni^ colore murœna anguilla. Lin. Syst. nat. edit. Gmel. gen. i34, sp. 4« Murœna unicolor , maxillâ inferiore longiore , aper- turis branchialibus , pinnis pectoralibufi utrinque, Gronov. Mus. i , p. i6, n" 45 ; et Zoopli. p. 40 , n° QQ. Murœna unicolor , maxillâ inferiore longiore anguilla omnium auctorum. Arledi, Gen. pisc. gen. i8, sp. r. S ONN I N I. (2) Murœna anguilla. Dans plusieurs départemens méridionaux de France , margaignon ( anguille mâle), fine ( anguille femelle ), Dans plusieurs contréeg d'Italie , paglietane , gauonchi , musini. Lorsqu'elle pèse six kilogrammes (envinm douze livres et demie), auprès des lacs ou marais de Commachio , d'Orbi- tello,etc. en Italie, miglioramenti-^ lorsqu'elle a le même poids, capiioni\ lorsque son poids est de deux kilogrammes (quatre livres et demie environ), rocche-^ lorsque son poids n'est que d'un kilogramme et demi ( trois livres environ ) , anguillacci j lorsqu'elle est très-petite , presciatti. En allemand , ahl. En suédois , aL En anglais , eel. Murœna anguilla. Lin, édit. de Gmel. Murène anguille. Daubcnton , Encycl. méthod. — Bonaterre , pi. de FEncycl. méthod. Murosna unicolor , etc, Artedi , sp. 66 , gen, 24 1 4B HISTOIRE mouvemens enflamme; et à la beauté, que ]a grâce , la souplesse , la légèreté inté-- ressent et séduisent; et à la sensibilité, que les affections douces et constantes touchent si profondément; et à la philosophie même , qui se plaît à contempler et le principe et l'effet d'un instinct supérieur. îSIous Tavons déjà vu, cet instinct supérieur, dans Fénorrae et terrible requin : mais il y étoit le ministre d'une voracité insatiable , d'une cruauté sanguinaire, d'une force dévastatrice. Nous avons trouvé dans les poissons électriques 8311. 59. — Giou. Mus. I , p. 16, n^ 4^7 Zoopb. p. 40 , n" 66. , Eel.Brit,Zoo\.5,\). 142, n" 12. — Blocli, pi. Lxxiri. anguille. Valmont de Bomare , Dict. tl'hist. iiat. • E egchelys, Homer. Iliad. lib. 21. — Arist. lib. 2 , cap. i5,i5 , 17; lib. 4, cap. 8, iij lib. 5, cap. 5; lib. 6, cap. i5, 16; et lib. 8, cap. 2. — Atbcn. lib. 7. — ■ ^lian. lib. i4 > cap. 8. — Oppian. Hal. lib. i. Anguilla. Varro , lib. 4- — Plin. lib. 9, cap. i\ , 5i2 , 5i ; et lib. 52, cap. 1. — Cuba , lib. 5 , cap. 2 , fol. 7 1 , a. — Belon. — Rondelet , seconde partie , des poissons de rivière , chap. 20. — Salvian. fol. 6i^y a. 66 i etc. — Gesner , p. 40 j et Gcrni. fol. 177 , b. — Scîionev. p. 14. — Aldrov. lib. 4, cap. 14 , p. 544* — Jonston , lib. 2 , tit. 2 , cap. 4 , p. 1 14 , lab. 24 , %• 7- — Charlet. p. i53. — Wiliugliby, p. 109. — Ray, p. 3/. — Laurent. Roberg. Fisc. Upsal. p. 4. une DES MURENES. 49^ une puissance, pour ainsi dire, magique; mais ils n'ont pas eu la beauté en partage. Nous avons eu à représenter des formes remarquables; presque toujours leurs cou- leurs étoient ternes et obscures. Des nuances éclatantes ont frappé nos regards; rarement elles ont été unies avec des proportions agréables ; plus rarement encore elles ont servi de parure à un être d'un instinct élevé. Et cette sorte d'intelligence, ce mélange de l'éclat des métaux, et des couleurs de l'arc céleste, cette rare conformation de toutes les parties qui forment un même tout et qu'un heureux accord a rassemblées, quand les avons-nous vus départis avec des habi- tudes, pour ainsi dire, sociales, des affec- tions douces, et des jouissances en quelque sorte sentimentales? C'est cette réunion si digne d'intérêt que nous allons cependant montrer dans l'anguille. Et lorsque nous auious compris sous un seul point de vue sa forme déliée, ses proportions sveltes, ses couleurs élégantes, ses flexions gracieuses, ses circonvolutions faciles, ses élans rapides, sa natation soutenue, ses mouvemens sem- blables à ceux du serpent, son industrie, son instinct, son affection pour sa com- pagne, son espèce de sociabilité, et les avau- Foiss. Tome VI. D \ 5o HISTOIRE tages que riiomme en retire chaque jouF y on ne sera pas surpris que les grecques et les romaines les plus fameuses par leurs charmes aient donné sa forme à un de leurs ornemens les plus recherchés, et que Ton doive en reconuoilre les traits, de même que ceux des murènes ophis, sur de riches brasselets antiques, peut-être aussi souvent que ceux des couleuvres venimeuses dont on a voulu pendant long-tems retrouver exclusivement l'image dans ces objets de luxe et de parure; on ne sera pas même étonné que ce peuple ancien et célèbre qui adoroit tous les objets dans lesquels il voyoit quelque empreinte de la beauté, de la bonté 5 de la prévoyance, du pouvoir ou du cour- roux célestes, et qui se prosternoit devant les ibis et les crocodiles, eût aussi accordé les honneurs divins à l'animal que nous examinons (1). C'est ainsi que nous avons (i) Hérodote, liv. 2, rapporte en effet que l'an- guille étoit regardée comme un animal sacré chez les» égyptiens; mais cette soçte d'empreinte de divinité avoit élè imaginée par les prêtres , afin d'empêcher 1© peuple de manger la chair de l'anguille, dans laquelle ils avoicnt , selon toute apparence, découvert quelque propriété mal-faisante. C'est de là que M. de Pauw a «ppeîc ce poisson la psrnicieusa anguille du, Nii* DES- MURENES; Si vu réaorme serpent devin obliger, par Teffroi^ des nations encore peu civilisée^ des deux continens, à courber une tête tremblante devant sa force redoutable qu6 l'ignorance et ia terreur avoient divinisée; et c'est ainsi encore que , par l'effet d'une mythologie plus excusable sans doute, mais bien plus surprenante, car, lille cette fois de la reconnoissance et non pas de la crainte, elle consacrcit l'utilité et non pas la puis-^- sance, les premiers habitans de l'île Sainte Domingue, de même que les troglodyte^ dont Pline a parlé dans son Histoire natu^ {Recherches philosophiques sur les égyptiens et les chinois , tom. I , p. i54 ) Encore aujourd'hui les turca n'en mangent pas j et quoiqu'ils donnent un autre motif de leur aversion, il est probable que c'est ui^ reste du régime sacré et diététique des anciens égyp- tiens; ils s'imaginent que l'anguille s'accouple avec le serpent , d'où le poisson passe à leurs yeux pour immonde. Au reste , l'anguille du Nil n'est pas tout à fait la lOïème que la nôtre , ainsi que je le montrerai à la û(% «ie cet article. Chea les sybarites, peuple aimable et gourmand , les pêcheurs et les marchands d'anguilles étoient ejtempts de toute imposition publique , de même que ceux qui pêchoient le coquillage de la pourpre. Sonnini? D 3 52 HISTOIRE relie, vénéroient leur dieu sous la forme d'une tortue (i). Ou ne s'attendoit peut-être pas à trouver dans Tanguille tant de droits à Tattention. Quel est néanmoins celui qui n'a pas vu cet animal ? Quel est celui qui ne croit pas être instruit de ce qui concerne un poisson que Ton pêche sur tant de rivages , que Ton trouve sur tant de tables frugales ou somp- tueuses, dont le nom est si souvent pro- noncé , et dont la facilité à s'échapper des mains qui le retiennent avec trop de force est devenue un objet de proverbe pour le sens borné du vulgaire, aussi bien que pour la prudence éclairée du sage ? Mais , depuis Aristote jusqu'à nous, les naturalistes, les Apicius, les savans , les ignorans, les têtes fortes, les esprits foibles se sont occupés de l'anguille, et voilà pourquoi elle a été le (i) François (de Neufcliâtcuu ) , membre cle l'Ins- titut national , m'écrivoit le 16 germinal de l'an 6, pendant qn'il étoit encore membre du Directoire exé- cutif, et dans une lettre savante et philosophique : « 3 'ai vu à Saint-Domingue des vases qui servoient dans les cérémonies des premiers habilans de l'île. Ces vases, composés d'une sorte de lave grossièrement taillée , figurent des tortues. « DES MURENES. 55 sujet de tant d'erreurs séduisantes, de pré- jugés ridicules, de contes puériles, au milieu desquels très - peu d'observateurs ont dis- tingué les formes et les habitudes propres à inspirer ainsi qu'à satisfaire une curiosité raisonnable. Tâchons de démêler le vrai d'avec le faux; représentons l'anguille telle qu'elle est. Ses nageoires pectorales sont assez petites; et ses autres nageoires assez étroites pour qu'on puisse la confondre de loin avec un véritable serpent i elle a de même le corps très-alongé et presque cylindrique. Sa tête est menue; le museau un peu pointu, et la mâchoire inférieure plus avancée que la supérieure. L'ouverture de chaque narine est placée au bout d'un très-petit tube qui s'élève au dessus de la partie supérieure de la tête, et une prolongation des tégumens les plus ex- téj'ieurs s'étend en forme de membrane au dessus des yeux, et les couvre d'un voile demi -transparent, comme celui que nous avons observé sur les yeux des gymnotes, des ophisures et des aptéronotes. Les lèvres sont garnies d'un grand nombre de petits orifices par lesquels se répand una D 3 U î-î î s T o i ît E liqueur onctueuse; une rangée âe petites Ouvertures analogues compose , de chaque fcôté de l'animal , la ligne que l'on a nommée iaiérale^ et c'est ainsi que Fanguille est per- pétuellement arrosée de cette substance qui la rend si visqueuse. Sa peau est, sur tous les points de son corps, enduite de cette humeur gluante qui la fait paroître comme Vernie. Elle est pénétrée de cette sorte d'huile qui rend ses mouvemens très-souples; et l'on voit déjà pourquoi elle glisse si faci- lement au milieu des mains inexpérimentées qui , la serrant avec trop de force , aug- mentent le jeu de ses muscles, facilitent ses efîbrts, et, ne pouvant la saisir par aucune aspérité , la sentent couler et s'échapper comme un fluide ( i ). A la vérité cette même peau est garnie d'écaillés dont on se sert même , dans plusieurs pa3^s du Nord , pour donner une sorte d'éclat argentin au ciment dont on enduit les édifices; mais ces écailles sont si petites que plusieurs phy- siciens en ont nié l'existence, et elles sont attachées de manière que le toucher le (i) Le mot niurœna^qm vient (lu mot grec niyrein, lequel signifie couler^ s'échapper , dès'ii!,ne celle faculté de l'anguille et des autres poissons de son i^ciire. DES MURENES. 55 plus délicat ne les fait pas reconnoîlre sur ranimai vivant , et que même un œil per- çant ne les découvre que lorsque Tanguille est morte, et la peau assez desséchée pour que les petites lames écailleuses se séparent facilement. On aperçoit plusieurs rangs de petites dents, non seulement aux deux mâchoires^ à la partie antérieure du palais, et sur deux os situés au dessus du gosier, mais encore sur deux autres os un peu plus longs et placés à l'origine des branchies. L'ouverture de ces branchies est petite, très-voisine de la nageoire pectorale, ver-^ ticale, étroite, et un peu en croissant. On a de la peine à distinguer les dix rayons que contient communément la mem- brane destinée à fermer cette ouverture; et les quatre branchies de chaque coté sont garnies de vaisseaux sanguins dans leur partie convexe, et dénuées de toute apo* physe et de tout tubercule dans leur partie concave. Les nageoires du dos et de l'anus sont si basses que la première s'élève à peine au dessus du dos d'un soixantième de la lon- gueur totale. Elles sont d'ailleurs réunies à celle de la queue, de manière qu'on a bien D / 56 HISTOIRE de la peine à déterminer la fin de Tune et le commencement de l'autre , et on peut les considérer comme une bande très-étroite qui commence sur le dos à une certaine dislance de la tête, s'étend jusqu'au bout de la queue , entoure cette extrémité , y forme une pointe assez aiguë , revient au dessous de l'animal jusqu'à l'anus, et pré- sente toujours assez peu de hauteur pour laisser subsister les plus grands rapports entre, le corps du serpent et celui de l'an- guille. L'épaisseur de la partie membraneuse de ces trois nageoires réunies fait qu'on ne compte que très-difficilement les petits rayons qu'elles renferment, et qui sont ordinaire- ment au nombre de plus de mille, depuis le commencement de la nageoire dorsale jusqu'au bout de la queue. Les couleurs que l'anguille présente sont toujours agréables, mais elles varient assez fréquemment, et il paroît que leurs nuances dépendent beaucoup de l'âge de l'animal (i), (i) Voyage cle Spallanzani dans les Deux-Siciles ^ traduction du savant et élégant écrivain Toscan , bibliothécaire du Muséum national d'histoire na- turelle. DES MURENES. 67 et de la qualité de Teau au milieu de laquelle il vit. Lorsque cette eau est limoneuse , le dessus du corps de la murène que nous dé- crivons est d\m beau noir, et le dessous d'un jaune plus ou moins clair. Mais , si l'eau est pure et limpide, si elle coule sur un fond de sable , les teintes qu'offre Fan- guille sont plus vives et plus riantes ; sa partie supérieure est d'un verd nuancé , quelquefois même rayé d'un brun qui le fait ressortir, et le blanc du lait, ou la cou- leur de l'argent brillent sur la partie infé- rieure du poisson. D'ailleurs la nageoire de l'anus est communément liserée de blanc , et celle du dos de rouge. Le blanc, le rouge et le verd, ces couleurs que la Nature sait maiier avec tant de grâce et fondre les unes dans les autres par des nuances si douces , composent donc l'une des parures élégantes que l'espèce de l'anguille a reçues , et celle qu'elle déploie lorsqu'elle passe sa vie au milieu d'une eau claire , vive et pure. Au reste , les couleurs de l'anguille pa- roissent quelquefois d'autant plus variées par les différens reflets rapides et successifs de la lumière plus ou moins intense qui parvient jusqu'aux diverses parties de l'ani- 58 HISTOIRE mal, que les mouvemeiis très-prompts eî très-multipliés de cette murène peuvent faire changer à chaque instant Faspect de ces liîêmes portions colorées. Cette agîHté est èecondée par la nature de la charpente os- seuse du corps et de la queue de l'animal. Ses vertèbres , un peu comprimées et par Conséquent Un peu étroites à proportion de leur longueur, pliantes et petites, peuvent se prêter aux diverses circonvolutions qu'elle a besoin d'exécuter. A ces vertèbres ^ qui communément sont au nombre de cent iseize^ sont attachées des côtes très-courtes, retenues par une adhérence très-légère aux apoph3'ses des vertèbres , et très-propres à favoriser les sinuosités nécessaires à la na- tation de la murène. De plus, les muscles feont soutenus et fortifiés dans leur action pRT une quantité très-considérable de petits os disséminés entre leurs divers fai sceaux > et connus sous le nom d'aréles proprement dites , ou de petites arêtes. Ces os intermns- culaires , que l'on ne voit dans auciuie autre classe d'animanx que dans celle des poissons^ et qui n'appartiennent même qu'à un cer- tain nombre de noi^isons osseux, sont d'au- tant plus grands qu'ils sont placés phis près DES MURENES, 69 3e la têto, et ceux qui occupent la partie antérieure de l^animal sont communément divisés en deux petites branches. Un instinct relevé ajoute aussi à la fré- quence des mouvemens; et nous avons déjà indiqué ( 1 ) que l'anguille , ainsi que les autres poissons osseux et serpentifoinies , avoit le cerveau plus étendu, plus alongé , composé de lobes moires inégaux , plus dé- veloppés et plus nombreux que le cerveau de la plupart des poissons dont il nous reste à parler, et particulièrement de ceux qui ont le corps très-aplati , comme les pieu- ronectes. Le cœur est quadrangulaire; l'aorte grande; le foie rougeâtre , divisé en deux lobes, dont le gauche est le plus volumineux; la vési- cule du fiel séparée du foie comme dans plusieurs espèces de serpens; la rate alongé^î et triangulaire ; la vessie natatoire très- grande, attachée à l'épine, et garnie paf devant d'un long conduit à gaz,* le canal intestinal dénué de ces appendices que l'on remarque auprès du pylore de plusieurs espèces de poissons , et presque sans sinuo- sités , ce qui indique la force des sucs âi^ (1) Discours sur la nature des poiasons. 6o HISTOIRE gestifs de Tanguille, et en général Tactivité de ses humeurs et Tintensité de son principe vital. lies murènes anguilles parviennent à une grandeur très-considérable : il n'est pas très- rare d'en trouver en Angleterre , ainsi qu'en Italie , du poids de huit à dix kilogrammes (dix-huit livres environ). Dans l'Albanie, on en a vu dont on a comparé la grosseur à celle de la cuisse d'un homme; et des observateurs très - dignes de foi ont assuré que , dans les lacs de la Prusse , on en avoit péché qui étoient longues de trois à quatre mètres ( neuf à douze pieds environ ). On a même écrit que le Gange en avoit nourri de plus de dix mètres de longueur ( trente-uu pieds environ); mais cène peut être qu'une erreur , et l'on aura vraisemblablement donné le nom à' anguille à quelque grand serpent , à quelque boa devin que l'on aura aperçu de loin , nageant au dessus de la surface du grand fleuve de l'Inde (i). Quoi qu'il eu soit, la croissance de Tan- (i) En 1786, un pêcheur prit dans PElbe une an- guille de soixante livres pesant. Ce poisson extraordi- naire avoit sept pieds deux pouces de long, et vingt- cinq pouces d'épaisseur» S o w N i n i. DES MURENES. 61 guiîle se fait très-lentement; et nous avons, sur la durée de son développement , quel- ques expériences précises et curieuses qui m'ont été communiquées par un très -bon observateur, Septfontaines , auquel j'ai eu plusieurs fois , en écrivant cette histoire naturelle, l'occasion de témoigner ma juste reconnoissance. Au mois de juin 177g (vieux style), ce naturaliste mit soixante anguilles dans un réservoir ; elles avoient alors environ dix- neuf centimètres (sept pouces). Au mois de septembre 1783, leur longueur n'étoit que de quarante à quarante-trois centimètres ( un pied cinq pouces environ ) ; au mois d'octobre 1786, cette même longueur n'é- toit que de cinquante -un centimètre ( uu pied six pouces environ ) ; et enfin , en juillet 1788, ces anguilles n'étoient longues que de cinquante-cinq centimètres au plus (un pied sept pouces environ). Elles ne s'étoient donc alongées en neuf ans que de vingt -six centimètres (neuf pouces huit lignes environ). Avec de l'agilité, de la souplesse, de Ja force dans les muscles, de la grandeur dans les dimensions, il est facile à la murène que nous examinons , de parcourir des 6a HISTOIRE espaces éteiidns , de surmonter plusieurs obstacles, de faire de grands voyages, de remonter contre des courans rapides (i). Aussi ^a-t-elle périodiquement, tantôt des lacs ou des rivages voisins de la source des rivières vers les embouchures des fleuves , et tanfôt de la mer vers les sources ou les lacs. Mais, dans ces migrations régulières, elle suit quelquefois un ordre différent de celui qu'observent la plupart des poissons voyageurs. Elle obéit aux mêmes lois; elle est régie de Même par les causes dont nous avons tâché d'indiquer la nature dans notre premier discours : mais tel est l'ensemble de ses organes extérieurs et de ceux que son intérieur renferme, que la température des eaux, la qualité des alimens, la tranquillité ou le tumulte des rivages, la pureté du fluide, exercent, dans certaines circons- tances, sur ce poisson vif et sensible ^ une action très - différente de celle qu'ils font éprouver au plus grand nombre des autres poissons non sédentaires. Lorsque le prin- tems commence de régner , ces derniers remontent des embouchures des fleuves (i) Voyage de Spallanzani dans les Deux-Siciles , traduit par Toscan ^vol. VI, p. 145.. DES MURENES. 63 vers les points les plus élevés des rivières; quelques anguilles, au contraire, s'aban- donnant alors au cours des eaux, vont des lacs dans les fleuves qui en sortent, et des fleuves vers les côtes niarilimes. Dans quelques contrées, et particulière- ment auprès des lagunes de Venise , les anguilles remontent , dans le printems , ou à peu près , de la mer Adriatique vers les lacs et les marais, et notamment vers ceux de Commachio , que la pèche des anguilles a rendus célèbres. Elles y arrivent par le Pô , quoique très - jeunes ; mais elles n'en sortent pendant l'automne pour retourner vers les rivages de la mer , que lorsqu'elles ont acquis un assez grand développement, et qu'elles sont devenues presque adultes (i). La tendance à Fimitation, cette cause puis- sante de plusieurs actions très- remarquables des animaux , et la sorte de prudence qui paroit diriger quelques-unes des habitudes des anguilles, les déterminent à préférer la nuit au jour pour ces migrations de la mer dans les lacs, et pour ces retours des lacs dans la mer. Celles qui vont, vers la fia (i) Voyage de Spallauzaiii dans les D^ux-Siçiles, traduit par Toscan , vol. VI , p. 145. 64 HISTOIRE de la belle saison , des marais de Comma- chio dans la mer de Venise , choisissent même pour leur voyage les nuits les plus obscures, et sur-tout celles dont les ténèbres sont épaissies par la présence des nuages orageux. Une clarté plus ou moins vive, la lumière de la lune, des feux allumés sur le rivage, suffisent souvent pour les arrêter dans leur natation vers les côtes marines. Mais, lorsque ces lueurs qu'elles redoutent ne suspendent pas leurs mouvemens, elles sont poussées vers la mer par un inslinct si fort , ou , pour mieux dire , par une cause si énergique , qu'elles s'engagent entre des rangées de roseaux que les pêcheurs disposent au fond de Feau pour les con- duire à leur gré , et que , parvenant sans résistance et par le moyen de ces tranchées aux enceintes dans lesquelles on a voulu les attirer, elles s'entassent dans ces espèces de petits parcs , au point de surmonter la sur- face de Teau, au lieu de chercher à re- venir dans l'habitation qu'elles viennent de quitter (i). Pendant cette longue course, ainsi que (i) Voyage de Spallanzani dans les Deux-Siciles , vol. VI, p. 148 et i5o, pendant DES MURENES. 65 pendant le retour des environs de la mer vers les eaux douces élevées, les anguilles se nourrissent , aussi bien que pendant qu'elles sont stalionnaires , d'insectes , de vers , d'œufs et de petites espèces de poissons. Elles attaquent quelquefois des animaux un peu plus gros. Septfontaines en a vu une de quatre-vingt-quatre centimètres ( deux pieds huit pouces environ ) présenter un nouveau rapport avec les serpens , en se jetant sur deux jeunes canards éclos de la veille, et en les avalant assez facilement pour qu'on pût les retirer pi-esque entiers de ses intestins. Dans certaines circonstances elles se contentent de la chair de presque tous les animaux morts qu'elles rencontrent au milieu des eaux; mais elles causent sou- vent de grands ravages dans les rivières. Noël nous écrit que dans la basse Seine elles détruisent beaucoup d'éperlans, de dupées feintes, et de brèmes. Ce n'est pas cependant sans danger qu'elles recherchent l'aliment qui leur convient le mieux : malgré leur souplesse, leur vivacité, la vitesse de leur fuite, elles ont des ennemis auxquels il leur est très-difficile d'échapper. Les loutres , plusieurs oiseaux d'eau , et les Poiss. Tome VI. E 66 HISTOIRE grands oiseaux de rivage , tels que les grues , les hérons et les cigognes les pèchent avec habileté et les retiennent avec adresse; les hérons sur-tout ont, dans la dentelure d'un de leurs ongles , des espèces de crochets qu'ils enfoncent dans le corps de l'anguille, et qui rendent inutiles tous les efforts qu'elle fait pour glisser au milieu de leurs doigts. Les poissons qui parviennent à une longueur un peu considérable, et, par exemple, le brochet et l'acipensère esturgeon , en font aussi leur proie; et comme les esturgeons l'avalent toute entière et souvent sans la blesser, il arrive que, déliée, visqueuse et flexible, elle parcourt toutes les sinuosités de leur canal intestinal, sort par leur anus, et se dérobe, par une prompte natation, à une nouvelle poursuite. 11 n'est pjesque personne qui n'ait vu un lombjic avalé par des canards sortir de même des intestins de cet oiseau , dont il avoit suivi tous les replis ; et cependant c'est le fait que nous venons d'exposer, qui a donné heu à un conte absurde accrédité pendant long-tems, à l'opinion de quelques observateurs tiès- peu instruits de l'organisation intérieure des animaux, et qui ont dit que fanguilie en- troit ainsi volontairement dans le corps de DES MURENES. &i Testurgeon pour aller y chercher des œufs dont elle aimoit beaucoup à se nourrir. Mais voici un trait très-remarquable dans . rhisfoire d'un poisson , et qui a été vu trop de fois pour qu'on puisse en doutej'. L'an- guille, pour laquelle les petits vers des prés^ et même quelques végétaux, comme, par exemple, lés pois nouvellement semés, sont UQ aliment peut-être plus agréable encore que des œufs ou des poissons, sort de l'eau pour se procurer ce genre de nourriture. Elle rampe sur le rivage par un mécanistne semblable à celui qui la fait nager au milieu des fleuves; elle s'éloigne de l'eau à des distances assez considérables, exécutant avec son corps serpentiforme tous les mouvemens qui donnent aux couleuvres la faculté de s'avancer ou de leculer; et après avoii- fouillé dans la terre avec son museau pointu, pour se saisir des pois ou des petits vers, elle re- gagne en serpentant le lac ou la rivière dont elle étoit sortie, et vers lequel eWe tend avec assez de vitesse, lorsque le terrain ne lui oppose pas trop d'obstacle, c'est-à-dire, de trop grandes inégalités. Au reste , pendant que la conformation de son corps et de sa queue lui permet de se mouvoir sur la terre sèche, l'orgamsatioa E 3 68; H I S T O I R E <ÎQ ses branchies lui donne la faculté d'être pendant un tems assez long liors de Feau douce ou salée sans en périr. En elïjefc, nous avons vu qu'une des grandes causes de la B|ort des poisson^ que l'on retient dans l'at- mosphère, est le grand dessèchement qu'é- prouvent leurs branchies, et qui produit la 1 upiure des artères et des veines branchiales, dont le sang, qui n'est plus alors contre- balancé par un fluide aqueux environnant, tend d'ailleurs sans contrainte à rompre les membianes qui le contiennent. Mais l'an- guille peut conserver plus facilement que beaucoup d'autres poissons, l'humidilé, et par conséquent la ductilité et la iénacifé des vaisseaux sangiùns de ses branchies ; elle peut clore exactement l'ouverture de sa bpuche ; l'orifice branchial, par lequel un air clesséchant paroîtroit devoir s'introduire en abondance, est très-étroit et peu alongé; l'opercule et la membrane sont placés et conformés de manière à fermer parfaitement cet orifice; et de plus, la liqueur gluante et copieuse dont l'animal est imprégné, en-* t retient la mollesse de toutes les portions des branchies. Nous devons encore ajouter que , soit pour être moins exposée aux attaques des animaux qui cheichent à la DES MURENES. 69 dévorer, et à la poursuite des pêcheurs qui Veulent en faire leur proie, soit pour obéir à quelque autre cause que l'on ])ourroit trouver sans beaucoup de peine, et qu'iî est inutile de considérer dans ce moment , Tanguille ne va à terre, au moins le plus fréquemment, que pendant la nuit. Une vapeur humide est très -souvent alors ré- pandue dans Fatmosphère; le dessèchement de ses branchies ne peut avoir lieu que plus difficilement; et Ton doit voir maintenant pourquoi, dès le tems de Pline (1), on avoit observé en Italie que l'anguille peut vivre hors de l'eau jusqu'à six jours, lorsqu'il ne souffle pas un vent méridional, dont l'effet le plus ordinaire, dans cette partie de l'Eu- rope, est de faire évaporer Fhumidité avec beaucoup de vitesse. Pendant le jour , la murène anguille ^ moins occupée de se procurer l'aliment qu'elle désire, se tient presque toujours dans un repos réparateur , et dérobée aux yeux de ses ennemis par un asyle qu'elle pré- pare avec soin. Elle se creuse avec son museau une retraite plus ou moins grande dans la terre molle du fond des lacs et des (i) Pline , liv. 9 , chap. i. E 5 70 HISTOIRE rivières; et par une attention particulièrej résultat remarquable d'une expérience dont l'efFet se maintient de génération en géné- ration, cette espèce de terrier a deux ouver- tuj'es, de telle sorte que, si elle est attaquée d'un côté , elle peut s'échapper de l'autre. Cette industrie, pareille à celle des animaux les plus précautionnés, est une nouvelle preuve de cette supériorité d'instinct que nous avons dû attribuer à l'anguille dès le moment où nous avons considéré dans ce poisson le volume et la forme du cerveau, l'organisation plus soignée des sièges de l'odorat , et enfin la flexibilité et la lon- gueur du corps et de la queue, qui, souples et continuellement humectés, s'appliquent dans toute leur étendue à presque toutes les surfaces , en reçoivent des impressions que des écailles presque insensibles ne peu- vent ni arrêter, ni en quelque vsorte di- minuer , et doivent donner à l'animal un toucher assez vif et assez délicat. 11 est à remarquer que les anguilles, qui, par une suite de la longueur et de la flexi- bilité de leur corps, peuvent dans tous les sens agir sur l'eau presque avec la même facilité et par conséquent reculer presque aussi vite qu'elles avancent, pénètrent sou- DES MURENES. 71 vent la queue la pieiiîière dans les trous qu'elles forment dans Ja vase , et qu'elles creusent quelquefois celte cavité avec cette même queue, aussi bien qu'avec leur tète (1). Lorsqu'il fait très- chaud, ou dans quel- ques autres circonstances, Fang^ille quitte cependant quelquefois, niéjne vers le milieu du jour, cet asyle qu'elle sait se donner. Oa la voit très-souvent alois s'approcher de la surface de l'eau, se placer au dessous d'un amas de mousse flottante ou de plantes aqua- tiques , y demeurer immobile , et paroître se plaire dans cette sorte d'inaction et sous cet aînj passager (2). On seroît même tenté de croire qu'elle se livre quelquefois à une espèce de demi - sommeil sous ce toit de feuilles et de mousse. Septfontaines nous a écrit en effet , dans le tems , qu'il avoit vu plusieurs fois une anguille dans la situa- tion dont nous venons de parler , qu'il étoit parvenu à s'en approcher , à élever progres- sivement la voix, à faire tinter plusieurs clefs l'une contre fautie , à faire sonner très-près de la tète du poisson plus de qua- (i) Voyage de Spallanzani , vol. VI , p. i54« (:>.) Lettre de Septfontaines à Lacépède , datée d'Ardres , le i3 juillet 1788 ( v. st. ) E 4 73 HISTOIRE rante coups d'une mon lie à lépétition ^ sans produire dans ranimai aucun mouveruent de crainte , et que la murène ne s'étoifc plongée au fond de i'eau que lorsqu'il s'étoit avancé brusquement vers elle, ou qu'il avoit ébranlé la plante toulïue sous laquelle elle go û toit le repos. De tous les poissons osseux , Fangoille n'est cependant pas celui dont l'ouïe est la moins sensible. On sait depuis long-tenis qu'elle peut devenir familière au point d'ac- courir vers la voix ou Tinstrument qui l'ap- pelle et qui lui annonce la nourriture qu elle préfère. . Les murènes anguilles sont en très-grand nombre par-tout où elles trouvent l'eau ^ la température , l'aliment qui leur convien- nent , et où elles ne sont pas privées de toute sûreté. A^oilà pourquoi, dans plusieurs des endroits où l'on s'est occupé de la pêche de ces poissons, on en a pris une immense quantité. Pline a écrit, que dans le lac Be- naco des environs de Vérone, les tempêtes qui vers la fin de l'automne en boulever- soient les flots, agitoient^ entraînoient et rouloient , pour ainsi dire, un nombre si considérable d'anguilles , qu'on les prenoit par milliers à l'endroit où le fleuve venoit DES MURENES. 73 cle sortir du lac. Martini rapporte dans son Dictionnaire , qu'autrefois on en pcchoit jusqu'à soixante mille dans un seul jour, et avec un seul filet. On lit dans Touvrage de Redi sur les animaux vivans dans les ani- maux vivans , que lors du second passage des anguilles dans TAruo, c'esl-à-dire^ lors- qu'elles remontent de la mer vers les sources de 'ce fleuve de Toscane, plus de deux cent mille peuvent tomber dans les filets , quoi- que dans un très -court espace de tems. Il y en a une si grande abondance dans les marais de Commachio , qu'en 1782 on en pêchaneuf cent quatre-vingt-dix mille kilo- grammes (deux millions de livres) (1). Dans le Jutland il est des rivages vers lesquels, dans certaines saisons, on prend quelque- fois d'un seul coup de filet plus de neuf mille anguilles, dont quelques-unes pèsent de quatre à cinq "kilogrammes ( neuf à onze livres environ ) ( 2 ). Et nous savons , par (i) Spallanzani , Voyage dans les Deux-Siciles , vol. VI , p. i5i. (2) Lorsque Rockingham fut nommé membre da Parlement , il fît conduire à Londres ireize tonneaux d'anguilles pour un repas qu'il donna à celle occasion. Au prinlems la pêche des anguilles est très-considé- rable en Prusse ; on les fume en plusieurs endroits 74 HISTOIRE Noël, qu'à Cléon près d'Elbeuf, et mémo auprès cle presque toutes les rives de la basse Seine , il passe des troupes ou plutôt des légions si considérables de petites anguilles, qu'on en remplit des seaux et des baquets. Cette abondance n'a pas empêché le goût le plus difficile en bonne chère, et le luxe même le plus somptueux, de rechercher Fanguille , et de la servir dans leurs ba- quets. Cependant sa viscosité, le suc huileux dont elle est imprégnée , la difficulté avec laquelle les estomacs délicats en digèrent la chair , sa ressemblance avec un serpent , l'ont fait regarder dans certains pays, comme u^i aliment un peu mal-sain par les méde- cins, et comme un être impur par les esprits superstitieux. Elle est comprise parmi les poissons en apparence dénués d'écaillés , que les lois religieuses des Juifs interdisoient à ces peuples ,* et Jes réglemèns de Numa ne permet toient pas de les servir dans les pour les conserver- Il en vient souvent aux marchés de Berlin cinq à six chariots à la fois. Près de Workum en Frise , on en pêche une si grande quantité , que Von eniretient exprès des navires qui en transportent tous les ans en Angleterre pour près de cent mille livres sterling». ( Bloch , Histoire naturelle de Tan- guille. ) Sonînvi, DES MURENES. 76 sacrifices , sur les tables des dieux (1) (ii). Mais les défenses de quelques législateurs, et les recommandations de ceux qui ont écrit sur Thygiène, ont été peu suivies et peu imitées; la saveur agréable de la chair de Tanguille , et le peu de rareté de cette espèce , Tout emporté sur ces ordres ou ces conseils : on s'est rassuré par l'exemple d'un grand nombre d'hommes, à la vérité labo- rieux, qui, vivant au milieu des marais, et ne se nourrissant que d'anguilles , comme les pêcheurs des lacs de Commachio auprès de Venise, ont cependant joui d'une santé assez forte,- présenté un tempérament ro- buste; atteint une vieillesse avancée (3); (i) Pline, liv. 32, cliap. 2. (2) J*ai dit plus haut ( note de la page 5o ) que la ehair de Tanguille fut interdite aux anciens babitans de l'Egypte , et qu'elle l'est encore aux musulmans. Les romains ne faisoient aucun cas de l'anguille. Les béotiens au contraire l'ornoient de guirlandes et la sacrifioient aux t^ieux. Au Groenland , selon Othoa Fabricias , les naturels, très-peu délicats dans le choix de leurs alimens , ont l'anguille en horreur ; ils ne la tuent que pour en avoir la peau dont ils font des sacs dans lesquels ils enferment leurs balles et leur plomb de chasse. Soni^in!. (5) Spallanzani , Voyage déjà cité , vol. VI , p. ï^S» 76 HISTOIRE et Ton a, dans tous les tems et clans pres^ que tous Jes pays , consacré d'autant plus d'instans à ]a pêche assez facile de cette mu- rène , que sa peau peut servir à beaucoup d'usages; que dans plusieurs confiées on en fait des liens assez forts, et que dans d'au- tres, comme par exemple dans quelques parties de la Tartarie, et particulièrement dans celles qui a voisinent la Chine , cette même peau remplace , sans trop de désa- vantages , les vitres des fenêtres. Dans plusieurs pays de l'Europe, et no- tamment aux environs de Temboiichure de îa Seine , on prend les anguilles avec des hainis ou hameçons. Les plus petites sont attirées [>ar des lombrics ou vers de terre, plus que par toute autre amorce : on em- ploie contre les plus grandes , des haims garnis de moules, d'autres animaux à co- quilles , ou de jeunes éperlans. Lorsqu'on pêche les anguilles pendant la nuit , ou se sert d'un filet nommé seine drue. On subs- titue quelquefois à cette seine un autre filet appelé, dans la rivière de Seine, dranguel^ ou dranguet dm y dont les mailles sont en- core plus serrées que celles de la seine drue; et Noël nous fait observer, dans une note qu'il nous a adressée, que c'est par une suite DES MURENES. 77 de cette substitution, et parce qu'en géné- ral on exécute mal les lois relalives à la police des pèches , que les pécheurs de la Seine détruisent une grande quantité d'an- guilles du premier âge et qui n'ont encore atteint qu'une longueur d'un ou deux déci- mètres ( trois pouces à sept pouces envkon), pendant qu'ils prennent, peut-être plus inu-- tilemen,t encore , dans ce même dranguet beaucoup de frai de barbeau, de vaudoise, de brème et d'autres poissons recherchés. Mais l'usage de ce filet à mailles Irès-seriées n'est pas la seule cause contraire à l'avanta- geuse reproduction, ou, pour mieux dire, k raccioissement convenable des anguilles dans la Seine : Noël nous en fait remarquer deux autres dans la noie que nous venons de citer. Premièrement , les pêcheurs de cette rivière ont recours quelquefois , pour ]a pèche de ces murènes, à la veimiUe, sorte de corde garnie de vers, à laquelle les tiès- jeunes individus de cette espèce viennent ^'attacher très-fortement , et par le moyeu de laquelle on enlève des milliers de ces petits animaux, Secondement, les fossés qui communiquent avec la basse Seine ont assez peu. de pente pour que les petites anguilles , poussées par le flux dans ces 78 HISTOIRE fossés , y restent à sec lorsque la marée se retire, et y périssent en nombre extrême- ment considérable par l'eJRfet de la grande chaleur du soleil de prairial (i). Au reste, c'est le plus souvent depuis le commencement du printems jusques vers la fin de Tautomue qu'on pêche les mu- rènes anguilles avec facilité. On a commu- nément assez de peine à les prendre au milieu de Thyver, au moins à des latitudes un peu élevées : elles se cachent, pendant cette saison, ou dans les terriers qu'elles se sont creusés, ou dans quelques autres asyles à peu près semblables. Elles se réunissent même en assez grand nombre , se serrent de très-près , et s'amoncellent dans ces re- traites où il paroît qu'elles s'engourdissent lorsque le froid est rigoureux. On en a quel- quefois trouvé cent quatre- vingts âfins un trou de quarante décinièties cubes ( douze pieds environ ) ; et Noël nous mande qu'à Aisiey près de Quillebeuf , on en prend souvent pendant l'hyver de très -grandes quantités, en fouillant dans le sabje entre les pierres du rivage. Si l'eau dans laquelle elles (i) L'on trouvera à la suite de cet article dea délaiU sur la pêche de l'aj^guille. Sonwini. DES MURENES. 79* se trouvent est peu profonde, si par ce peu d'épaisseur des couches du fluide elles sont moins à couvert des impressions funestes du froid , elles périssent dans leur terrier mal- gré toutes leurs précautions (1) ; et le savant Spallanzani rapporte qu'un hyver lit périr, dans les marais de Commachio, une si grande quantité d'anguilles ^ qu'elles pesoient ua million huit cent mille kilogrammes (quatre millions de livres environ ) (2). Dans toute autre circonstance , une grande quantité d'eau n'est pas aussi nécessaire aux murènes dont nous nous occupons que plu- sieurs auteurs l'ont prétendu. Sep» fou lai nés a pris dans une fosse qui contenoit à peine quatre cents décimètres cubes (environ cent vingt-trois pieds) de ce fluide, une anguille d'une grosseur très-considérable; et la dis- tance de la fosse à toutes les eaux de l'ar- rondissement, ainsi que le défaut de toute communication entre ces mêmes eaux et la petite mare, ne lui ont pas permis de douter que cet animal n'eût vécu très- long- tems dans cet étroit espace, des effets (i) Pline,îiv. 9, cliap. 21. (2) Voyage de Spallanzani , vol. VI , p. i54. 8o HISTOIRE duquel l'état de sa chair prouvoit qu^il n'a voit pas soufiert (i). Nous devons ajouter néanmoins que, si la chaleur est assez vive pour produire une très-grande évaporation et altérer les plantes qui croissent dans l'eau, ce fluide peut être corrompu au point de devenir mortel pour l'anguille, qui s'efforce en vain, en s'abritant alors dans la fange , de se soustraire à Fin- iîuence funeste de cette chaleur desséchante. On a écrit aussi que Fanguilîe ne sup- portoit pas des changemens rapides et très- marqués dans la qualité des eaux au milieu desquelles elle habitoit. Cependant Septfon- taines a prouvé plusieurs fois qu'on pou- voit la transporter , sans lui faire courir aucun danger, d'une rivière bourbeuse dans le vivier le plus limpide , du sein d'une eau froide dans celui d'une eau tempérée. Il s'est assuré que des changemens inverses ne nuisoient pas davantage à ce poisson, et sur trois cents individus qui ont éprouvé sous ses yeux ces diverses transmigrations, et qui les ont essuyées dans différentes ski- sons, il n'en a péri que quinze, qui lui ont (i) Lettre de Seplfontaines , du i3 juillet 1788. paru DES MUPvENES. 8i paru ne succomber qu'à la fetigue du trans- port, et aux suites de leur réunion et de leur séjour très-prolongé dans un vaisseau trop peu spacieux. '-?^ Néanmoins , lorsque leur passage d'un réservoir dans un autre, quelle que soit la nature de Teau de ces viviers, a lieu pen- dant des chaleurs excessives, il arrive sou- vent que les anguilles gagnent une maladie épidémique pour ces animaux , et dont les symptômes consistent dans les taches blan- ches qui leur surviennent. Nous verrons , dans notre discours sur la manière de mul- tiplier et de conserver les individus des diverses espèces de poissons, quels remèdes on peut opposer aux efFets de cette ma- ladie, dont des taches blanches et acciden.- telles dénotent la présence (i). Les murènes dont nous parlons sont su- jettes, ainsi que plusieurs autres poissons, et particulièrement ceux que l'homme élève avec plus ou moins de soin, à d'autres ma- ladies dont nous traiterons dans la suite (i) Les remèdes proposés contre cette maladie sont assez incertains j il est bon de jeter dans les réservoirs du sel et une grande quantité de slrai%Q'iies {stratoUes aloides. ïjin.). Sonnxni. Foiss. Tome VI. F 82 . HISTOIRE de cet ouvrage , et dont quelques - unes peuvent être causées par une grande abon- dance de vers dans quelque partie inté- rieure de leur corps, comme, par exemple, dans leurs intestins. Pendant la plupart de ces dérangemens, lorsque les suites peuvent en être très- graves , Fanguille se tient renfermée dans son terrier 5 ou , si elle manque d'asyle , elle remonte souvent vers la superficie de Feau ; elle s'y agite, va, revient sans but déter- miné, tournoie sur elle-même, ressemble par ses mouvemens à un serpent prêt à se noyer et luttant encore un peu contre les flots. Son corps enflé d'un bout à l'autre, et par là devenu plus léger relativement au fluide dans lequel elle nage, la soulève et la relient ainsi vers la surfi.^oe de l'eau. Au bout de quelque tems sa peau se flétrit et devient blanche,* et lorsqu'elle éprouve cette altération , signe d'une mort pro- chaine, on diroit qu'elle ne prend plus soin de conserver une vie qu'elle sent ne pou- voir plus retenir : ses nageoires se remu4uit encore un peu; ses yeux paroissent encore se tourner vers les objets qui l'entourent : mais sans force, sans précaution, sans intérêt' inutile pour sa sûreté , elle s'abandonne , DES MURENES. 83 pour ainsi dire, et soulFie qu'on J'approche, qu'on la louche, qu'on l'enlève même sans qu'elle cherche à s'échapper (i). Au reste , lorsque des maladies ne dé- rangent pas l'organisation intérieure de l'an- guille, lorsque sa vie n'est atfaquée que par des blessures ^ elle la perd assez diffici- lement; le princi[)e vifai paroît disséminé d'une manière assez indépendante , si je puis employer ce mot, dans les diverses pai ties de cette murène, pour qu'il ne puisse être éteint que lorsqu'on cherche à Fanéantir dans plusieurs points à la fois ; et, de même que dans plusieurs serpens et particulièrement dans la vipère, une heure après la séparation du tronc et de la tète, l'une et l'auire de ces poitions peuvent donner encore des signes d'une grande irri- tabilité. Cette vitalité tenace est une des causes de la longue vie que nous cro3^ons devoir attribuer aux anguilles, ainsi qu'à la plupai't des autres poissons. Toutes les analogies indiquent cette durée considérable, malgré ce qu'ont écrit plusieurs auteurs, qui ont voulu limiter la vie de ces murènes k quinze (i) Lettre déjà citée de Septfontaines. F 2 84 H I S TOI R E ans, et même à huit années: et d'ailleurs nous savons, de manièi^e à ne pouvoir pas en douter, qu'au bout de six ans une an- guille ne pèse quelquefois que cinq hecto- grammes (une livre et deux onces) (i); que des anguilles conservées pendant neuf ans n'ont acquis qu'une longueur de vingt -six centimètres (environ neuf pouces et demi); que ces anguilles, avant d'être devenues l'objet d'une observation précise , avoient déjà dix -neuf centimètres (environ sept pouces), et par conséquent dévoient être âgées de cinq ou six ans; qu'à la fin de l'expérience elles avoient au moins qua- torze ans; qu'à cet âge de quatorze ans elles ne présentoient encore que le quart ou tout au plus le tiers de la longueur des grandes anguilles pêchées dans des lacs de la Prusse (2), et qu'elles n'auroient pu par- venir à cette dernière dimension qu'après un intervalle de quatre-vingts ans. Les an- guilles de trois ou quatre mètres ( environ neuf ou douze pieds) de longueur , vues dans des lacs de la Prusse par des observa- (i) Actes de l'académie de Stocklioliii , Méni. de Hans Hederstroem. (2) Lettre de Sepifontaincs. DES MURENEiS. 85 teurs dignes de foi, avoient donc aii moins quatre-vingt-quatorze ans :nous devons dire que des preuves de fait et des témoignages irrécusables se réunissent aux probabilités fondées sur les analogies les plus grandes,^ pour nous faire attribuer une longue vie à la murène anguille. • ' Mof-^y - -> / Mais comment se perpétue céîce espèce utile et curieuse ? L'anguille vient d'un véritable œuf, comme tous les poissons. L'œuf écîot le plus souvent dans le ventre de la mère, comme celui des raies, des squales, de plusieurs blennies, de plusieurs silures; la pression sur la partie inférieure du corps de la mère facilite la sortie des petits déjà éclos. Ces faits bien vus , biea constatés par les naturalistes récens , sont simples et conformes aux vérités physio- logiques les mieux prouvées, aux résultats les plus sûrs des recherches anatomiques sur les poissons et particulièrement sur l'anguille ; et cependant combien , depuis deux mille ans, ils ont été altérés et déna- turés par une trop grande coutiance dans des observations précipitées et mal -faites, qui ont séduit les plus beaux génies , parmi lesquels nous comptons non seulement Pline,. F 3 86^ HISTOIRE mais même Aristote (j)! Lorsque les an- (i) Le savant ichlh5'ologiste âe Berlin , le doctenr Bloch , a tracé un prêtais des opihions diverses émises pu adoptées par les haluralistes anciens et modernes, au sujet de la génération des anguilles; j'ai pensé qu'on le verroit ici avec quelque intérêt. « Arisfote, dit Bloch ,a regardé la génération de l*anguille comme une chose si remarquable , qu'il y a consacré un chapitre particulier. Selon lui, c'est le seul des aitinlaux qui ait du sang qui ne se reproduise ni par l'accouplenienl > ni par les neufs , parce qu'il n'y a dans cette e pèce ni mâles ni femelles. Il croit que les anguilles naissent de la fange corrompue. Car comme on les trouve d »ns des marais , lorsque la pluie v^ent à les remplir, il faut bien , dit-il, qu'elles aient clé produites cîe ces marais. Si ce philosophe avoit réfléchi qu'elles pOuVoient y être apportées par les débordemens et les inondations , que d'ailleurs l'an- guille vit long- tems cachée dans la bourbe, il auroit senti aisément l'incertitude de cette conséquence. 1\ faut qu'il n'ait pas songé non plus que si c'étoit la vase corrompue qui produisît les anguilles , on en trouveroit dans tous les marais de cette espèce. » Pline , qui refuse aussi à l'anguille l'un et l'autre sexe, dit avec un ton d'assurance que les anguilles, en se frottant contre des corps durs , font sortir de leur corps de petites parties qui s'animent et de- viennent des anguilles. » Athénée les fait naître de la vase corrompue ; di'autres, de la pourriture des animaux. Comme on DES MURENES. 87 guilles mettent bas leurs petits, communé- troQVa quelquefois plusieurs anguilles dans le corps des chevaux qu'on avoit jetés dans l'eau quelque tems auparavant, on en conclut qu'elles étoient venues de leur corruption. Mais on ne pensoit pas que l'anguille , ainsi que plusieurs autres poissons , aime à se repaître de charogne. » Rondelfct soutient qu'elles se reproduisent comme les autres poissons pourvus de laites et d'œufs : il dit que la grande quantité de graisse dont la laite et les àénfs sont entourés dans les anguilles, empêche de les apercevoir , et il assure en avoir vu entre- lacées l'une dans l'autre ; ce qu'il regàrdoit comme un accouplement. )) On a voulu les faire naître aussi de la rosée ôa mois de mai , et on a tâché de le prouver par l'expé- rience suivante : On prend au mois de mai deux mor- eeaux de gazon ; on les place l'un contre l'autre , de manière que les deux c(5tés garnis d'herbe se touchent. On couvre le tout d'herbe , et vers le soir on jette ce paquet dans l'eau, de manière que l'herbe soit égale à la surface de l'eau. Alors, s'il a fait une forte rosée pendant la nuit , on trouve le matin de petites an- guilles parmi le gazon. Quelque ridicule que soit cette opinion , et quelque peu digne qu'elle paroisse d'arrêter un instant, Leeuwenhoeck l'a cependant jugée digne de réfutation : voici comme il explique ce phé- nomène. On sait que la rosée ne tombe que par un tems calme et tranquille. Les poissons se tiennent F 4 88 HISTOIRE! ment elles reposent sur la vase du fond des ordinairement au fond ; mais , dans un tems clair , les jeunes sur-tout viennent sur la surface de l'eau, qui j^$t j[2L jpartie la plus chaude. Or, comme les jeunes anguilles trouvent en même tems de la nourriture clans le gazon, on voit pourquoi elles s'y trojivoient lorsqu'il tomboit de la rosée , et pourquoi, pljes ne s'y trouvoient pas dansle cas contraire. Leeuwenhoeck alla plus loin ; tous les mois , depuis le printcins , il ouvrit un certain nombre d'anguilles , et à la fin il trouva au mois d'août , dans la matrice d'une anguille;, un petit, et deux dans une autre; ils avoient, comme on le voit parole dessin , la grosseur d'un crin de cîieval, et la longueur d'un pouce. Il est aisé de voir que ces expé- riences pénibles n'ont pas répandu assez de lumière sur la génération des anguilles-, car une multiplication si modique ne seroit pas à beaucoup près suffisante pour réparer la destruction que les hommes et les animaux font chaque année parmi les anguilles. Cependant il se pourroit que les anguilles fissent leurs petits peu à peu, et qu'alors il n'en restât qU;© quelques-uns dans le corps. C'est de cette manière ique j'ai aussi expliqué le cas suivant. Je priai quelques personnes de ma connoissance, d'observer a^ttenti ve- ment , en ouvrant des anguilles, s'iU. n'a perce vroi en t point les petits qui doivent se trouver à l'épine du (dos non loin de l'anus. M. Elchner , habile mécanicien de Berlin j remarqua., en ouvrant une anguille, trois petits animaux dans un sac , qui avoient la figura de ceux de Leeuwenhoeck. Il m'en apporta un dans l'esprit DES MURENES. 8^ eaux; c'est au milieu de celte terre ou de de vin , et j'y trouvai la plus grande ressemblance avec l-'anguille. •» Willughby est le premier qui avoua franchement que la génération des anguilles étoit inconnue. M. le docteur Eiclnier assure au contraire qu'une anguille a rendu plusieurs petits vivans enfermés dans d& petites vessies. Charleton assure la même chose , et prétend avoir trouvé onze petits dans la matrice d'une anguille. Dans la suite M. Fahlberg vit au mois de février lySo, dans une anguille encore vivante , uil' petit à moitié sorti parle trou ombilical. Il l'ouvrit ,' et trouva dans la matrice quarante autres petits , qu'il mit dans de l'eau; et ils s'y remuèrent pendant six heures de la même manière que les anguilles. Birckholtz rapporte au?si que les vieux pêcheurs expérimentés, en juin et en juillet , f^iisoient sortir du corps des anguilles vivantes, en leur pressant le ventre, et que lui-même en avoit vu ensuite aussi dans le corps des mères. Plusieurs vieux pêcheurs expérimentés de ce pays m'ont assuré aussi, que si dans ce tcms on presse une anguille mère , les petits en sortent sous la forme de serpens très-petits et très- déliés, et qu'ils ont aussi souvent remarqué de petites anguilles, quand leurs bateaux troués sont si pleins de grosses anguilles qu'elles se pressent les unes sur les autres. » Gesner est le premier ^i ait dit que l'anguille étoit vivipare , et il s'appuyoit sur le témoignage de deux pêcheurs expérimentés, qui avoient vu sortir 96 HISTOIRE ce sable humecté qu'on voit frétiller le» â'nne grosse anguille une quantité de petites de U longueur de trois pouces. Cetti assure aussi que ran-* guiile est vivipare. > J'ai demandé à plusieurs de mes amis du dehors quelques observations sur la génération des anguilles^ et voici ce qu'ils me mandent. 3) M. de Buggenhagen , de Buggenliugen en Pomé- ranie suédoise , m'écrit : « Après le frai de la brème, disent les pêcheurs, on trouve les anguilles en grandes troupes , et iU croient que c'est alors qu'elles s'attroupent. M. d© Blandow, mon voisin , qui demeure à Jamitzow , prit quelque tems avant la fenaison une anguille qui étoit d'une grosseur extraordinaire. Le «lisinier, en l'ap^ prêtant, trouva dans son corps une quantité de vers ^ de sorte qu'il la montra à son maître , en lui disant qu'on ne pouvoit la manger. M. de Blandow obssrva ces petits vers au microscope, et il trouva que c'étoient exactement dé petites anguilles, dont quelques-unes étoient à peine grosses comme un fil; d'autres un peu davantage , et qui se remuoient déjà vivement dans le ventre de leur mère ». M. le conseiller Heim , qui demeure à présent à Berlin, m'écrivit de Spandow ce qui suit : « Tous les pêcheurs s'acôoi-dent à dire que l'anguille fait des petits. Hier encore, j'ai été chez plusieurs pour m'en informer , et j'ai appris une chose qui mérite d'être rappi^jftée. On prit un jour une grosse anguille , et on la mit aussitôt dans le bateau ) quelque tems après les pêcheurs > à leur grand étonne- DES MURENES. Qi murènes qui viennent de paroître à la lu-* mière : Aristote a pensé que leur généra- tion étoit due à cette fange (i). Les mèreS vont quelquefois frotter leur ventre contre des rochers ou d'autres corps durs, pour se ment, virent un nombre assez grand de petite;? an- guilles , qui n'étoient pas encore à beaucoup près aussi grandes que des sang-sties, et aticun des pêcheur* ne douta que ce ne fussent des petits sortis de ht grosse ». j> Beckmann raconte aussi que les pêcheurs d© Writzen prétendent qu'ils ont remarqué dans une grosse anguille des petits aussi minces qu*un fil fin, et longs comme deux phalanges. j) M. Murller, célèbre naturaliste de Copenhague^ assure qu'il a trouvé des œufs dans quatre anguilles^ les ovaires étoient de la longueur d'un pôuce j ils étoient remplis d'œufs de différentes grosseurs , et placés près de la vésicule aérienne et des reins. Ces œufs n'écloroient-ils point dans le ventre de la mère, comme cela arrive dans la lote vivipare» ?( Histoire naturelle des poissons , article de Vanguille. ) J'ajouterai que dans plusieurs cantons delà France, particulièrement en Lorraine , il règne une croyance populaire et bien étrange sur la manière dont les an- guilles se reproduisent. L'on y soutient que cette reproduction est due à une espèce étrangère , et que ce sont les goujons qui engendrent les anguilles. S G N N I N I. (i) Arist. Hist. des anim. liv. 6 , cliap. i6. sa H I S T O IRE L débarrasser plus facilement dés petits' déjà éclos dans leur intérieur ; Pline a écrit que, par ce frottement, elles faisoient jaillir des fragmens de leur corps, qui s'animoient, et que telle étoit la seule origine des jeunes murènes dont nous exposons la véritable manière de naître (i). D'autres anciens au- teurs ont placé cette même origine, dans les chairs corrompues des cadavres des che- vaux ou d'autres animaux jetés dans Teau,' cadavres autour desquels doivent souvent fourmiller de très -jeunes anguilles forcées de s'en nourrir par le défaut de tout autre aliment placé à leur portée. A des époques bien plus rapprochées de nous, Helmont a cru que les anguilles venoient de la rosée du mois de mai; et Leeuwenhoeck a pris la peine de montrer la cause de cette erreur, en faisant voir que dans celte belle partie du printems , lorsque l'atmosphère est tran- quille , et que le calme règne sur l'eau, la portion de ce fluide la plus chaude est la plus voisine de la surface, et que c^est cette couche plus échauffée, plus vivifiante, et plus analogue à leur état de foiblesse que les jeunes anguilles peuvent alors préférer. (i) l^lin. liv/9, cliap. 5i. DES MURENES. 53 Schwehckfelcl , de Breslaw en Silésie , a faiÊ naître les murènes anguilles des branchies du cyprin bordelière; Schoneveld, de Kiel dans le Holstein , a voulu qu'elles vinssent à la lumière sur la peau des gades morues, ou des salmones éperlans. Ils ont pris Fun et l'autre pour de très - petites murènes anguilles 5 des gordius, des sang-sues , ou d'autres vers qui s'attachent à la peau ou aux branchies de plusieurs poissons. Eller, Charleton, Fahlberg, Gesner, Birckholtz ont connu au contraire la véritable manière dont se reproduit l'espèce que nous décri- vons. Plusieurs observateurs des tems récens sont tombés à la vérité dans une erreur combattue même par Aristote , en prenant les vers qu'ils voyoient dans les intestins des anguilles qu'ils disséquoient pour des fœtus de ces animaux. Leeuwenhoeck sl eu tort de chercher les oeufs de ces poissons dans leur vessie urinaire, et Vallisnieri dans leur vessie natatoire : mais Muller^ et peut- être Mondini, ont vu les ovaires ainsi que les œufs de la femelle , et la laite du mâle a été également reconnue. D'après toutes ces considérations, on doit éprouver un assez grand étonnement , et ce vif intérêt qu'inspirent les recherches et 94 HISTOIRE les doutes d'un des plus habiles et des plus célèbres physiciens, lorsqu'on lit dans le Voyage de Spallanzani (i) que des millions d'anguilles ont été pêchées dans les marais, les lacs ou les fleuves de rilalie et de Sicile, sans qu'on ait vu dans leur intérieur ni œufs ni fœtus. Ce savant observateur explique ce phénomène en disant que les anguilles ne multiplient que dans la mer; et voilà pour- quoi, continue- 1- il j on n'en trouve pas, suivant Senebier , dans le lac de Genève jusqu'auquel la chute du Rhône ne leur permet pas de remonter, iandis qu'on en pêche dans le lac de Neufchàlel qui com-^ niunique avec la mer par le Rhin et le lac de Brenna (2). Il invite en conséquence les (i) Pages 167 , 177, 181. (2) Le comte de Razoamowsky dit qu'au moment où il écrivoit son Histoire naturelle du Jorat , il y avoit environ trente on quarante ans qu'on n'avoit "VU d'anguilles dans le lac de Genève , et qu'à cetto époque on pêclia un de ces poissons , ce qui doit faire présumer, ajoute -t- il , qu'ils y viennent d'ailleurs, (Ouvrage cité , tora. 1, p. i25. ) On lit dans l'histoire de Suisse par Wagner, pag. 49? q"»^ Saint-Guillaume, évêque de Lausanne , s'étant fâché , on ne sait trop pourquoi, contre les anguilles , les e^ccommunia et lea expuls* du grand lae. Quoiqu'il en soit de cette anec- DES MURENES. 96 naturalistes à faire de nouvelles recherches sur les anguilles qu'ils rencontreront au milieu des eaux salées et de la mer propre^ ment dite dans le tems du hai de ces ani- maux , c'est-à-dire, vers le milieu de l'au- tomne ou le commencement de Thyver. Les œufs de Tauguille , éclosant presque toujours dans le ventre de la mère , y doivent être fécondés; il est donc nécessaire qu'il y ait dans cette espèce un véritable accouple- ment du mâle avec la femelle, comme dans celles des raies, des squales, des syngnathes, des blennies et des silures; ce qui confirme ce que nous avons déjà dit de la nature de ses affections ; et comme la conforujation des murènes est semblable en beaucoup de points à celle des serpens , raccouplement dote , elle ne doit pas empêcher les naturalistes et les observateurs de rechercher la cause phj'^sique de l'ex- trême rareté des anj^uilles dans le lac de Genève. L'explication que des sa vans ont donnée de ce phé- nomène paroît plausible lorsqu'il n'est question que dq. lac de Genève-, mais comment l'appliquer à d'autres circonstances, par exemple, au Danube el au Volj^a , fleuves très - poissonneux , dans lesquels on ne voit presque jamais d'anguilles, et qui ne présentent pas néanmoins de chûtes d'eau que ces poissojgis ne puissent i-smonler ? S o jn :n iii i. 96 HISTOIRE des serpens et celui des murènes doivent avoir lieu à peu près de la même manière. Rondelet a vu en effet le mâle et la femelle entrelacés dans le moment de leur réunion la plus intime, comme deux couleuvres le sont dans des circonstances analogues ; et ce fait a été observé depuis par plusieurs naturalistes; uiiii Dans l'anguille , comme dans tous les autres poissons qui éclosent dans le ventre de leur mère, les œufs renfermés dans Tin- térieur de la femelle sont beaucoup plus volumineux que ceux qui sont pondus par les espèces de poissons auxquelles on n'a pas donné le nom de pipipares ou de vipères : le nombre de ces œufs doit donc être beau- coup plus petit dans les premiers que dans les seconds , et c'est ce qui a été reconnu plus d'une fois. L'anguille est féconde au moins dès sa douzième année. Septfontaines a trouvé des petits bien formés dans le ventre d'une fe- melle qui n'avoit encore que trente - cinq centimètres de longueur ( environ treize pouces) , et qui par conséquent pouvoit n'être âgée que de douze ans. Cette espèce croissant au moins jusqu'à sa quatre-vingt- quatorzième année, chaque individu femelle peu! DES MURENES. 97 peut produire pendant un intervalle de quatre-vingt-deux ans; et, ceci sert à expli- quer la grande quantité d'anguilles que Von rencontre dans les eaux qui leur conviennent. Cependant , comme le nombre des petits qu'elles peuvent mettre au jour chaque année est très- linrilé, et que d'un autre côté les accidens, les nîaladies , l'aclivité des pécheurs, et la voracité des grands pois- sons, des loutres et des oiseaux d'eau en détruisent fréquemment une multitude, ou ne peut se rendre raison de leur muîûpli- cation qu'en leur attribuant une vie et niétiie un tems de fécondité beaucoup plus longs qu'un siècle , et beaucoup plus ana- logues à la nature des poissons ainsi qu'à la longévité qui en est la suite. Au reste, il paroit que, dans certaines contrées et dans quelques circonstances, il arrive aux œufs de l'anguille ce qui survient quelquef)is à ceux des raies, des squales, des blennies, des silures, etc. c'est que la femelle s'en débarrasse avant que lés petits ne soient éclos, et l'on peut le conclure des expressions employées par quelques natu- ralistes en traifant de celte murène, et no- tamment par Redi dans son ouvrage des animaux vivans dans les animaux vivans. Foiss. Tome VL G 98 HISTOIRE Tous les clitnats peuvent convenir à l'an- guille : on la pèche dans des contrées très- chaudes, à la Jamaïque, dans d'autres por- tions de TAmérique voisines des tropiques, dans les Indes orientales; elle n'est point étrangère aux régions glacées, à l'Islande, au Groenland, et on la trouve dans toutes les contrées tempérées, depuis la Chine , où elle a été figurée très - exactement pour Tintéressante suite des dessins donnés par la Hollande à la France , et déposés dans le muséum d'histoire naturelle, jusqu'aux côtes occidentales de la lépublique et à ses dé- partemens méridionaux, dans lesquels les muièues de cette espèce deviennent très- belles et très-bonnes, particulièrement celles qui vivent dans le bassin si célébré de la poétique fontaine de Vaucluse (i). Dans des tems plus reculés et antérieurs aux dernières catastrophes que le globe a éprouvées, ces mêmes murènes ont dû être aussi très - répandues en Europe , ou du moins très-multipliées dans un grand nombre de contrées, puisqu'on reconnoît leurs restes (i) Note communiquée vers 1788 par l'évêque d'Uzès, ami très -zélé et très -éclairé des sciences naturelles. DES MURENES. 99 ou leur empreinte clans presque tous les amas de poissons pétrifiés ou fossiles que les naturalistes ont été à portée d'examiner, et sur-tout dans celui que l'on a découvert à ^ningen auprès du lac de Constance, et dont une notice a été envoyée dans le tenis par le célèbre Lavater à l'iliustre de Saus- sure (1). Nous ne devons pas cesser de nous occuper de Tanguille sans faire mention de quelques murènes que nous considérerons comme de simples variétés de cette espèce jusqu'au moment où de nouveaux faits nous les fe- ront regarder comme constituant des espèces parliculières. Ces variétés sont au nombre de cinq : deux diffèrent par leur couleur de Fanguille commune ; les autres trois en sont distinguées par leur forme. Nous devons la connoissance de la première à Spallanzani , et la notice des autres nous a été envoj^ée par Noël de Rouen, que nous avons si souvent le plaisir de citer. Premièrement, celle de ces variétés qui a été indiquée par Spallanzani se trouve dans les marais de Chiozza auprès de Venise. (i) Voyage dans les Alpes, par Horace-Bénédict àe Saussure , vol. IV", parag. i553» G 2 loo HISTOIRE Elle est jaune sous le ventre, constamment pins petite que l'anguille ordinaire ; et ses habitudes ont cela de remarquable qu'elle ne quitte pas périodiquement ses marais , comme l'espèce commune, pour aller, vers la lin de la saison des chaleurs, passer un tems plus ou moins long dans la mer. Elle porte un nom particulier : on la nomme àcerine. Secondement, des pêcheurs de la Seine disent avoir remarqué que les premières anguilles qu'ils prennent sont plus blanches que celles qui sont pêchées plus tard. Selon d'autres, de même que les anguilles sont communément plus rouges sur les fonds de roche, et deviennent en peu de jours d'une teinte plus foncée lorsqu'on les a mises dans des réservoirs, elles sont plus blanches sur des fonds de sable. Mais, indépendamment de ces nuances plus ou moins constantes que présentent les anguilles communes, on ob- serve dans la Seine une anguille qui vient de la mer lorsque les marées sont fortes, et qui renionle dans la rivière en même tems que les merlans. Sa tête est un peu menue. Elle est d'ailleurs très-belle, et conmiuné- ment assez grosse. On la prend quelquefois avec la seine ; mais le plus souvent on la DES MURENES. loi pêche avec une ligne dont les appâts sont des épeilans et d'autres petits poissons. Troisièmement , le pimperneau est , sui- vant plusieurs pécheurs , une autre anguille de la Seine, qui a la têle menue comme Tanguille blanche , mais qui de plus Ta très- alongée, et dont la couleur est brune. Quatrièmement, une autre anguille de la même rivière est nommée guiscau. Elle a la tête plus courte et un peu plus large que l'anguille commune. Le guiseau a d'ail'- leurs le corps plus court; son œil est plus gros, sa chair plus ferme, sa graisse plus délicate. Sa couleur varie du noir au brun, au gris sale, au roussâtre. On le prend depuis le Pîoc jusqu'à Ville- quier, et rarement au dessus. Noël pense que le bon goût de sa chair est dû à la nourriture substantielle et douce qu'il trouve sur les bancs de l'embouchure de la Seine, ou au grand nombre de jeunes et petits poisson^ qui pullulent sur les fonds voisins de la mer. Il croit aussi que cette murène a beaucoup de rapports, par la délicatesse de sa chair, avec l'anguille que l'on pêche dans l'Eure, et que l'on désigne par le nom de breteau. Les troupes de guiseaux sont quelquefois détrillées , suivant l'expressica G 5 I02 HISTOIRE des pécheurs, c'est-à-dire, qu'ils ne sont, dans certaines circonstances , mêlés avec aucune autre murène; et d'autres fois on pêche, dans le même tems, des quantités presque égales d'anguilles communes et de guiseaux. Un pêcheur de Villequier a dit à Noël qu'il avoit pris un jour, d'un seul coup de filet, cinq cents guiseaux, au pied du château d'Orcheb. Cinquièmement, l'anguille chien a la tête plus longue que la commune , comme le pimperneau , et plus large , comme le gui- seau. Cette partie du corps est d'ailleurs aplatie. Ses yeux sont gros; ses dimensions sont assez grandes ; mais son ensemble est peu agréable à la vue, et sa chair est fila- menteuse. On dit qu'elle a des barbillons à la bouche. Je n'ai pas été à même de vé- rifier l'existence de ces barbillons qui peut- être ne sont que les petits tubes à l'extrémité desquels sont placés les orifices des narines. JJ anguille chien est très -goulue; et de là vient le nom qu'on lui a donné. Elle dévore les petits poissons qu'elle peut saisir dans les nasses, déchire les filets, ronge même les fils de fer des lignes. Lorsqu'elle est prise à riiameçon , on remarque qu'elle a avalé l'haim de manière à le faire parvenir jusqu'à DES MURENES. io3 l'œsophage, tandis que les anguilles ordi- naires ne sont retenues avec l'hameçon que par la partie antérieure de leur palais. On la pèche avec plus de facilité vers le com- mencement de l'automne ; elle paroit se plaire beaucoup sur les fonds qui sont au dessus de Candeleu. Dans l'automne de l'an 6 de l'ère française, une troupe d'an- guilles chiens remonta jusqu'au passage du Croisset : elle y resta trois ou quatre jours; et n'y trouvant pas apparemment une nourriture suffisante ou convenable, elle redescendit vers la mer (j). (i) C'est une opération utile en économie de niellre des anguilles dans les étangs \ mais il faut observer que ces poissons demandent un emplacement spacieux, un fond de sable , et de la vase en quelques endroits où ils puissent se retirer pendant l'hyver. Aristole recommande que les étangs destinés à conserver des anguilles soient placés de manière qu'un ruisseau d'eau fraîche y coule. Sonnini. G 4 104 HISTOIRE L'AKGUILLE DU NIL (i). SECONDE ESPÈCE. J'ai déjà dit un mot de cette anguille dans îna noie de la page 5o; Fexamen que j'en ai fait en Egypte nie porte à croire que c'est une race distincte de resi)èce commune, si même les traits de dissemblance que j'ai remarqués ne suffisent pas pour la faire considérer comme une espèce séparée. Les principales différences consistent : 1^ dans la longueur de la nageoire du dos, q;ii avance jasques près de la tête sur l'an* giiiile du Nil, et ne s'étend guère plus haut q]ie la moitié du corps à l'anguille commune; 2° dans l'arrangement des dents ; 3° dans de petits trous tiès-appai ens à la niâclioire in- férieure; 4° dans les barbillons plus alongés de la mâchoire supérieure ; 5^ enfin dans les couleurs : Fanguille du Nil a tout le dessus de la tête et du corps d'un noir foncé et brillant de reflets cuivrés, les côtés d'une (i) Murœna angullla. Arab. tajehan ou hannœsch, Forskœl , Faun. .^Egypt. arab. p. i4« DES MURENES. io5 teinte plus claire, mais également à reflets, tout le dessous d'un blanc éclatant et l'iris jaune. Cette anguille que les égyptiens appellent anesch , nom qu'ils appliquent généralement à tous les serpens, est fort commune dans le Nil , principalement dans la basse Egypte. Pendant mon séjour à Rosselte , l'on avoit trois de ces poissons, de plus de deux pieds de longueur , pour l'équivalent de vingt sous de notre monnoie. Les pécheurs les prennent avec diverses sortes de filets, et leur chair est aussi délicate que celle de notre anguille. Quoique ce fût un aliment interdit aux an- ciens habitans de l'Egypte, les égypciens actuels en mangent sans la moindre répu- gnance. Voyez au surplus ma note à la page 5o. PÊCHE VE L^ ANGUILLE, L'anguille, comme on vient de le voir, fournissant un mets des plus agréables au goût, et susceptible de se prêter à toutes les modifications commandées par le luxe des tables, a dû être et est en effet eu Europe l'objet d'une pêche très-iaiporlanle. loG HISTOIRE L'industrie de Thomme s'est d'autant plus exercée sur les moyens de prendre ce pois- son, que ses habitudes favorisent le déve- loppement de plusieurs méthodes appro- priées aux tems et aux localités. Nous allons passer successivement en revue ces méthodes , en commençant par les plus simples , celles qui n'exigent pas le concours de beaucoup d'hommes, ni des avancés fort considérables. Sans doute le premier instrument que les hommes encore sauvages ont employé pour prendre les anguilles fut leur main. En effet ils ont dû apprendre à connoître ces poissons, à apprécier les avantages qu'ils pouvoient en retirer, avant d'inventer les procédés qui aujourd'hui rendent cette pèche plus facile, plus sûre et en augmentent le produit. Les anguilles, ainsi qu'on l'a vu dans leur histoire naturelle , se cachent pendant le jour ou sous des pierres, ou dans la vase, ou dans les trous creusés sur le rivage. Lorsqu'on veut les prendre à la main, il ne s'agit que de se dépouiller de ses vête- mens, en tout ou en partie, de se coucher sur le bord de l'eau, d'y entrer ou de se mettre dans un petit bateau et de les cher- DES MURENES. 107 cher clans leurs retraites. Cette manière, qui est bonne pour les petites rivières ou pour les lacs très-peuplés de cette sorte de poisson 5 n'est pas sans danger , car l'an- guille mord avec fureur et ne lâche jamais prise. En outre elle ne procure ordinaire- ment que de petites pièces, les grosses par la force et la vivacité de leurs mouvemens, par l'abondante viscosité qui les enduit , peuvent presque toujours échapper à la main qui les saisit. Aussi les pêcheurs de profession emploient -ils très - rarement en France cette méthode, qui n'est guère mise en usage que par les voleurs de poissons et par les enfans. Une autre manière fort simple de prendre les anguilles, mais qu'on ne peut mettre en usage que dans quelques lieux, tels que les étangs dont on vient de vuider l'eau, les mares où le poisson a été conduit par suite du débordement d'une rivière et qui commencent à se dessécher, les vases que la mer abandonne chaque jour à l'embou- cliare des rivières et sur quelques côtes , consiste à entrer nu ou presque nu dans la vase, à examiner les endroits où se sont enfouies les anguilles, et que Ton reconnoît aux trous en entonnoir qu'elles forment io8 HISTOIRE pour leur respiration, à les faire sortir par îa compression ou 1 ébranlement de ces ealonnoirs par suite du mouvement du corps, et à les prendre à la main, ou à les assommer avec un bâton. Dans quelques cantons, au lieu d'entrer dans la vase, les pécheurs marclient dessus, en ajustant sous leurs pieds des espèces de raquettes faites avec de larges douves de tonneaux, qui, embrassant un grand espace, diminuent les eifets de la pesanteur de leur corps, et les empêchent enfin d'enfoncer. Lorsque , dans les mornes lieux , il se trouve des masses de terre solides percées de trous horisontaux^ et lorsqu'on détourne le cours des petites rivières qui nourrissent des anguilles, et dont les bords sont égale- ment percés de trous dans lesquels ces pois- sons se retirent, quelquefois en très -grand nombre, alors on les prend ou avec la main, ou avec un crochet; mais, lorsque le trou est trop profond ou trop tortueux, on n'a plus que la ressource de Fenfumer. Pour cela on brûle à l'entrée du trou de la paille , du fumier ou quelque autre matière com- bustible qui donne beaucoup de fumée , que Ton force à pénétrer dans le trou avec un soufflet ou avec le vent d'un chapeau. DES MURENES. 109 Les anguilles, qui ne peuv(3ïil plus respirer, ne tardent pas à sortir, sar-tout s'il n'y a pas dans le trou de Feau ou de la vase dans laquelle elles puissent enfoncer leur tête. On les saisit à leur sortie ou on les tue à coups de Ijâton. La pêche à la fouane est plus fructueuse et plus généralement en usage, quoiqu'elle altère le poisson et Fempêche de se con- server. Elle se pratique de deux manières différentes. D'abord il est bon de dire que la fouane propre à la pêclie des anguilles diffère un peu de celle qu'on emploie à la mer. Comme elle ne se lance pas , et qu'elle est destinée à saisir des poissons d'un petit diamètre, elle doit avoir un très -long manche ou hampe, un plus grand nombre de dents, et plus rapprochées. Les proportions les plus ordinaires sont un manche de huit à douze pieds, et un fer de quatre à huit branches, chacune de quinze à seize pouces; cepen- dant il est des lieux, comme à Narbonne, au on n'emploie que la fouane simple, qu'on appelle épée; mais on sent combien elle a de désavantages sur celle qui est composée. La première manière de pécher les an- 110 HISTOIRE giiiîles avec une fouaiie consisLe à se pro- mener sur le bord des marais, des lacs, des étangs, des rivières ou de la mer, dans les Jieux qu'on sait être les plus abondans en an- guilles , et de ficher avec force la fouane dans la vase de distance en distance. Les anguilles que cet instrument atteint s'embrochent dans ses branches , sont arrêtées par le cro-^ chet dont elles sont pourvues, et sont faci- lement entraînées sur le rivage. Souvent on en amène plusieurs à la fois; car, comme on Ta dit précédemment, ces poissons ont des lieux de prédilection où ils se réunissent en grand nombre, soit parce qu'ils y trou- vent des moyens de sécurité plus étendus, soit qu'ils s'y procurent une nourriture plus abondante; ces endroits sont toujours ceux où il y a le plus de boue et une profondeur d'eau médiocre. Lorsqu'il y a généralement peu d'eau, c'est dans ce qu'on appelle vul- gairement des fonds de cupe, c'est-à-dire, des places plus profondes qu'il faut les aller chercher de préférence. Cette même pêche, dans certaines loca-« lités , se fait en bateau , et alors plusieurs liarponneurs peuvent se réunir avec avaii-' tage , car le bruit qu'ils font , l'agitation qu'ils donnent à l'eau ne nuit point au succès DES MURENES. m de la pêclie , et ils peuvent plus facilement fouiller avec rapidité une certaine étendue de vase. Dans d'autres endroits on la pratique aussi pendant lliyver. Pour cela on fait des trous dans la glace, au dessus de Tendroit où on saij; qu'il doit y avoir des anguilles (l'expé- rience fournit à cet égard des données cer- taines) , et on les harponne au hasard. Comme à cette époque elles sont toujours réunies en grand nombre, entrelacées les unes dans les autres, et qu'elles ne cherchent x^as à s'échapper, on en prend souvent des cen- taines par le même trou. L'on sait que les anguilles , de même que la plupart des autres poissons, quittent, au printems et en été, leurs plus profondes retraites pour venir pendant la nuit chex- cher à la surface de l'eau et sur les bords une nourriture plus abondante, et qu'elles se dirigent constamment vers les feux qu'elles voient briller dans l'obscurité. Les pêcheurs ont profité de cette observation , qui leur a fourni le moyen de prendre de grandes quantités d'anguilles avec divers engins. L'un de ces engins est encore la fouane; mais souvent la fouane à manche court et 112 HISTOIRE attaché à une coi de, que Ton lance snr les anguiJles qui passent eu nageant à la portée du bord ou du bateau sur lequel sont placés les pêcheurs ; l'autre est une trouble avec laquelle on les enlève; le troisième est un échiquet, qui produit le même efïet d'une manière un peu différente; le quatiième est enfin l'épervier, qu'on jette sur elles (i). Dans tous ces cas, les pêcheurs, lorsqu'ils sont sur le rivage, ont un aide qui porte de ];etites bottes de paille qu'ils allument successivement, ou des flambeaux de bois enduits de résine ou de suif, ou des réchaux placés au sommet d'un bâton, et dans les- quels ils mettent de petits copeaux de bois sec de diverses espèces, sur-tout de bois ré- sineux , tel que le pin gi as , qui donnent beaucoup plus de flamme et durent plus long-tems. Lorsque ces pécheurs sont daiis un bateau, ils fixent leur espèce de lanterne, au moyen d'iui long bâton , à la proue , et une femme ou un enfant est chargé d'en alimenter le feu de manière à lui faire cons- tamment produire le même effet. (i) Nous donnerons la description et la figure de ces trois cspcces de filets. On DES MURENES, îi5 On ne se lait pas d'idée çQjnbien «n ba- teau monté de quatre harpcwineui s adroits peut prendre d'anguilles par ce procédé dans le cours d'une nuit, lorsque la ^aisou est chaude, i'air calme, et les eau^s abondam- ment pourvues de cette sorte de poisson. Sur quelc|ues côtes de mer on prend les anguilles, qui se sont cachées dans le sable ou la vase, avec un râteau ou une herse de fer que Ton promène aux basses eaux , et qui force ces poissons à sortir de leurs re- traites. Cette pêche, qui ne se fait que pen- dant les chaleurs, produit rarement de grosses pièces, et blesse beaucoup de poisson en purç perte pour le pécheur. Après ces diverses espèces de pêche, la plus simple de celles qu'où emploie pour prendre les anguilles est sans doute la pêchç à la ligne , de laquelle on va parler. Les anguilles restant presque constamment cachées dans des trous , ou enfoncées dans la vase pendant le jour, doivent raremenf être prises avec la ligne volante, c'est-à-dire, avec celle qui est attachée à une longue perche que tient un homme qui se promène sur le rivage ; cependant on en prpnd quel- quefois, sur- tout de petites; majLs la perte Foiss. Tome VI. H ïi4 HISTOIRE du tems qu'on passe à attendre qu'elle^ mordent à l'hameçon n'est jamais, ou presque jamais, proportionnée au bénéfice qu'elles procurent; il n'y a donc que les oisifs, ceux pour lesquels cette pêche est un amusement, qui puissent s'en occuper. Les pêcheurs de profession, ceux qui attendent un profit de leur travail , ne doivent faire usage que de la ligne dormante. On appelle ligne dormante une corde de la grosseur au plus du petit doigt, sur la- quelle on attache de distance en distance, par exemple de deux pieds en deux pieds, quelques cordelettes , d'un à deux pieds de long au plus, munies à leur extrémité d'hameçons d'un pouce de longueur, qu'on amorce d'ablettes , de goujons , de loches et 'd'autres petits poissons, et encore plus avantageusement de petites lamproies et de gros vers de terre. Lorsqu'on veut faire usage de cette ligne, soit dans l'eau douce, soit dans l'eau salée, on attache une des extrémités de la corde à un pieu planté sur le bord de l'eau, et l'autre à une pierre que l'on jette dans l'eau aussi loin qu'il est possible. Quelquefois les pêcheurs , pour éviter les DES MURENES. ii5 vols , qui dans ce cas deviennent faciles ,' fixent les deux extrémités de leur ligne à deux pieux enfoncés dans l'eau à quelque distance des bords, mais toujours cependant disposés de manière que la corde traverse la rivière, et soit perpendiculaire au courant. On place ordinairement la ligne dormante le soir, et on va la relever le malin pour détacher et emporter toutes les anguilles qui s'y trouvent prises ,* mais certains pê- cheurs , pour économiser le lems, la laissent pendant presque tout Tété, époque de Tan- née où cette pêche est la plus fructueuse , et se contentent chaque matin, en enlevant le poisson pris pendant la nuit , de remettre de nouveaux appâts , et de réparer les dom- mages qu'elle peut avoir éprouvés. En Allemagne et en d'autres contrées du nord, les pécheurs vigilans ne jettent leur ligue que vers minuit , et vont les retirer au point du jour, parce qu'ils ont remarqué que, s'ils laissent les anguilles se débattre long-tems, elles rompent souvent les ficelles, cassent les hameçons ,^et s'échappent. - Pour qu'une ligne dormante, ainsi aban- donnée dans des eaux ordinairement bour- beuses, puisse durer plus d'un été , il laudroit H 2 ti6 HISTOIRE qu'elle fût de soie ; mais peu de pêcheuri sont en état de faire les avances nécessaires pour se munir des engins ordinaires , et par conséquent ne sont rien moins que disposés à se livrer à des dépenses inusitées , quelque avantageuses qu'elles soient. Les lignes et les filets en soie, outre une durée quadruple ^ ont une force double sous le même volume, et absorbent moins d'eau, ce qui leur donne une supéi iorité inappréciable dans beaucoup de circonstances. La pèche des anguilles à la nasse, ou au verveux, ce qui est presque la même chose> se pratique de plusieurs manières : ou on place la nasse au milieu de l'eau , et on la fixe avec des pierres ou des pieux; ou oa la met en dehors de la vanne d'un moulia pu autre déchargeoir d'eau ,* ou on barre la rivière avec des pieux très-serrés, ou, ce qui vaut mieux, avec des claies disposées en zigzag, et on laisse à chaque angle ren-» trant dans le sens du courant une ouver-» ture où la nasse est placée. Ce dernier mode est le meilleur de tous en France; car, dans certains tems de l'année, lorsque les an- guilles descendent les rivières, soit pour gagner les eaux plus profondes, soit pouc DES MURENES. 117 relourner à la mer, peu de grosses échappent à ces pièges; aussi n'est-il pas permis, pour rintérêt de la génération future, pour celui des propriétaires des eaux inférieures , de barrer ainsi toutes les rivières. C'étoit autre- fois un droit acquis à un petit nombre de particuliers, droit que la législation actuelle ne doit pas admettre et ne fera sans doute pas revivre. On prend aussi un grand nombre d'an- guilles, soit dans la mer, soit dans les ri- vières, avec des filets mobiles de différentes espèces , tels que le bout de quièvre , petit filet attaché à deux perches, que le pécheur tient dans sa main, et qu'il pousse devant lui en marchant dans l'eau, et en le rele- vant de tems en tems; la trouble et réchi- quet , ou carrelet , dont il a déjà été })arlé. De ces trois sortes de filets, la trouble est préférable, et en conséquence plus généra- lement employée , parce que , sur - tout lorsque son cadre est en fer, on peut plus facilement l'introduire dans la vase, sous les mottes et les racines des arbres, retraites ordinaires des anguilles pendant le jour. Sur plusieurs parties des côtes de l'Océan on fait , pour prendre des anguilles à la mer, H 5 it8 histoire des espèces de nasses qui ne sont qu'un panier profond au moins de deux pieds , et dont l'ouverture est deux fois plus large que le fond. On met au fond de ce panier xiu gros morceau de foie de bœuf que Fou fixe par le moyen d'un filet à larges mailles ; et après l'avoir lesté de pierres et attaché à une corde, on le descend dans la mer à ■une profondeur telle que le pêcheur puisse le voir. Les anguilles, attirées par Fodeur du foie, dont l'effet est plus sûr quand il commence à se corrompre , entrent dans le panier, et les pêcheurs, en le relevant dou- cement, s'en emparent. Dans quelques endroits on est dans l'usage, lorsqu^on peut s'en procurer, de garnir éga- lement le fond des nasses ou verve ux "de viande pourrie, d'intestins de volailles, etc. pour y attirer les anguilles; mais on conçoit qu'il n'est pas toujours facile d'avoir cons- tamment de cette sorte d'appât. Jusqu'à présent nous n'avons passé en revue que les moyens employés pour prendre un petit nombre d'anguilles à la fois, et il en est d'autres qui , à la volonté de l'homme ou dans certaines circonstances, en mettent dans le même moment en sa puissance des DES MURENES. 119 niilliers, et luèrne des cenlaiues de milliers. 11 est des étangs d'éau douce qui contiennent une si grande quantité d'anguilles, que lors- qu'on en retire Feau on est obligé de les prendre lentement avec des troubles de ficelle , parce que par leur poids elles cas- seroient les seines que Ton emploie ordi- nairement pour ramasser le poisson qui s'est réuni dans la poêle. Pline rapporte qu'elles étoient si nom- breuses dans le lac de Benaco, non loin de Commachio, que lorsqu'à la fin de Tautomne elles quittoient l'eau douce pour retourner à la mer, on les prenoit par milliers à leur entrée dans le Pô. Depuis elles ont peu diminué, puisque Martini assure qu'où y eu prenoit jusqu'aTsoixante milliers par jour. Mais cette quantité, quelque considérable qu^elle soit, ne peut pas être comparée à celle des anguilles qui habitent certains étants d'eau saumâtre ou même totalement salée des bords de la mer, tels que les lagunes de Commachio 5 peu loin de Véronne, où 5. à l'époque de la pèche, on en .piend quel- quefois, au rapport de Spallanzani, plus de soixante mille livres pesant en une seule nuit. H 4 ii2o HISTOIRE Dans ces lagunes de Conimachio on ne prend guère les anguilles qiie lorsqu'elles cherchent à retourner à la mer , c'est-à- dire j comme du teins de Pline, à la fin de l'automne; mais on a perfectionné les moyens de s'en rendre maître, et très- peu échappent à la main des pécheurs. PoUr cela on barre toute la largeur du canal par lequel les eaux de la lagune communiquent à la mer Adria- tique, avec des roieaux qui se touchent presque, et qui sont retenus dans une posi- tion verticale , tant par leur implantation dans la vase que par un grand nombre d'autres roseaux mis en travers. On pratique en dedans plusieurs chambres bâties aVec lés mêmes matériaux , et dont l'entrée s'évase» Les anguilles, poussées par l'instinct qui les rappellent à la mer , enfilent les allées , entrent dans les chambres, font des efforts pour sur- monter l'obstacle qui les empêchent de passer outre, et s'accumulent dans les chambres^ s'y entrelacent au point de former souvent une masse plus élevée que l'eau. C'est là qu'on en prend avec des troubles ou des paniers des quantités plus ou moins grandes^ selon les années^ mais toujours très -consi- dérables. DES MURENES. 121 Ce n'est pas seulement dans le midi de ÎEurope qu'on fait de si abondantes pêches d'anguilles; sur les côtes de Fiance, d'An- gleterre, de Hollande et de Danemarck , et encore plus à reniboucluu^e des grands fleuves de cfes contrées , on en prend de très- grandes quantités, sur-tout aux époques où elles entrent dans les eaux douces et où elles retournent à la mer , avec des seines ou autres grands filets non stationnaires. On rapporte qu'on en prenoit par jour autre- lois jusqu'à soixante milliers avec nn seul filet à l'embouchure de la Garonne. Ou n'en prenoit guère moins à celle de la Loire et de la Seine. Aujourd'hui eette abondance a beaucoup diminué, parce que les pêcheurs se sont trop fréquemment permis, contre la loi, de se servir de filets à mailles étroites, tels que ceux appelés seine drue ou drnn~ guet dru, qui leur livrent les plus petits comme les plus gros poissons, de sorte qu'il n'en reste plus assez pour la reproduction. Ainsi Favidité de quelques hommes privent leurs descende ns des biens que leur a voit répartis la Nature avec profusion. 11 est à présumer que l'on ouvrira enfin les yeux sur la nécessité d'assujettir les pécheurs à 122 H 1 S T O I R E des régleniens sévères , et d'en surveiller rexécutioij. Au tenis d'Aristote , on frotloit ayec de ]a saumure de poisson Fentrée des cavités profondes dans lesquelles les anguilles se retiroient : cela les faisoit sortir prompte- nient. On plaçoit aussi dans l'eau un vase qui avoit contenu de la saumure , et on mettoit à l'entrée un collet de nasse, auquel se prenoient les anguilles attirées par l'odeur de celte matière. Les habilans du Chili ^ selon l'abbé Molina (Hist. nat. du Chili ^ pag. 2o5 de la traduction française), prennent les anguilles avec une espèce de corbeille , qu'ils exposent contre le courant de l'eau. Ces poissons ne se trouvent au Chili que dans les provinces des Arauques, où ils se sont prodigieusement multipliés. DES MURENES. isS L'ANGUILLE TACHETÉE (i), LA MYRE (2). LA MURÈNE TACHETÉE (3)i,^ LA MURENE MYRE (4), PAR LACÉPÈDE. 3^ ET 4® ESPÈCES. i^oRSKŒL a VU dans FArabie la murène tachetée, et en a publié le pi^eniier la desr- (i) U anguille tachetée. En arabe , sjœœJca. Murœna glauca , gultis nigris , macula majori utrinque propè cciput, . . . murœna guttata. Forskœl , Faun asgypt. arab. p. 22 , n*^ i. — tân. Syst. nat. edit. Grael. gen. i4-5, sp. 9. — Art. Gen. pisc. geii. 18, adJitament. sp. 7. S o n n i n i. (2) ha myre. A Marseille , firade , filas ou filât. Murœna pinnâ amhiente alhâ , margine nigro ; rnurœna myrus. Lin. Syst. nat. edit. Gmel. gen. \/^ '^ sp. 9. — Brunnicli , Ichlbyol massil. p. 12 , n** 25. Murœna rostro acuto , lituris alhldls i^ario , margine pinnœ dorsales nigro myrus antiquorum forte, Artedi , Gen, pisc. gen. 18, sp. 3. Sowniwi, 124 HISTOIRE cription. Cette murène a la mâchoire infé- rieure plus avancée que la supérieure , comme Tanguille, avec laquelle elle a d'ailleurs beau- coup de ressemblance ; mais elle en diffère par une callosité placée entre les yeux, par le nombre des rayons de ses nageoires, ainsi que de sa membrane branchiale (5) , et par la disposition de ses couleurs. Elle est d'un verd de mer, relevé par un grand nombre de taches noires, et une tache plus grande (5) Murœna maculât a, Murœna guttata. Liii. édit. de Gmel. — Forskœl , Faun. arab. p. 22 , n^ 1. Murène ponctuée. Bouatcrre , pi. de l'Encre, méth. (4) Murœna myrus. Murœna myrus. Lin. édil. de Graelin. Murène myre. Daubenton , Encycl. méthod. — Bonaterre, pi. de rEncyc. métliod. Serpens marinas alter, caudâ compressa. Willaghby, p. 108. — Ray, p. 56. Murœna rostro acuto , lituris albidls varia , eSc, Artedi , gcn. 24 » syn. 40* [5) A la membrane branchiale de la murène tachetée 6 rayons. A la nageoire du dos ..... 4^ A chacune des pectorales. ... 9 ou à peu près» A la nageoire de Fanus .... 56 A celle de la queue 10 DES MURENES. i25 est placée auprès de la téLe, de chaque côté du corps (i). La niyre habite dans une mer très- voisine des contrées dans lesquelles on a péché la tachetée ; ou la trouve dans la Méditerranée. Son museau est un peu pointu ; les bords des mâchoires et lé milieu du palais sont garnis de deux ou tiois rangées de petites dents presque égales; deux appendices très- courtes et un peu cylindriques sont placées sur la lèvre supérieure (2). Plusieurs raies blanchâtres, les unes longitudinales et les autres transversales, régnent sur la pai^tie supérieure de la tête. La nageoire du dos, celle de la queue , et celle de l'anus , qui sont réunies, présentent une belle couleur blanche et un liseré d'un noir foncé. Telles sont du moins les couleurs que l'on remarque sur le plus giand nombre de myres : mais Forskœl a fait connoître une murène qu'il regarde comme une variété de l'espèce que (i) Forskœl dit qu'il n'a vu qu'un seul individu Tort petit de cette espèce , à Dsjidda , sur les côtes do l'Arabie. Son ni ni. (2) A la membrane des branchies de la murène myre 10 rayons. A chacune de ses nageoires pectorales. 16 126 HISTOIRE nous décrivons, et qui est d'un gris cendré sur toute sa surface (i) (2). Ou a soupçonné que cette variété contenoit dans sa tête un poison plus ou moins actif. Pour peu qu'on se souvienne de ce que nous avons dit au sujet des qualités vénéneuses des poissons , on verra sans peine de quelle nature devront être les observations dont cette variété sera Fobjet pour que l'opinion des naturalistes soit fixée sur la faculté mal-faisante , attri- buée à ces murènes myres d'une couleur cendrée. Au reste, si l'existence d'iiu véi-i- table poison dans quelque vaisseau de la tète de cette variété est bien constatée , il faudra, sans hésiter , la considérer comme une espèce différente de toutes les murènes déjà connues (5). (1) Forskoel , Fa un. arab. p. 22 , n" 2. (2) En arabe , sjœga ou schœga , nom commun à tous les poissons de ce genre. Murœna tota cinerea. Forskoel , loco citato. S O H N 1 N I. (5) "Lorsque Von veut apprêter cette murène cen- drée , on commence par lui couper la tête. Elle est commune dans les eaux de la mer Rouge , près des côtes de roches qui bordent l'Yemen. Sonkini. DES MURENES. 127^ LE CONGRE (1). LA MURENE CONGRE (2), ^ PARLACÉPÉDE. CINQUIÈME ESPÈCE. l_j E congre a beaucoup de rapports aveci l'anguille : mais il en diffère par les pro- portions de ses diverses parties ; par la plus grande longueur des petites appendices cylin- driques placées sur le museau, et que l'on (i) £/e congre. En allemand , meerai. En hollandais, hongeraal. En anglais , conger ou conger - eel ; milwel en Cornouailles , et elvers quand le poisson est jeune. En italien , hrancho. En sarde , grongo. A l'île de Malte, imsella. Au Japon ^fammo. Marœna rostro tentaculis duobus , lineâ laterali ex punctis albidâ, . » . , murœna conger. Lin. Syst. nat. edit. Gmei. gen. i43, sp. 6. Murœna snpremo margine pinnœ dor^alis nigro, . • conger auctorum. Artedi, Gen. pisc. gen. 18 , sp. 2. S O N N I N I. (2) Murœna conger. Anguille de mer. Auprès des côtes méridionales de France ,^/a<. En Angleterre, 128 HISTOIRE a nommées barbillons ; par le diamètre cîe ses yeux , qui sont plus gros ; par ]a nuance noire que présente presque toujours le bord supérieur de sa nageoire dorsale; par la place de cette nageoire, ordinairement plus rapprochée de Ja, tête; par la mf^nière dont se montre aux yeux la ligne latérale com- posée d'une longue série de points blancs^ par sa couleur , qui sur sa partie supérieure conger-o.el. Dans plusieurs contrées (Je jl'Italie, hronco. Marœna conger. Lin. édit. de Gmel. Murène congre. Daubenton , Encycl. mélhod. — « Bonaterre , pi. de rEncycl. méthod. — Bîoch , pi. clv. O koggros. Arist. îib. ï , cap. 5 ; lib. 2 , cap. i3 , x5, 17 ; lib. 5 , cap. 10 \ lib. 6, cap. 17^ lib. 8, c^p. 12, l'S, i5; et lib. 9 , cap. 2. Goggros. Athen, lib. 7, p. 288.^-s-Oppia«. Jlal. lib.'i, p. 5 et 20. Conger. Plin. lib. 9, cap. 16, 2Q. -^^ Cub. lib. Z, cap. 22 , f. 75 h. • — P. Jov. cap. 5o f p, 102. — lîçlon. — WoUon, lib. 8 , c. 166 , f. 148 h' Congre. Rondelet, prem. part. liv. 14, cbap. i. Conger. Salvian. fol. Q^ , b ., Çtj^ a , b, — > Gesncr, p. 290. — Joiiston , l. I , til. 1 , c. 2, art. 6, lab. 4 , fig. 7 , Thaum. p. /i^ii. Congrus. Aldrov. lib. 5, <*ap. 25, p. 349. ^^ Cbarlct, p. 125. — Williigliby, p. III. — Ray, p. 57. Congre , anguillç de mer, V^liftottt de jBomaie , Pict. d'hist. mt. est BËS MURENES. îs^ f^l bkndie, ou ceiidrée, ou noire, Suivant les plriges qu'il fréquente, qui sur sa partie iiifen(^uie est blanche, et qui d'ailleurs ofïrô fréquemnaent des teintes vertes sur la léte> des tein es bleues sur le dos, et des teintes jaunes sous le corps ainsi que sous la queuej par ses dimensions supérieures à celles de Fanguille , puisque n'est pas très - rare de îui voir de trente à quarante décimètres de longueur ( neuf à douze pieds ), avec une circonférence de près de cinq décimètres ( un pied et demi ), et que, suivant Ges^ ner, il peut parvenir à uiîe longueur de près de six mètres ( dix -huit pieds); et enfia par la naluie de son habitation qu'il choisit presque toujours au milieu des eaux salées. On le trouve dans toutes les giandes mers de l'ancien et du nouveau continent,* il est très -répandu sur -tout dans l'Océan d'IJu-^ rope, sur ie^s col es d'Angleterre et de France, dans la Méditerranée, où il a été très-re^- cheiché des anciens, et dans la Propontide, où il l'a été dans destems moins reculés (i), Ses œuFs sont enveloppés d'une matière graisseuse tiès-abondante, ■ " ' > ■ . • ' ' J ! . • I . ' ■ ■ y ■ I I . > I j » I I II I t I '. ^ (i) Belon , îiv. i , cliap. 64. Poiss. Tome VI. I «5o HISTOIRE Il est très-vorace ,* et comme il est grand et fort, il peut se procurer aisément Tali- ment qui lui est nécessaire. La recherche à laquelle le besoin et la faim le réduisent , est d'ailleurs d'autant moins pénible , qu'il vit presque toujours auprès de l'emboux^hure des grands fleuves, où il se tient comme en embuscade pour faire sa proie des poissons qui descendent des rivières dans la mer, et de ceux qui remontent de la mer dans les rivières, il se jette avec vîlesse sur ces animaux ; il les empêche de s'échapper , en s'entortillant autour d'eux, comme un sei^pent autour de sa victime ; il les renferme , pour ainsi dire, dans un filet, et c'est de là que vient le nom àe filât ( filet ) qu'on lui a donné dans pkisieurs départemens méridionaux de France. C'est aussi de cette manière qu'il attaque et retient dans ses contours sinueux les poulpes ou sépies, ainsi que les crabes qu'il rencontre dépouillés de leur têt. Mais s'il est dangereux pour un grand nombre d'habilans de la mer, il est exposé à beau- coup d'ennemis : l'homme le poursuit avec ardeur dans les pays où sa chair est esti- mée; les très-grands poissons le dévorent; la langouste le combat avec avantage, et les DES MURENES. iZ% murénophis , ou murènes de$ anciens , le pressent avec une force supérieure. En vain, lorsqu'il se défeiu] contre ces derniers ani- maux, eniploie-t-il Ja faculté qu'il a reçue de s'attacher fortement avec sa queue qu'il replie ; en vain oppose-t-il par là une plus grande résistance à la murénophis qui veut l'entraîner : ses efforts sont bientôt surmon- tés ; et cette partie de son corps , dont il youdroit le plus se servir pour diminuer son inférioi^ité dans une lutte trop inégale, est d'ailleurs dévorée, souvent dès la pre- mière approche, par la murénophis. On a pris souvent des congres ainsi multipliés, et portant l'empreinte des dents acérées de leur ennemie. Au reste , on assure que la queue du congre se reproduit quelquefois; ce qui seroit une nouvelle preuve de ce que nous avons dit de la vitalité des poissons cïans notre premier Discours. Redi a trouvé dans plusieurs parties de l'intérieur des congres qu'il a disséqués, et, par exemple , sur la tunique externe de l'estomac, le foie, les muscles du ventre, la tunique extéiieure des ovaires, et entre les deux tuniques de la vessie urinaire, des bydatides à vessie blanche , de la grosseur d'uue plume de coq, et de la longueur d^ 1^2 132 HISTOIRE viijgt-cinq à trente centimètres ( neuf à onzdl pouces environ ) (i). Sur plusieurs côtes de Tocéan Européen on prend les congres par le moyen de plu- sieurs lignes longues chacune de cent trente ou cent quarante mètres ( trois ou quatre cents pieds environ ) , chargées, à une de leurs extrémités, d'un plomb assez pesant pour n'être pas soulevé par Faction de Teau sur la ligne , et garnies de vingt - cinq ou trente piles ou cordes, au bout de chacune desquelles sont un haim et un appât (2). (i) A la membrane des brancTiies . . 10 rayons» A chacune des nageoires pectorales. . 19 Aux trois nageoires réunies du dos , de la queue et de l'anus , plus de ..... 3oo (2) Dans la Saverne , en Angleterre , on trouve , particulièrement au mois d'avril , une quantité prodi- gieuse de jeunes congres. Les pêcheurs ne font, pour ainsi diro, que les en tirer comme d'un réservoir, avec des bourses ou poches dont le filet est de crin. Ew Sardaigne on les prend avec des nasses que l'on enfonce fort avant dans la mer. Le père Duterlre décrit une autre sorte de pêche qui se fait aux Antilles. On cherche près du rivage un fond de pierres ou de rochers j l'on ôte quelques pierres, ou Ton creuse un trou dans lequel on verse un peu de yang , et que l'on garnit d'hameçons amorcés avec des morceaux de crabes ou de polypes. Les congres viennent bientôt DES MURENES. i33 Lorsqu'on veut faire sécher des congres pour les envoyer à des distances assez grandes des rivages sur lesquels on les pêche, on les ouvre par dessous depuis la tête jusques vers l'extrérnite de la queue; on fait des entailles dans les chairs trop épaisses ; on les tient ouverts par le moyen d'un bâton qui va d'une extrémité à l'autre de l'animal ; on les suspend à l'air ; et lorsqu'ils sont bien secs 5 on les rassemble ordinairement par paquets dont chacun pèse dix myriagrammes, ou environ ( deux cent quatre livres ) (i). se prencire à cet appât; mais il faut être habile à les tirer, de peur qu'ils ne s'atrachent avec leur queue à quelque corps; car alors ils y tiennent tellement , dit le père Dutertre , qu'on leur déchire plutôt la mâ- choire quiB de les faire lâcher prise. Sonnini, (i) Les congres ont la chair blanche et de bon goût; mais , comme elle est ordinairement très - charaé<î de graisse, elle fatigue l'estomac. On en mange souvent à Paris sous le nom à^ anguille de mer, Sonnini. I 3 i54 HISTOIRE TRENTE -TROISIEME GENRE. P -A R L A C É P Ê D E. LES AMMODYTES. Une nageoire de Tanus; celle de la queue séparée de la nageoire de Fanus et de celle du dos ; Ja tête comprimée et plus étroite que le corps; la lèvre supérieure double; la mâchoire inférieure étroite et pointue ; le corps très-alongé. ESPÈCE. L'ammodyte appât; ammodytes aîliciens, — La nageoire de la queue four- chue. XXJŒT. ^6". f. isâ'. De c'ivr i/e/. il' APPAT DE A7:\SE ,2 la 3)oî^zklle . 3 .t;Espai)o:n . F û m' a ri/ DES AMMODYTES. i56 L'APPAT DE VASE (i). Voyez planche XXllI , fig. i. L'AMMODYTE APPAT (2), PAR LACÉrÈDE. Wn n'a encore inscrit que celte espèce dans le genre de ranimodyte : elle a beau- coup de rapport avec Fanguillej ainsi qu'on a pu en juger par la seule énonciation des caractères distinctifs de son genre; et comme elle a d'ailleurs l'habitude de s'enfoncer dans (1) L.^ appât de vase , lançon , anguille de sahle. En allemand , tohias, sand-aal.'Eii danois , tobis, tobiesen, sandgrœling. En norvégien, sill , solv-fisk , sand fdd. En islandais, sul ^ traunsile. Au Groenlaud,/>w^é'ro/oi&, Au Japon , vissup. Enchelyopus labro mandihutœ inferioris , superiori mandibulâ acuminatâ longiore , subcœruleus , ex ar- genteo totus splendens. Klein, Miss. 4> P- 56 , tab. 12, fig. 10. S O K N 1 N I. (2) Ammodytes alliciens. En Norvège , sill. En allemand, sandspiring. En Angleterre, sand-eel, launce. Dans son jeune â^e , en Angleterre , grigy Sur 14 ïU HISTOIRE îe sabïe des mers, eîle a été appelée anguille de sable en Suède, en Danemarck, en An- gleterre ^ en Allemagne, en France,, et a reçu le nom générique iVainmodyle, lequel plusieurs coter, de France, lançon. En Suède et en Danemarck , tobis. Ammoàytes tqhianvs. Lin. édit. de Gmclhi. ^mnwdyte appât de vaae. Daubent. Encyc. mélh» *— Bonaterre , pt. de l'EncycL méUiod^ Ammodytes. Artedi , gen. 16, sp. 55 , syn. 29. — Gronov. 2ooph. p, ii5,n^ 104*, Mus. i , p. i5, 11*^55. • — Faun. suec. 3o2. -^ It. Scan, 141 • — It. Oel. ^"j. — Hus. Ad. Fr. I , p. 75. — Bîoch , pi. i.xxv^ fig. 2. Piscis sandilz dicties. Salvian. Aquat. p» ^9, l>, cl 70 . h. Sandilz Anghrum. Aldrov. Pisc. p» 262 , 254* Sandilz. Jonston , Fisc. p. 90 , tab. 21 , fig. i, Satidcds or launce, Ray, Pisc. p. 58, n° î65, tab. 1 1 , fig. 12. Sand-launice. Brit. zôol. Z , p. i56 , n® 65 , pî. xxv. Tohis , sandaul. Fisch. naturg. Liefl. p. 114. Anguille de sable, Vaîmont de Bomare , Dictionn. aiîist. liât. Tobianus. Scîioncv. p. 76. Amnwcaétus , exocœtus marintts, amfnadytes. Gesn* Ccrm. tV)l. 39. Amtnoéytes Gesneri. Willnghby , p. îî5i Ammodytes Angloium iferus» 3ago ( in Ray , 8yn.)> pag i65. Anguièla ds amna. Charl. p. 146. Ammodytes tobianus, Ascagne , pi. l. DES AMMODYTES. i37 désigne un animal qui plonge , pour ainsi dire, dans le sable. Sa léle comprimée, plus étroite que le corps, et pointue par devaut^ est l'instrument qu'elle emploie pour creuser la vase molle , et pénétrer dans le sable des rivages jusqu'à la profondeur de deux déci- mètres ou environ (sept pouces à peu près). Elle s'enterre ainsi par une habitude sem- blable à Tune de celles que nous avons remarquées dans l'anguille, à laquelle nous venons de dire qu'elle ressemble par tant de traits ; et deux causes la portent à se cacher dans cet asyle souterrain : non seu- lement elle cherche dans le sable les dra- gonneaux et les autres vers dont elle aime à se nourrir, mais encore elle tâche de se dérober dans cette retraite à la dent de plusieurs poissons voraces , et particulière- ment des scombres, qui la préfèrent à toute autre proie. De petits cétacés même en font souvent leur aliment de choix; et on a vu des dauphins poursuivre l'ammodyte jusques dans le limon du rivage, retourner le sable avec leur museau , et y fouiller assez avant pour déterrer et saisir le foible poisson. Ce goût très-marqué des scombres el d'autres grands osseux pour cet amnio- dyte le fait employer comme appât dans i38 HISTOIRE. plusieurs pèches ; et voilà d'où vient le nom spécifique que nous lui avons con- servé (i). (i) C'est un des meilleurs appâts que l'on puisse employer pour la pêche du maquereau et des autres poissons voraces. Aussi les femmes et les enfans dess pêcheurs leur font-ils une guerre continuelle sur une partie de nos côtes. On les voit armés d'un crochet do fer, courir sur le rivage sablonneux, au moment où la mer se retire , enfoncer leur crochet dans les endroits OLi un petit jet d'eau indique le trou d'un ammodyte, et y fouiller jusqu'à ce qu^ils l'aient trouvé. Quelque- fois ce petit poisson est enfoncé à deux pieds dans le sable , mais ordinairement il ne l'est qu'à quelques pouces. Lorsqu'on a pris un ammodyte et qu'on le pose sur le sable d'oii il vient d'être tiré , on le voit se contourner en spirale , et se creuser avec sa mâ- choire inférieure très-pointue, un trou d'un diamètre égal à celui de la spirale , de sorte que le sable l'a bientôt recouvert en «ntier -, et lorsqu'une lame d'eau vient à passer sur ce sable, elle en aplanit la surface , et l'on n'y découvre plus qu'un petit trou au dessus de la tête du poisson , pour l'absorption de l'eau néces- saire à sa respiration. La pêche de ce poisson n'a généralement d'autre but que de se procurer des amorces propres à attirer des espèces plus importantes; comme il est fort maigre on le mange rarement. Les groenlandais , au rapport d'Othon Fabricius (Faun. Groenl. p. 141 ), s'en nour- rissent après l'avoir fait cuire oa sécher. Sonnini» DES AMMODYTES. iSg C'est vers le printems que la femelle dé- pose ses œufs très - près de la côte. Mais nous avons assez parlé des habitudes de celle espèce : voyons rapidement ses prin- cipales formes. Sa mâchoire inférieure est plus avancée que la supérieure ; deux os hérissés de pe- tites dents sont placés auprès du gosier; la langue est alongée , libre en grande partie , et lisse ; Torifice de chaque narine est double; les yeux ne sont pas voilés par une peau demi - transparente comme ceux de Tan- guille. La membrane des branchies est spu- tenue par sept rayons (i); l'ouverture qu'elle ferme est très -grande; et les deux bran- chies antérieures sont garnies , dans leur concavité 5 d'un seul rang d'apophyses, tandis que les deux autres en présentent deux rangées. On voit de chaque côté du corps trois lignes latérales; mais au moins une de ces trois lignes paroît n'indiquer que la séparation des muscles. Les écailles qui re- couvrent Fammodyte appât sont très-petites. (i) A la nageoire du dos 60 rayons. A chaque nageoire pectorale ... 12 A la nageoire de l'anus 28 A celle de la queue 16 i4o HISTOIRE la nageoire dorsale est assez liante^ et s'étend presque depuis la tête jusqu'à une très- pelite distance de J'exlréniilé de la queue, dont l'ouverture de l'anus est plus près que de la fête. Le foie ne paroît pas divisé en lobes; un cœcuni, ou grande appendice, est placé au- près du pylore; îe canal intestinal est gièle^ long et contouiné, et la surface du péri- toine parsemée de points noirs. On compte ordinairement soixante -trois vertèbres avec lesquelles les côtes sont légè- rement articulées; ce qui donne à l'animal la facilité de se plier en diiïérens sens, et même de se roiiler en spirale comme une couleuvre. Les intervalles des muscles pré- sentent de petites arêtes qui sont un peu appuyées contre l'épine du dos. La chair est peu délicate. La couleur générale de l'ammodyle appât est d'un bleu argentin , plus clair sur la partie inférieure du poisson que sur la su- périeure. Ou voit des raies blanches et bleuâfres placées alternativement sur l'ab- domen 5 et une tache brime se fait remar- quer auprès de l'anus. DES OPHÎDIES. i4i TRENTE - QUATRIÈME GENRE. PAR LACÉPÈDE. LES OPHIDIES. J_j A- tête couverte de grandes pièces écail- leuses; Je corps et ]a queue comprimés en forme de lame , et garnis de petites écailles; ]a membrane des branchies très- large; les nageoires du dos, de la queue et de Tan us réunies. - • • PREMIER SOUS-GENRE. Des barbillons aux mâchoires. PREMIÈRE ESPÈCE. L'oPHiDiE BARBV j ophidlum barbafum.-^^ Quatre barbilloios à la mâchoire inféiieure; la mâchoire supérieure plus avancée que l'inférieure. i4i» HISTOIRE SECOND SOUS-GENRE. Point de barbillons aux mâchoires. SECONDE ESPÈCE. L'oPHiDiE IMBERBE,- ophidium imberbe,'-^ La nageoire de la queue un peu arrondie. TROISIÈME ESPÈCE. L'oPHiDiE UNERNAK ; ophidium unernak, *— Une ou plusieurs cannelures longitudi- nales au dessus du museau ; la nageoire de la queue pointue ; la mâchoire inférieure un peu plus avancée que la supérieure. DES O P H 1 D I E S. 145 LA DONZELLE (i). Voyez la planche XXIII , jîg^ a. LA DONZELLE IMBERBE (2), L' U E R N A K (3). L'OPHIDIE BARBU (4), L'OPHIDIE IMBERBE (5), ET L'OPHIDIE UNERNAK (6), PAR LACÉPÈDE. 1" , 2^ E T 3® ESPÈCES. yj EST au milieu des eaux salées qu'on rencontre les opliidies. Le barbu habite par- ■ ' ■ - ' *- (î) ha donzelle. En allemand, bartmanchen^ grau- hart. En arabe , ahou goudda. A Marseille ,* corudgiao» Ophidium maxillâ inferlore dirais quatuor ophidium harhatuni» Lin, Syst. nat. edit. Gmel. gen. 148 , sp. I. Ophidium maxillâ inferiore hreviore ; cirris quatuor gularihuH. .\ . ophidium harbatum. Brannich , Iciîth,. Massil. p, i5 , 11^ »5. Son NI NI. 144 HISTOIRE tîculièrement dans la mev Rouge et Jaiis là Méditeri'anée , dont il fréquente même les (2) Ophidium maxillis imberhlbus , caudâ ohtusiuS" cutâ ophidium imberbe. Ltn. Syst. nat. edit. Gmel. gen. 148, sp. 2. So^nini. (5) Nom que ce poisson porte au GroenlarMÎ. Ophidium, maxillis iniberbihufi^ eaudâ acutiusculâ.^4 ophidium viridi. O'Iion Fabricius , Fauria groenland» p. 141 ) sp 99- SoNMiNr. (4) Ophidium barbatum. Sur les côtes françaises dô la Médilfrranée , donzelle, Ophidium barhatum. Lin. édit. de Gniel. — Brous- «onnet , Act. anglic. 71, i , p. 4^6 , tab. 2*5. Donzelle barbue. Daubenton y Encycl. métbod. — « Bonaterre , pi. de l'Encycl. mélliod. Ophidium maxillâ inferiore cirris quatuor^ Artedî j gen. 25 , syn. 42. Ophidion pisciculus congro similis. Plin. 1. 52, c. 9. Ophidion , donzelle. Rond. prem. pari. liv. i3 , c. 2- Grillus vulgaris y aselli species. Bel. Aquat. p. i'5'2, Ophidion Plinii. Gesuer , p. c)i , 104. — Aldrov. lib. 5 > cap. 26 , p. 553. — Jonst. lib. i , lit. 1 , cap. O. ^ 9,6, tab. 5 , f. 2. Ophidion Plinii et Rondeletii. Willugliby , Ichth, p. 1 12 , tab. Çt , 7 , fig. 6. — Ray, p. ^S. — Bloch , pL CLIX, fig. I. Enchelyopus harbatus. Klein , Miss, pisc, 4 > p. 52, n°4. Ophidium maxillâ inferiore hreviore ^ etc. Byunnicli^ Pisc. Massil. p. i5 , n^ 25. rivages DES O P H I D I E S. 145 rivages septentrionaux. 11 a beaucoup de ressemblance 5 ainsi que les autres espèces de son genre, avec les murènes et les am- niodytes : mais la réunion des nageoires du dos, de la queue et de l'anus suffiroit pour qu'on ne confondit pas les opbidies avec les amniody tes ; et les traits génériques que nous venons d^exposer à la tête du tableau méthodique du genre que nous décrivons , séparent ce même genre de celui des mu- rènes. Pour achever de donner une idée nette de la conformation du barbu, nous (5) Ophidium imberbe. Sur plusieurs rivages de l'Europe septentrionale , nûgnonen. Ophidium. imberbe. Lin. édit, de Gmelin. Donzelle imberbe. Daubcnton, Encyc. méthod. — Bonaterre , pi. de rEncycl. méthod. Ophidion virris carens, Arledi , gen. 24» syn. fyi. Ophidion flaviim j Vel ophidium imberbe. Rondelet, prem. part. liv. i5, cljap. 2. — WiUughby, p. ii5. — Ray , p. 59. — Schonev. p. 53. Ophidion. Schelliamer , Anat. xiph. p. 25, 24. — Faun. suec. 519. — Brit. Zool. app» t. 95. Enchelyopus flauus imberbis. Klein , Miss. pisc. 4 > p. 55,n<'5. (6) Ophidium unernak* Otli. Fabricii Faun. Groenl. p. i4r , n» 99. Ophidium uiride. Lin. cdit. de Gmeî. J) nz^lle unsrnak. Bonaterre , pi. de l'Enc. mélh< Foiss, Tome VI. K 146 HISTOIRE pouvons nous contenter d'ajouter aux carac- tères génériques, sous-génériques et spéci'- fiques, que nous avons tracés dans cette table méthodique des ophidies, que le barbu a les yeux voilés par une membrane demi- transparente, comme les gymnotes, les mu- rènes et d'autres poissons ; que sa lèvre su- périeure est double et épaisse ; que l'on voit de petites dents à ses mâchoires, sur son palais, auprès de son gosier; que sa langue est étroite, courte et lisse; que sa mem- brane branchiale présente sept rayons (i); que sa ligne latérale est droite , et que l'anus est plus près de la tête que du bout de la queue (2). Quant à ses couleurs, en voici Tordre et les nuances. Le corps et la queue sont d'un argenté mêlé de teintes couleur de chair, relevé sur le dos par du bleuâtre , et varié par un grand nombre de petites taches. La ligne latérale est brune ; les nageoires pec- (i) A la nageoire du dos du barbu . . 124 rayons. A chacune des pectorales ao A celle de l'anus ii5 (2) l.e foie de ce poisson est blanchâtre , Jl'estomac long et mince, et le canal intestinal courbe en doux endroits. La vésicule d'air est large dans son milieu et étroite à ses deux extrémités. ( Bloch , Hist. nat. d«s poissmis , article de la donzalle, ) S o 24 m m i . I DESOPHIDIES. 147 torales sont également brunes, mais avec un liseré gris; et celles du dos, de l'anus et de la queue sont ordinairement blanches et bordées de noir. Cet ophidiou a la chair délicate, aussi bien que l'imberbe (1). Ce dernier, qui n'a pas de barbillons, ainsi quon peut le voir sur le tableau méthodique de sou genre , et comme son nom l'indique , est d'une couleur jauue. On le trouve non seulement dans la Méditerranée , où on le pèche par- ticulièrement auprès des côtes méridionales de France , mais encore dans l'océan d'Eu- rope , et même auprès des rivages très- septentrionaux (2) (5). C'est vers ces mêmes plages boréales, efc » r ■ I ■■ ■ ■ (i) Les romains faisoient graml cas de la donzelle j on la pêche aux filets et même aux hameçons avec des vers de terre poar appât. Sa longueur ordinaire est dun pied à quatorze pouces. S o >' ^• i n i. (2) A la nageoire du dos de l'imberbe. 79 rayons. A chacune des pectorales 11 A celle de l'anus 4^ A celle de la queue 18 (5) Il est commun dans la mer Baltique; on l'y trouve souvent entre les valves ou les écailles des huîtres. (Retzius, Lin, Fauo. suec. p. 5i6 , u*^ 26.) Soy NIN I. R s 148 HISTOIRE jusqiies dans la mer du Groenland, qu'ha- l)ite ruuernak dont on doit la counoissance au naturaliste Othon Fabricius. Sa couleur n'est ni argentée comme celle du barbu , nî jaune comme celle de l'imberbe, mais d'un beau verd que Ton voit régner sur toutes les parties de son corps , excepté sur les nageoires du dos , de l'anus, de la queue et le dessous du ventre, qui sont blancs. Ses mâdioires sont sans barbillons , comme celles de l'imberbe ; sa tête est large ,* ses yeux sont gros; l'ouverture de sa bouche est très-grande (i). Il est très-bon à manger comme les autres ophidies : mais, comme il passe une grande partie de sa vie dans la haute mer, on le rencontre plus rarement (2). Il parvient aux dimensions de plusieurs gades, avec lesquels on Fa souvent com- paré, et par conséquent devient plus grand que le barbu, dont la longueur n'est ordi- nairement que de trois à quatre décimètres (environ onze à quinze pouces). (1) A chacune des nageoires pectorales de l'unernak, 10 ou II rayons. (2) On le prend avec des lignes -, mais , selon Othon Fabricius , on ne le mange que lorsqu'il est un peu 3[i'and. SoNNiNi. DES MACROGNATHES. 349 TRENTE -CINQUIÈME GENRE. PARLACÉPÉDE. LES MACROGNATHES. J_JA mâchoi]^e supérieure très -avancée et en forme de trompe ; le corps et la queue comprimés comme une lame; les nageoires du dos et de Tanus distinctes de celle de la queue. * '^^ PREMIÈRE ESPÈCE. Le macrogn athe aiguileonnè ; macro- gnathus aciileatus. — Quatorze aiguillons au devant de la nageoire du dos. DEUXIÈME ESPÈCE. Le macrognathe armé; macro gnathus armatus. — Trente-trois aiguillons au devant de la nageoire du dos. K 3 i5o HISTOIRE LA TROMPE (i). MACROGNATHE AIGUILLONNÉ (2), PARLACÉPÉDE. PREMIÈRE ESPECE. l^E nom générique de macro gnathe ^ qui signifie longue mâchoire , désigne le très- grand alongement de la mâchoire supérieure de l'espèce que nous allons décrire, et que »il ■! I ■ I I I ■ ■ . I , I, I I I I I .1, I .1 ■■ ■■ (i) La trompe. En allemand , ^a/Z>arif, eUplianten^ russel. En hollandais , rood dregdetje. Au Japon , gaya, Ophidlam rostro acuminato .... ophidiuni aculea" tum. Lin. Syst. nat. edit. Gmel. gen. 148, sp. 4- — Artedi , Gen. pisc. gen. 19 , sp. 4* additam. Nota , que (Walbaum sépare celle espèce en deux variétés. S o N N I N I. (2) Macro gnathus aculeatus. Ophidium aculeatum. Lin. édit. de Gmel. — Blocli, pi. CLIX ,fig. 2. Donzelle trompe. Bonaterre , pi. do l'Encyc. mélh. — Willughby , Ichth. append. tab. 10 , fig, i. Pentophthalmos. Ray , Pisc. p. lÔg , n*' 19. — Kieuhof , lud. 2 , p. 228 , fig. i» DES MACROGNATHES. i5i nous avons cru devoir séparer des ophidies, non seulement à cause de sa conformation qui est très -différente de celle de ces der- niers osseux, mais encore à cause de ses habitudes. En effet , les ophidies se tiennent au milieu des eaux salées, et raiguillonné habite dans les eaux douces : il y vit des petits vers et des débris de corps organisés qu'il trouve dans la vase du fond des lacs ou des ri^dères. Sa mâchoire supérieure lui donne beaucoup de facilité pour fouiller dans la terre humectée, et y chercher sa nour- riture : elle est un peu pointue, et extrê- mement prolongée; aussi a-t-elle été com- parée à une sorte de trompe. Le docteur Bloch, qui a examiné et décrit avec beaucoup de soin un individu de cette espèce, n'a vu de dents ni à cette mâchoire supérieure, ni à l'inférieure, ni au palais, ni au gosier; ce qui s'accorde avec la nature molle des petits animaux sans défense, ^ou des parcelles végétales ou ani- males que recherche l'aiguillonné. L'opercule des branchies n'est composé que d'une lame. Au devant de la nageoire du dos on voit uue rangée longitudinale de quatorze ai- guillons recourbés , et séparés l'un de l'autre ; et deux au 1res aiguillons semblables sont K 4 i52 HISTOIRE placés entre la nageoire de l'anus et Tou- verture du même nom, qui est plus loia de la tète que du bout de la queue (i). D'ailleurs les couleurs de l'animal sont agréables; sa partie supérieure est rougeâtre, et l'inférieure argentée. Les nageoires pec- torales sont brunes à leur base , et violettes dans le reste de leur surface. Celle du dos est rougeâtre variée de brun, et remarquable par deux taches rondes, noires, bordées de blanchâtre , et semblables à une prunelle entouiée de son iiis. La nageoire de l'anus est rougeâtre avec un liseré noir; et un bleu nuancé de noir règne sur la nageoire de la queue, qui est un peu arrondie.' * • La chair de l'aiguillonné est très- bonne à manger. On le pêche dans les grandes Indes. Il parvient ordinairement à la lon- gueur de seize à vingt-un centimètres (six à huit pouces) (2). (i) A la membrane des branchies . . 16 rayons» A la nageoire du dos 5i A chacune des nageoires pectorales . 16 A celle de l'anus 53 A celle de la queue 14 (2) On le prend aux filets et avec des nasses. S o ^ .N 1 N I. DES MACROGNATHES. i53 LE MACROGNATHE ARMÉ (i), PAR L A C É P È D E. SECONDE ESPÈCE. JNIous avons trouvé un individu de cette espèce, encore inconnue aux naturalistes, dans une collection de poissons desséchés cédée par la Hollande à la France, avec tin grand nombre d'autres objets précieux d'histoire naturelle. Elle diffère de l'armé par plusieurs traits de sa conformation et par sa grandeur : l'individu que nous avons décrit étoit long de près de trente-six cen- timètres ( treize pouces environ ) , tandis que l'aiguillonné n'en a communément qu'une vit3gtaine de longueur totale. La mâchoire supérieure est façonnée en trompe ; mais elle n'est pas aussi prolongée que dans l'ai- guillonné : elle ne dépasse l'inférieure que de la moitié de sa longueur. Les deux mâ- choires sont garnies de plusieurs rangs de très-petites dents, et l'aiguillonné n'en a ni aux mâchoires, ni au gosier, ni au palais. (i) Macrognatluis armatus. i54 HISTOIRE On voit un piquant auprès de chaque œil de Tanné, et trois piquans à chacun de ses opercules. Au lieu de quatorze rayons recourbés, on en compte trente -trois au devant de la nageoire du dos, et chacun de ces aiguillons disposés en série longitudinale est renfermé en partie dans une sorte de gaine. Les nageoires du dos et de l'anus ne sont pas séparées par un grand intervalle de celle de la queue, comme dans l'aiguillonné ; mais elles la touchent immédiatement, et n'en sont distinguées que par une petite échancrure dans leur membrane. L'état dans lequel étoit l'individu que nous avons examiné ne nous a pas permis de compter exactement le nombre des rayons de ses nageoires : mais nous en avons trouvé plus de soixante-dix dans celle du dos, et plus de vingt dans chaque pectorale j et cepen- dant le docteur Blocli ïïen a vu que seize dans chacune des pectorales de l'aiguillonné , et cinquante- un dans la nageoire dorsale de ce dernier macrognathe. Au reste, l'armé a, comme l'espèce dé- crite par le docteur Bloch , deux aiguillons recourbés au devant de la nageoire de l'anus. Nous ignorons dans quel pays vit le ma- crognathe armé. DES X I P H I A S. i55 TRENTE-SIXIEME GENRE. PAR LACÉPÈDE. L E S X I P H I A S. JLi A mâchoire supérieure prolongée en. forme de lame ou d'épée, et d'une lon- gueur au moins égale au tiers de ta lon- gueur tolale de l'animal. PREMIÈRE ESPÈCE. Le xiphias espadon ; xiphias gîadius, — La prolongation du museau , plate , sil- lonnée par dessus et par dessous, et tran- chante sur ses bords. DEUXIÈME ESPÈCE. Le xiphias èpèe; xiphias ensis, — La prolongation du museau, convexe par des- sus , non sillonnée , et émoussée sur ses bords. i56 HISTOIRE L' ESPADON (i). Voyez planche XXIII ,fig. 3. LE XIPHIAS ESPADON (2), PAR LACÉPÈDE. PREMIÈRE ESPECE. Voici un de ces géans de la mer, de ces émules de plusieurs célacés dont ils ont reçu (i) V espadon^ épée de mer ^empereur. En Prusse , Jwrnfisch. En Poméranie, schwerdljisch. En Hollande, zwaardi^Uch. En Portugal, grand-cspadas. A Gênes, imperator. A Venise , spada. A Malte , pisci-spat. S o N N 1 N I . (2) Xiphias gladius. En Suède , sward fish. En Angleterre , sword fish. En Italie , pesce spado , emperador. XipJiias gladlus. Lin. édit. de Gmel. Glaive espadon. Daubenton , Encycl. mélliod. — ÎJonaterre , pi. de l'Encycl. méthod. Xiphias. Arist. lib. 2 , cap. i3 , i5 ; et lib. 8, cap. 19, — Athen. lib. 7, p. 5i4- — iElian. lib. 9, cap. 40, p. 548 ", et lib. i4, cap. 25. — Oppian. lib. i , p. 8, et lib. 2 , p. 48. Xiphias f seu gîadiiis. Plin. lib. 9, cap. i5; et DES X I P H I A S. i57 le nom , de ces dominateurs de TOcéan qui réunissent vme grande force à des dimen- sions Irès-élendues. Au premier aspect, ]e xipliias espadon nous rappelle les grands acipensères , ou plutôt les énormes squales et même le terrible requin. 11 est l'analogue de ces derniers ; il tient parmi les osseux une place semblable à celle que les squales occupent parmi les cartilagineux; il a reçu comme eux une grande taille, des muscles lib. 5?. , cap. 2 et n. — Wotlon , lib. 8, cap. 189, fol. 167, b. Empereur. Rondelet , prem. part. liv. 8, cliap. 14* Zifius , par plusieurs anciens auteurs. X.lphias , id est , gladius piscis. Gesner , p. 1049. JLiphias , seu gladius. Jonston, lib. i , tit. i , cap. 2, a. 3 , lab. 4 , fig. 2. Xiphias piscis y Latinis gladius, Willugliby, p. 161. — Ray , p. 52. Gladius , vel xipliias. Schonev. p. 55. Gladius. Cuba , lib. 3 , cap. 3k) , fol. 80 j a. — Salv. fol. 126, ad iconeni , et 127. Gladius. Aldrov. lib. 3 , cap. 21 , p. 532. — Bloch , pi. LXXVI. Xiphias. Klein , Miss. pisc. 4 > P« 17 7 ïi^ i ? 2 , 4 ? lab. I , tig. 2 ; et lab. 2 , fig. i. Empereur. Valmont de Ijomarc , Dict. d'hist. nat. — Schelharner, Anat. xipliii piscis. Hamb. 1707. -— Berthol. ceul. 2 , c. 16. i58 HISTOIRE vigoureux, un corps agile, une arme re- doutable , un courage intrépide , tous les attributs de la puissance; et cependant tels sont les résultats de la différence de ses armes à celles du requin et des autres squales , qu'abusant bien moins de son pouvoir, il ne porte pas sans cesse autour de lui, comme ces derniers, le carnage et la dévastation. Lorsqu'il mesure ses forces contre les grands habitans des eaux , ce sont plutôt des en- nemis dangereux pour lui qu'il repousse, que des victimes qu'il poursuit. Il se con- tente souvent, pour sa nourriture, d'algues et d'autres plantes marines; et bien loin d'attaquer et de chercher à dévorer les ani- maux de son espèce , il se plaît avec eux ; il aime sur - tout à suivre sa femelle , lors même qu'il n'obéit pas à ce besoin passa- ger,, mais impérieux, que ne peut vaincre la plus horrible férocité. Il paroît donc avoir et des habitudes douces et des affections vives. On peut lui supposer une assez grande sensibilité ; et si l'on doit comparer le re- quin au tigre, le xiphias peut être consi- déré comme l'analogue du lion. Mais les effets de son organisation ne sont pas seuls remarquables; sa forme est aussi très -digne d'attention. Sa tête sur -tout D E s X I P H I A s. i59 frappe par sa conformation singulière. Les deux os de la mâchoire supérieure se pro- longent en avant, se réunissent, et s'éten- dent de manière que leur longueur égale à peu près le tiers de la longueur totale de l'animal. Dans cette prolongation , leur ma- tière s'organise de manière à présenter un grand nombre de petits cylindres, ou plutôt de petits tubes longitudinaux; ils forment une lame étroite et plate , qui s'amincit et se rétrécit de plus en plus jusqu'à son extré- mité, et dont les bords sont tranchans comme ceux d'un espadon ou d'un sabre antique. Trois sillons longitudinaux régnent sur la surface supérieure de cette longue lame, au bout de laquelle parvient celui du mi- lieu ; et l'on aperçoit un sillon semblable sur la face inférieure de cette même prolon- gation. Une extension de l'os frontal trian- gulaire, pointue et très-alongée , concourt à la formation de la face supérieure de Ja lame, en s'étendant entre les deux os maxil- laires, au moins jusques vers le tiers de la longueur de cette arme 5 et sur la face in- férieure de cette lame osseuse on voit une extension analogue et également triangulaire des os palatins s'avancer entre les deux os maxillaires, mais moins loin que l'extension iGo HISTOIRE pointue de l'os frontal. Ce sabre à deux tranchans est d'ailleurs revêtu d'une peau légèrement chagrinée. La mâchoire inférieure est pointue par devant ,• et sa longueur égalant le tiers de Ja longueur de la lame tubulée, c'est-à-dire, le neuvième de la longueur totale de l'ani- mal, il n'est pas surprenant que l'ouverture de la bouche soit grande ,* ses deux bords sont garnis d'un nombre considérable de petits tubercules très ^ durs , ou plutôt de petites dents tournées vers le gosier, auprès duquel sont quelques os hérissés de pointes. La langue est forte et libre dans ses mou- vemens. Les yeux sont saillans, et l'iris est verdâtre. L'espadon a d'ailleurs le corps et la queue très - alongés. L'orifice des branchies est grand, et son opercule composé de deux pièces; sept ou huit rayons soutiennent la membrane branchiale. Les nageoires sont en forme de faux, excepté celle de la queue, qui est en croissant ( i ). Une membrane (i) A la nageoire du dos 4^ rayons. A chacune des pectorales 17 A celle de l'anus. . . 18 A celle de la oucue 2.6 adipeuse DES XIPHIAS. 161 adipeuse placée au dessous d'une peau mince, couvre tout le poisson. La ligne latérale est pointillée de noir : cette même couleur règne sur le dos de l'animal, dont la partie inférieure est blan- che. Les nageoires pectorales sont jaunâtres; celle du dos est brune, et toutes les autres présentent un gris cendré. L'espadon habite dans un grand nombre de mers. On le trouve dans Tocéan d'Eu- rope, dans la Méditerranée, et jusques dans les mers austiales. On le rencontre aussi entre l'Afrique et TAméiique : mais, dans ces derniers parages , sa nageoire du dos paroît être constamment plus grande et^ta- chetée ; et c'est aux espadons , qui , par les dimensions et les couleurs de leur nageoire dorsale , composent une variété plus ou moins durable, que l'on doit, ce me semble, rapporter le nom brasilien de guebucu (1). ■ Les xipliias espadons ont des muscles très- puissans ; leur intérieur renferme de plus une grande vessie natatoire : ils nagent avec- vitesse ; ils peuvent atteindre avec facilité de très-grands habitans de la mer. Parvenus quelquefois à la longueur de plus de sept ( I ) Voyez Marcgrave , Bras, lib. 4 ; cap. 1 5 , p. 1 7 1 . Poiss. TqM£ VL L î62 HISTOIRE mètres ( plus de vingt- un pieds ) , frappant leurs ennemis avec un glaive pointu et tran- chant de plus de deux mètres ( plus de six pieds ) , ils mettent en fuite ou combattent avec avantage les jeunes et les petits cétacés dont les tégumens sont aisément traversés par leur arme osseuse, qu'ils poussent avec violence , qu'ils précipitent avec rapidité , et dont ils accroissent la puissance de toute celle de leur masse et de leur vitesse. On a écrit que , dans les mers dont les côtes sont peuplées d'énormes crocodiles , ils savoient se placer avec agilité au dessous de ces ani- Hiaux cuirassés , et leur percer le ventre avec adresse à l'endroit où les écailles sont le moins épaisses et le moins fortement at- tachées. On pourroit même , à la rigueur , croire, avec Pline, que lorsque leur ardeur est exaltée , que leur instinct est troublé , ou qu'ils sont le jouet de vagues furieuses qui les roulent et les lancent , ils se jettent avec tant de force contre les bords des em- barcations que leur arme se brise , et que la pointe de leur glaive pénètre dans l'épais- seur du bord et y demeure attachée , comme on y a vu quelquefois également implantés des fragmens de Farme dentelée du squale scie, ou de la dure défense du narval. DÈS X: I P H I A S. 163 Malgré cette vitesse, cette vigueur, cette adresse, cette agilité, ces armes ^ ce pouvoir, l'espadon se contente souvent, ainsi que MOUS venons de le dire , d'une nourriture purement végétale. 11 n'a pas de grandes dents incisives ni laniaires,* et les rapports de l'abondance et de la nature de ses sucs digestifs avec la longueur et la forme de son canal intestinal sont tels qu'il préfère fré-^ quemment aux poissons qu'il poufroit saisir des algues et d'autres plantes marines,- aussi sa chair est - elle communément bonne à manger , et même très-agréable au goût ; aussi, lorsque la présence d'Un ennemi dan- gereux ne le contraint pas à faire usage de sa puissance, a-t-il des habitudes assez douces. On ne le rencontre presque jamais seul : lorsqu'il vo3^age, c'est quelquefois av^c un compagnon, et presque toujours avec Uîle compagne; et cette association par paires prouve d'autant plus que les espadons sont susceptibles d'affection les uns pour les autres, qu'on ne doit pas supposer qu'ils sont réunis pour atteindre la même proie ou éviter le même ennemi, ainsi qu'on peut le croire de l'assemblage désordonné d'un très-grand nombre d'animaux. Un sentiment différent de la faim ou de la crainte ^eut seul , en L 2 164 HISTOIRE produisant une sorte de choix , faire naître et conserver cet arrangement deux à deux; et de plus leur sensibilité doit être considérée comme assez vive , puisque la femelle ne donne pas le jour à des petits tout formés; que par conséquent il n'y a pas d'accouple- ment dans cette espèce ; que cette même femelle ne va déposer ses œufs vers les ri- vages de rOcéan que lors de la fin du prin- tems ou au commencement de Fêlé, et que cependant le mâle suit fidèlement sa com- pagne dans toutes les saisons de Tannée. ; La saveur agréable et la qualité très- nourrissante de la chair de Fespadon font que, dans plusieurs contrées, on le pêche avec soin. Souvent la recherche qu'on fait de cet animal est d'autant plus infructueuse, qu'avec son long sabre il déchire et met en mille pièces les filets par le moyen desquels on a voulu le saisir (i). Mais d'autres fois, (i) Voici la manière dont on prend l'espadon dans le détroit de Messine : un homme placé en sentinelle sur un rocher avancé ou sur un mât élevé épie l'ap- proche des espadons. Dès qu'il en découvje , il en avertit par des signaux. Les pêcheurs avancent aussi- tôt vers Vendroit indiqué avec deux bateaux à côté l'un de l'autre , parce que ces poissons vont par paire. Le plus adroit des pêcheurs, placé à l'avant du bateau, D E s X I P H I A s. i65 et dans certains tems de Tannée , des in- sectes aquatiques s'attachent à sa peau au dessous de ses nageoires pectorales , ou dans d'autres endroits d'où il ne peut les faire tomber, malgré tous ses efforts; et quoi- qu'il se frotte contre les algues, le sable ou les rochers, ils se cramponnent avec obsti- nation , et le font souffrir si vivement , qu'agité, furieux, en délire comme le lion et les autres grands animaux teirestres sur lesquels se précipite la mouche du désert , il va au devant du plus grand des dangers, se jette au milieu des filets, s'élance sur le rivage, ou s'élève au dessus de la surface de l'eau , et retombe jusques dans les bar- ques des pêcheurs, lance un harpon sur un des deux espadons ; l'autre bateau fait la même manœuvre pour s'emparer du second. Le harpon tient à une corde qui coule sur une poulie, et il faut bien prendre garde que rien ne l'arrête , car les eiForts de l'animal blessé feroient submerger le bateau ; les pêcheurs le suivent jusqu'à ce qu'il soit affoibli , alors ils le tirent dans leurs embarcations s'il est petit , ou jusqu'au rivage s'il est Ae grande taille. SoN>tiNi, L 3 m HISTOIRE LE XIPHIAS ÉPÉE (i), PAR LACÈPÈDE. SECONDE ESPÊC E Xja description de celle espèce n'a encore été publiée pai^ aucun naturaliste. Nous n'avons vu de ce poisson que la partie an- térieure de la tête : mais, comnie c'est dans celle portion du corps que sont placés les caractères distinclifs des xipliias , nous avons pu rapporter Fépée à ce genre ; et comnio d'ailleurs cette même partie antérieure ne nous a pas seulement présenté les formes particulièx^es à la famille dont nous nous occupons , mais nous a montré de plus des traits remarquables et très-diiïérens de ceux de l'espadon , nous avons dû séparer de cette dernière espèce l'animal auquel avoit appartenu celte portion , et nous avons donné le nom d'épée à ce xiphias encore inconnu. Voici les grandes différences qui dis- ^,, j ii in mmmmmm^i . 11 I I II — — — Il _ I I— »^«^^w^»»ww 1 . 1 I W . i mmj DES X I P H I A S. 167 tinguent Tépée de respadon, et qui suffi- roient seules pour empêcher de les réunir, quand bien même le corps et la queue de l'épée seroient entièrement semblables à la queue et au corps de Tespadon. Dans ce dernier animal, la prolongation est plate : elle est convexe dans Fépée. ^ L'arine de Fespadon est aiguë sur ses bords comme un sabre à deux tranchans : celle de Fépée est très-arrondie le long de ses côtés, et par conséquent n'est point p'^opre à tailler ou couper. La lame de Fespadon est très-mince : la défense de Fépée est presque aussi épaisse, ou , ce qui est ici la même chose , presque aussi haute que large. On voit trois sillons longitudinaux sur la face supérieure du sabre de Fespadon, et un sillon également longitudinal sur la face inférieure de ce même sabre : on n'aperçoit le sillon sur aucune des surfaces de la pro- longation osseuse de Fépée. Une extension de l'os frontal , pointue et triangulaire, s'avance au milieu des os maxillaires supérieui^ de Fespadon jusqu'au delà de sa mâchoire inférieure : une exten- sion analogue n'est presque pas sensible dans Fépée. L 4 i68 HISTOIRE Une seconde extension pointue et trian- gulaire, appartenant aux os inter- maxil- laires , se prolonge dans Tespadon sur la face inférieure de Tarme, mais ne va pas jus- qu'au dessus du bout de la mâchoire infé- rieure : dans Tépée elle dépasse de beau- coup cette dernière extrémité. La peau qui couvre la lame de l'espadon est légèrement chagrinée : celle qui revêt la défense de l'épée présente des grains bien plus gros; et sous les os maxillaires j à l'en- droit qui répond à la mâchoire inférieure, les tubercules de cette peau se changent , pour ainsi dire , en petites dents recourbées vers le gosier. Voilà donc sept différences qui ne per- mettent pas de rapporter à la même espèce l'espadon et l'épée. Il peut d'ailleurs résulter de cette diversité dans la forme des armes une variété assez grande dans les habitudes ; une espèce ayant reçu un glaive qui tranche et coupe, et l'autre espèce une épée qui pei'ce et déchire. Au reste , la portion de la tête d'un xiphias épée, qui nous a montré la confor- mation que nous venons d'exposer , fait partie de la collection du muséum national d'histoire naturelle. DES ANARHIQUES. 169 TRENTE-SEPTIEME GENRE. t PAR LACÉPÈDE. LES ANARHIQUES. .Lje museau arrondi; plus de cinq dents coniques à chaque mâchoire ; des dents molaires en haut et en bas ; une longue nageoire dorsale. PREMIÈRE ESPÈCE. L'anarhique loup; anarhichas lupus, — Quatre os maxillaires à chaque mâchoire; les dents osseuses et très-dures. SECONDE ESPÈCE. L'anarhique ^akb. a.^ ; anarhichas kar- rah, — Huit dents cartilagineuses et très- aiguës à la partie antérieure de chaque mâchoire. TROISIÈME ESPÈCE. L'anarhique panthÈrin ; anarhichas pantherinus, — Les lèvres doubles ; la na- geoire de la queue un peu lancéolée; des taches rondes et brunes sur le corps et la queue. 170 HISTOIRE LE LOUP (i). Voyez la planche XXIV, figure i a L'ANARHIQUE LOUP (2), TAR LACÉPÈDE. PREMIÈRE ESPECE. Oe poisson peut figurer avec avantage à côté du xiphias, et par sa force et par sa grandeur. Il parvient quelquefois , au moins (i) Le loup marin. En allemand, see-wolf. ^n liol- lanclais> zeewolf. En danois, steenhid y see-ulu. En norvégien , hav-hat. En islandais, steinbitr. En groen- landais , klgutilik. Anarhichas major dentibus solides ohtusioribas . . . .; anarhichas lupus, Oth. Fabiicius, Faun. Groenland, p. i58,n^97. Anarhichas ex cinereo niger , lateribus jpinnis anali caudalique et abdomine albidi. . . . anarhichas lupus. Lin. Syst. nat. edit. Gmel. gen. 146, sp. i. S G N N 1 N I . (?,) Anarhichas lupus. En Angleterre , sca-ti-'olf. AnarrJilchas lupus. Lia. édit. de GmeL /V.xxrr. c<ô\r'j7.o. Z)e c^ei'e tfc^ . {^. Fovz^ard J- ILE LOUP. 1 XA FI AT OLE DES ANARHIQUES. 171 dans les mers très -profondes, jusqu'à la longueur de cinq mètres (environ quinze pieds); et s'il n'est point armé d'un glaive comnie Tespadon et l'épée, s'il ne paroîfc pas se mouvoir au milieu des ondes avec autant d'agilité que ces derniers animaux, il a reçu des dents redoutables et par leur nombre, et par leur forme, et par leur dureté; il présente même des mo3^ens plus puissans de destruction que le xiphias, et il nage avec assez de vitesse pour atteindre ■ Il II Loup-marin crapaudine. Daubent. Encycl. méthod. — Bonaterre , pi, de rEncycl. méthod. Lupus niarinus nostras. Sclionev. p. 45. Lupus jnarinus Schoneueldii. S onsion , tab. 47» fig« 2» Lupus marinus nostras et Schoneveldii. Willughby, p. i5o , tab. H, 5 , fîi^. 1. Lupus marinus. Ray , Fisc, ^o, Anarhiclias scansor. Gesner ( Germ. ) , fol. 65 y a. Anarhichas. Artedi , gen. 25 , syn. 58. — Gronov, Mus. I , p. i6 , n*^ 44 ; Zoopb. p. i5 1 , n° 4^0. Anarrhichas lupus non maculatus. Millier, Prodr. zool. dan. p. 4o , n^ 552 — Ol. Fabric. Fauri. Groenî. p. i38 , u*^ 7 — ^ Blocb , pi. Lxxiv. Latargus. Klein , Miss. pisc. 4 ? P* î^* Ravenous. Brit. Zool. 5 , p- 1^7 , tab. 24. Sea-wolf. Olear. Mus. 55 , tab. 27 , fîg. 2. ^ Loup marin , lupus marinus piscis, Valmont de Bomare , Dictionnaire d'histoire naturelle. 172 HISTOIRE facilement sa proie. Son orgaaisation inté- rieure lui donne d'ailleurs une très-grande voracité. Féroce comme les squales, terrible pour la plupart des habitans des mers, vrai loup de l'Océan, il porte le ravage parmi le plus grand nombre de poissons , comme la bête sauvage dont il a reçu le nom parmi les troupeaux* sans défense; et bien loin d'offrir ces marques d'une affec- tion douce, cette durée dans l'attachement, ces traits d'une sorte de sociabilité que nous avons vus dans le xipliias, il montre, par l'usage constant qu'il fait de ses armes, tous les signes de la cruauté, et justifie le nom de ravisseur qui lui a été donné dans presque toutes les contrées et par divers observa- teurs. Son corps et sa queue sont aîongés et comprimés : aussi nage- 1- il en serpentant comme les trichiures, ou plutôt comme les murènes et le plus grand nombre de pois- sons de l'ordre que nous examinons; et c'est vraisemblablement parce que les diverses ondulations de son corps et de sa queue lui permettent quelquefois, et pendant quelques niomens, de ramper comme l'anguille, et de s'avancer le long des rivages, qu'il a été appelé grimpeur par quelques naturalistes. Sa peau est forte, épaisse, gluante, ainsi DES ANARHIQUES. 173 que celle de ranguille ; ce qui lui donne la facilité de s'échapper comme cette murène lorsqu'on veut le saisir; et les petites écailles dont ce tégument est revêtu sont attachées à cette peau visqueuse , ou cachées sous l'épiderme , de manière qu'on ne peut pas aisément les distinguer. La tête de l'anarhique que nous décri- vons est grosse, le museau arrondi, le front un peu élevé , l'ouverture de la bouche très- grande ; les lèvres sont membraneuses , mais fortes, et les mâchoires d'autant plus puis- santes que chacune de ces deux parties de la tête est composée, de chaque côté, de deux os bien distincts, grands, durs, so- lides , réunis par des cartilages , et s'arc- boutant mutuellement. C'est au devant de ces doubles mâchoires qu'on voit, tant en haut qu'en bas, au moins six dents coniques propres à couper ou plutôt à déchirer, di- vergentes , et cependant ressemblant un peu, par leur forme, leur volume et leur position, à celles du loup et de plusieurs autres quadrupèdes carnassiers. On voit d'ailleurs cinq rangs de dents molaires supé- rieures, plus ou moins irrégulières, plus ou moins convexes, et trois rangs de molaires inférieures semblables. La langue est courte, 174 HISTOIRE lisse et un peu arrondie à son extrémité-^ Les yeux sont ovales. - Il résulte donc de Tensemble de toutes ces formes que présente la tête de Taria- rhique loup qiie, lorsque la gueule est ou- verte, cette même tête a beaucoup de rap- ports avec celle de quelques quadrupèdes, et particulièrement de plusieurs phoques ; et voilà donc cet anarhique rapproché des mammifères carnassiers , non seulement par ses habitudes, mais encore par la naltire de ses armes et par ses organes extérieurs les plus remarquables. * ; Au reste, comment le loup ne seroit-il pas compris parmi les dévastateurs de rOcéan? Il montre ces dents terribles avec lesquelles une proie est si facilement saisie, retenue, déchirée ou écrasée; et de plus^ ses intestins étant très-courts, ne doit-il pas avoir des sucs digestifs d'une grande acti^ vite , et qui , par Faction qu'ils exercent sur ce canal intestinal, ainsi que sur son estomac , dans les momens où ils ne con-* tiennent pas une nourriture copieuse, lui font éprouver vivement le tourment de la faim, et le forcent à poursuivre avec ar-^ deur, et souvent à immoler avec une sorte de rage de nombreuses victimes? Quelques DES ANARIIIQUES. 175 dents de moins, ou plutôt quelques déci- mètres de plus dans la longueur du canal intestinal, auroient rendu ses habitudes assez douces. Mais les animaux n'ont pas , comme riiomme, cette raison céleste, cette intelli- gence supérieure qui rappelle, embrasse ou prévoit tous les instans et tous les lieux , qui combat avec succès la puissance de la Nature par la force du génie , et , com- pensant le moral par le physique , et le physique par le moral, accroît ou diminue à sou gré Tinfluence de l'habitude, et donne à la volonté Tindépendance et l'empire. L'anarhique loup , condamné donc , par sa conformation et par la qualité de ses habitudes , à rechercher presque sans cesse un nouvel aliment, est non seulement fé- roce, mais très-vorace; il se jette goulûment sur ce qui peut appaiser ses appétits violens. Il dévore non seulement des poissons, mais des crabes et des coquillages^- il les avale même avec tant de précipitation que sou- vent de gros fragmens de dépouilles d'ani- maux testacés , et des coquilles entières parviennent jusques dans son estomac, quoi- qu'il eût pu les concasser et les bro^^er avec ses nombreuses dents molaires. Ces coquilles 176 HISTOIRE entières et ces fragmens ne sont cependant pas digérés ou dissous par ses sucs digestifs, quelqu'actives que soient ces humeurs, pen- dant le peu de séjour qu'ils font dans un canal intestinal très-court, et dont le loup est pressé de les chasser pour les remplacer par des substances nouvelles propres à ap- paiser sa faim sans cesse renaissante. D'ailleurs Testomac de cet anarhique n a pas la force nécessaire pour les réduire, par la tritura- tion , en très-petites parties ; mais ce poisson s'en débarrasse presque toujours avec beau- coup de facilité , parce que fou vert ure de son anus est très- considérable et susceptible d'une assez grande extension. C'est dans l'océan septentrional que se trouve le loup. On ne le voit ordinairement en Europe qu'à des latitudes un peu élevées; on l'a reconnu à Botany-Bay sur la côte orientale de la NouveJle-Hoilande (1); mais il se tient communément pendant une grande partie de l'année à des distances considej ables de toute terre et dans les profondeurs des mers ; il ne se montre pas pendant i'hy ver (i) Voyage de Tench , capitaine de la Charlotte, à la baie Botanique, en 1787 (v. st.). près DES ANARHIQUES. 177 près des rivages st^ptentrionaux de l'Europe et de r Amérique, et c'est à la fin du prin- tems que sa femelle dépose ordinairement ses œufs sur Jes plantes marines qui croissent auprès des rotes (1). Il s'élance avec impétuosité; et malgré cette rapidité au moins momentanée, plu- sieurs naturalistes ont écrit que sa natation paroit lente quand on la compare à celle des xiphias ; sa force est néanmoins très- grande, et ses dimensions sont favorables à des mouvemens rapides. Ne pourroit-on pas dire que les muscles de sa tête, qui serre, déchire ou écrase avec tant de facilité , sont beaucoup plus énergiques que ceux de sa queue; tandis que dans lesxipbias les muscles de la queue sont plus puissans que ceux de la tête , armée sans doute d'un glaive rer doutable , mais dénuée de dents, et qui ne concasse ni ne brise? Nous devons d'autant plus le présumer que la natation , dont les (i) On le trouve dans les golfes de la partie méri- dionale du Groenland ; mais il n'}^ paroîl pas pendant toute l'année. La femelle y dépose au mois de mai , à «ne petite distance du rivage et aux pieds des algues les pins épaisses , une grande quantité d'œufs. (Othon. Fâbricius,Faun. groenland. p. 139. ) Sonmm. Foiss. Tome VL M 178 HISTOIRE vrais principes accélérateurs sont dans la queue, n'est ordinairement sounjise à au- cune cause retardatrice très-marquée , qui ne réside dans une partie antérieure de l'ani- mal tiop pesante ou trop étendue en avant. N'avons-nous pas vu que la prolongation da la tète des xiphias égale en Jongueur le tiers de l'ensemble du poisson ? Et de quel pou- voir lie doivent pas étie doués les muscles caudaux de ces animaux pour leur imprimer , malgré la résistance de ieui- pariie antérieure , la vitesse dont on les voit jouii' ? Ne pourroit-on pas d'ailleurs ajouter que quand bien même la nature , la fojme , le volume et la position des muscles caudaux leur donneroient à proportion la même force dans le loup et dans les xiphias , cet anar- hique devroit s'avancer, tout égal d'ailleurs, avec moins de rapidité que ces derniers , parce que sa tête assez grosse , arrondie et relevée , doit fendre l'eau de la mei* avec moins de facilité que le glaive mince et étroit des xiphias? Quoi qu'il en soit de la force de la queue du loup, celle de sa tête est si considérable, et ses dents sont si puissantes qu'on ne le pêche dans beaucoup d'endroits qu'avec DES ANARHIQUES. 179 des précautioQS pai Lieu Hères. Dans la mer d'Okotsk, auprès du Kamlschatka, veis le ciaquaiile-troisième degré de laliLude , on cherche à prendre le loup avec des seines ou filets faits de lanières de cuir , et par conséquent plus propres à résister à $es efforts. Dans ce même Kanitschatka , le célèbre voyageur Steller a vu un individu de cette espèce que Ton venoit de pêcher , irrité de ses blessures et de sa captivité, saisir avec fureur et briser comme un verre une sorte de coutelas avec lequel on voulpit achever de le tuer , et mordie avec rage des bâtons et des morceaux de bois dont on se seryoit pour le frapper (i). Au reste, on va avec d'autant plus de constance à la poursuite du loup qu'il peut fournir une grande quantité d'aliment, et que sa chair, suivant Ascagne, est , dans certaines circonstances , aussi bonne que celle de languille. Les habitans du Groen- land le pèchent aussi pour sa peau , qui (i) Les habitans de la Norvège prennent le loup au trident, lorsqu'ils l'aperçoivent sur le sable occupé à manger des homards -, et ceux du Groenland le pêclieiit tj^uelquefoia avec de fortes lignes. Sonnini. M a iSo ii I s r O I R E îptif sertie frfre cîc^ bourses et quelques autres ustensiles (i). Le loup à été uommé crapaudinc , parce §irâli à regardé comme proveiiant de cet imui^î de pëtîf^ cor^s fosisiTes connus depuis fotig*tenis sous le' nom de bùfomies on de vrapàrrdines. C^ bufbnites ont reçu la dé- Hominafioh qu'on leur a donnée dès les pj^ëniiérs moTfi'èns où l'on s'en est occupé , à cause de l'origrue qu'on leur a dès-lors iaHribuée. On a supposé que ces petits corps étoient des pierres sorties de la tète d'un 'et\apaud , en latin bufo. Ils sout d'une forme ^Ris ou moins conve:^e d'uu cote, plane ou concave de raufréyd'une figure quel- ^'àefois régnlïèr'e et quelquefois irrégulière .. et. communémetit gri?, ou bruns, ou roux, ou d'un rouge noirâtre. Par une soite de ht fausse opinion qu'on avoit adoptée sur fcur nature , on les a considérés pendant gtielque toms comme des pieiTes fines du second ordre; maïs lorsque Tliistoire natu- relle a^eu fait ^ plus grands pî*ogt^ , on s'est bientôt aperçu que ces prétendues pierres fines n'étoient que des dents de poisson (i) Ils eh maugent aùs^ la chair ou cuite ousécliée. S o >' >• I ^ I. DES ANARHIQUES. igj pétrifiées , et presque toujours des mdaires. Les uns les ont regardées comme des dent^^ d'auarhique; d'autres comrue des dénis du spare dorade; d'autres comme des deots de poissons osseux différens de la dorade et de Tanarliique. lis ont tous eu raison en ce sens qu'on doit rapporter ces fossiles à plusieurs espèces de poissons très-peu semblables Tun^ à l'autre , et telle a été l'opinion de 'SVallerius. La plus grande partie de ces dents nous ont paru néanmoins avoir appartenu à des do* rades ou à des anarliiques. Au reste, il est 1res - aisé de séparer parmi ces fossiles les dents molaires du loup d'avec celles du spare dorade; les dernières ont one régulante et une convexité que l'on ne voit pas dans les premières. Mais, pour être de quelque uti- lité aux géologues, et Ir ur donner des bases certaines d'après lesquelles ils puissent lire sur les corps pétrifiés et fossiles quelques points de l'histoire des anciennes révolutions du globe, nous tâcherons de montrer, dans notre Discours sur les parties solides des poissons, les véritables caractères des dents d'uQ assez grand nombre d'espèces de ces animaux. Le loup est d'un noir cendré par dessus, etd'uji blanc plus 04 moins pur par dessous, M 3 i82 HISTOIRE ce qui lui donne un nouveau rapport exté- rieur avec plusieurs cétacés. Mais peut-être ne doit-on regarder que comme une variété de cette espèce Tanarbique que Ton a désigné par le nom de strié (i), qui présente en effet des stries irrégulières, presque transversales, et qui a élé péché auprès des rivages de la Grande-Bretagne (2) (3). (i) Anarhichas strigosus. Lin. édit. de Gmel. — Brit. Zool.3,n^65,p. 1J9. (2) A la membrane des branchies du loup. 6 rayon». A la nageoire dorsale. y4 A chacune des nageoires pectorales . . 20 A celle de l'anus 46 A celle de la queue 16 On a compté à chacune des pectorales de l'anarhiqun strié . 18 Et à celle de la queue du même animal i3 (5) Anarhichas strigis irregularihusferè transuersîs f usais. anarhichas strigosus. Lin. Syst. nat, edit. i5,gen. 146, sp. 5. — Arîedi, Gen. pisc. gen. 17, additament. species adhuc dubiœ , n^ 3. SojïiMNi. DES ANARHIQUES. i83 LE K A R R A K (i). LE K U S A T S C II K A (2). L'ANARHIQUE KARRAK (5), E T L'ANARHIQUE PANTÉRIN (4), PAR LACÉPÊDE. SECONDE ET TROISIEME ESPECES. v^ES deux espèces habitent dans l'océan Septentrional; la première dans la mer du (i) he karrak , nom de ce poisson au Groenland. En islandai?, hlyre o\x steinbitsbrode?\ Anarhichas minor dentihus cnrtilagineis acutio- rîbus anarhichas minor. Olh. Fabricius, Faun. ^roeuland. p. î39 , n^ 97. j^narhichas ex cinereo niger minor , duntibus cartU laginela acutioribus. , , . anarhichas minor. Lin. Sysf. nat. edit. Gme). gen. 146 , sp. 2, — Artedi , Gen. pisc. gen. 17, additament. sp, 2. Sonni ni. (2) Le kusatschha , nom de cette espèce en Russie. Anarhichas maculis pcr totum, corpus rotiindts fuscis anarhichas pantherinus. Lin. Syst- nat. edit. Gmel. gen. f4f>j sp. 4. — Artedi, Gen. pisc. gen. 17. additament. sp. 2 , var. «. Sonnini. M 4 iH HISTOIRE Groenland, et la seconde dans la mer Gla-^ ciale. Elles ont d'ailleurs beaucoup de rap- ports Tune avec l'autre. Ee karrak a les yeux très - gros et rap- prochés du sommet de la tête , qui a , dit- on , quelque ressemblance vague avec celle d'un chien. L'ouverture de sa bouche est grande ; les deux mâchoires présentent de chaque côté trois dents aiguës et inégales; et dans Fintervalle qui sépare par devant ces deux triolets, on compte deux autres dents plus petites. La nageoire dorsale s'étend depuis le cou jusqu'à une très -petite distance de la na- geoire de la queue (5). (5) Anarhîchas karrak, uénarJiichas minor. Lin. édît. de Gmeî. Loup marin karrak. Bonat. p!. de l'Encycl. mélli. ' — Oth. Fabricius , Faun. Groenland, p. iSp, n^ 956. Anarhichas minor. Millier , Prodrom. Zoo!, dan. — Olafs. Island. p. 592 , t. 42. (4) Anarhichas pantherinus. En Rnssie , kusatschka. Anarhichas pantherinus. Lin. édit. de Gmel. — - Zovicw , Act. Petrop. 1781 , 1 , p. 271 , tab. 6. (5) A la nageoire dorsale du karrak . 70 rayons. A cîiacune des pectorales 20 A celle de l'anus 44 A celle d-e la queue 11 DES ANARHIQUES. î85 Le karrak est ordinaire aient d'un giis noirâtre, et ne parvient pas à des dimen- sions aussi considérables que le loup. Peut - être le panthérin est-il communé- ment encore moins grand que le karrak; peut-être a-t-on eu raison d'écrire que sa longueur ordinaire n'est que d'environ uu mètre (trois pieds). On lui a donné le nom que j'ai cru devoir lui conserver, parce que sur un fond plus ou moins jaunâtre, et par conséquent d'une teinte assez semblable à la couleur de la panthère, il présente, sur presque toute sa surface, des taches rondes et brunes. Sa tête est un peu sphérique; ses lèvres sont doubles. Au travers de la large ouver- ture de sa gueule, on aperçoit aisément, de chaque côté de la mâchoire supérieure, deux rangs de dents coniques et plus ou moins recourbées , et deux rangées de dénis molaires. Entre les quatre rangs de dents coniques , on voit quatre autres dents placées longitxidinalement ; et entre les quatre ran- gées de dents molaires paroît sur le palais une série longitudinale de sept dents très- fortes, et dont les deux premières sont or- dinairement séparées des autres. La mâ- choire inférieure est armée, de chaque côté , i86 HISTOIRE de deux rangs de dents molaires , et de deux ou trois rangées de dents coniques. Les yeux sont grands et assez éloignés l'un de l'autre. La nageoire du dos, qui ne commence qu'à une certaine distance de la nuque, touche celle de la queue; et ces deux derniers caractères suffiroient pour séparer le panthérin du karrak , dont la nageoire caudale est un peu éloignée de celle du dos, et dont les yeux sont rappro- chés sur le sommet de la tête. Deux lames composent chaque opercule branchial ; on ne voit pas de ligne latérale. Les nageoires pectorales sont arrondies comme celles du loup; la nageoire de la queue est un peu lancéolée (i). Au reste, suivant l'auteur russe Zovie^v, qui a fait connoitre le panthérin , on ne mange guère en Russie de cet anarbique, quoiqu'on y vante la bonté de sa chair. (i) A la membrane branchiale du pan- thérin 7 rayons. A la nageoire dorsale 67 A chacune des pectorales 20 A celle de l'anus 44 A celle de la queae 20 DES COMEPHORES. 187 TRENTE-HUITIÈME GENRE, PAR L A C É P E D E. LES COMÉPHORES. J-iE corps alongé et comprimé; la tète et roLiverlure de la bouche très-giaudes; le museau large et déprimé ; les dents très- petites; deux nageoires dorsales; plusieurs rayons de la seconde garnis de longs filamens. ESPÈCE. Le coméphore baïkal ; comephorus bdikalensis. — Les nageoires pectorales de la longueur de la moitié du corps. m HISTOIRE LE B A I K A L (i). LE COMEPHORE BAIKAL (2), PAR LACÉPÈDE. Kje poisson a déjà été décrit sous le nom de callionyme ,• mais il manque de nageoires inférieures placées au devant de l'anus. Dès- lors il ne peut être inscrit ni dans le genre ni même dans Tordre des vrais callionymes, qui sont des jugulaires; il doit être compris parmi les apodes; et les caractères remar- quables qui le distinguent exigent qu'on le place, parmi ces dernier^, dans un genre particulier. (i) Callionymus pinnis ventralibuft nullis ^ dorsale prima minimâ , secundâ radiis cirrhiferis, » . . callio- nymus baikalenùs. Lin. Syst. iiat. edit.Gmel. gen. i5i, sp. 4' — Artedi , Gen. pisc. nov. gen. species adhuc dubiœ , i\^ 6. S o N N 1 N I . (2) Comephorus haikalensis, Pallas , It. 5, p« 707, n^ 49- Callionyme haihal. Bonat. pi. de l'Encyc. mélh. Callionymus baïkalensis. Lin. édit. de Gmel. DES COMEPHORES. 189 Le célèbre professeur Pallas Ta fait cou-»- noître; il l'a découvert dans le Baikal, ce lac fameux de TAsië russe, et si roisin du terHtoire chinois. Le cioméphore que nous décrivons se tient pendant YhyVét dans les endroits de ce kc où les eaux sont le plus profondes ; et ce n'est que pendant Tété qu'il s'approche des rivages en trotipes nom- breuses, ComiîTe plusieurs autres apodes de la prertiièrè division des osseux, il a le corps alongé, comprimé, et enduit d'une matière huileuse très-abondante. La tête est grande , aplatie par dessus et par les côtés , garnie de deux tubercules auprès âes trempes; le museau large,* îa bouche très-ôfuverte; la mâchoh^e inféri'etire plus avancée que la supérieure*, et hérissée comme cette der- nière, excepté à son sommet, de dents très- petites, crochues et aiguës^ la membrane branchiale très-lâche, et soutenue par des rayons très -éloignés Vnn de l'autre, et la ligne latérale assez rapprochée du dos. La première nageoire dorsale est peu étendue ; mais quinze rayons au moins de la seconde sont terminés par de longs fila- mens semblables à des cheveux i et cette conformation nous a suggéré le nom géné- rique àQ porte- cheveux ( coméphore ) , que jgo HISTOIRE nous avons donné au baïkal. Les nageoires pectoiales sont si prolongées , qu'elles égalent en longueur la moitié de Fanimal ; pour peu qu'elles eussent plus de surface, qu'elles fussent plus facilement extensibles, et que le baïkal put les agiter avec plus de vitesse, ce poisson pourroiL non seulement nager avec rapidité, mais s'élever et parcourir un arc de cercle considérable au dessus de la surface des eaux comme quelques pégases, les trigles, les exocets, etc. (i). La nageoire de la queue est fourchue (2), (i) Discours sur la nature des poissons. (2) A la membrane des brandi ies . . 6 rayon». A la première nageoire du dos. . . 8 A la seconde 28 A chacune ^P- '• S o N N I N 1 . (2) Stromateus fiatola. Sur quelques rivages de îa mer Adriatique , lïsetle. Dans quelques contrées de l'Italie , lampuga, Stromateus fiatola. Lin. édit. de Gmel. Stromate fiatole. Daubenton , Encycl, raétliod. — • Bonaterre , pi. de l'Encyc. méthod. Strom,ateus. Artedi , gen. 19 , syn. 55. Fiatole et stromatée. Rondelet , première partie j liv. 8 , chap. 20. Trouchou. Rondelet , première partie , liv. 8^ Poiss. Tome VI. N 194 HISTOIRE le corps plus ou moins alongé, cylindrique €t serpeutiforme. Dans les sîrooiatées, les proportions générales sont bien différentes ; l'animal est très -comprimé par les côtés, et les deux surfaces latérales que produit celte compression sont assez hautes, rela- tivement à leur longueur, pour représenter un ovale plus ou moins régulier. Cette con- formation unique parmi les apodes que nous décrivons sufîit pour empêcher de con- fondre les stromatées avec les autres genres de son ordre. Parmi ces stromatées , l'espèce la plus anciennement connue est celle que Ton cliap. 19. (Nous verrous clans la suite de cet ouvrage, que le stromatée décrit dans Romlelet, prem. partie , liv. 5 , cliap. 24 , et le stromateus d'Atliénée , liv. 7 , p. 522 , rapporté par Artedi à l'espèce que nous exa- minons , non seulement n'appartiennent pas à cette espèce ni au gonre que nous décrivons , mais même ne doivent pas être compris dans l'ordre des apodes de la première division des osseux. ) Fiatola Roniœ dicta. Jonst. lib. i , lit. 3 , cap. i , a. i5 , tab. 19 , n*' 8. Fiatola Romœ dicta. Gesner , p. 925 ; et ( Germ. ) fol 3i.— WiUugbby,Tclilb. p. i56. — Ray, p. 5o. Flatole, Valmont de Bomare, Dict. d'hist. nat. DES STROMATEES. igS nomme fiatoîe^ et que Fou trouve dans la mer Méditerranée, ainsi que dans la mer Rouge. Ses couleurs sont agréables et bril- lantes , et leur éclat frappe d'autant plus les yeux qu'elles sont répandues sur les larges surfaces latérales dont nous venons de par- ler. Ordinairement ce beau poisson est bleu dans sa partie supérieure , et blanc dans sa partie inférieure , avec du rouge autour des lèvres ; et ces trois couleurs , que leurs nuances et leurs reflets marient et fondent les unes dans les autres, plaisent d'autant plus sur la fiatole qu'elles sont relevées par des raies transversales étroites, mais nom- breuses , et communément dorées , qui s'étendent en zig-zag sur chacun des côtés de l'animal. La bouche est petite; les mâchoires et le palais sont garnis de dents ; la langue est large et lisse; chaque côté du corps pré- sente deux lignes latérales, l'une courbe et l'autre presque droite ; la nageoire de la queue est très-fourchue (i); et si on cherche, (i) A la nageoire dorsale /fi rayons. A chacune des nageoires pectorales. 26 A celle de l'anus 54 N 2 igG HISTOIRE par le moyen de la dissection , à connoître les formes intérieures de la fiatole , on trouve un estomac rendu en quelque sorte double par un étranglement , et un très -grand nombre d'appendices ou de petits tubes intestinaux ouverts seulement par un bout et placés auprès du pylore. DES STROMATEES. 197 LE PARU DORÉ (1), LE STROMATEE PARU (2), PAR LACÉPÈDE. SECONDE ESPÈCE. Oette espèce n'est pas peinte de cou- leurs aussi variées que la fîatole, mais elle — (i) Le paru doré. En allemand , einfarhiger hreitjîsch^ golddecke. En Amérique, joam/?MS. Pampus fparupisci brasiliensi congener , sine pinnis ventralihus. Sloan. loco citato. Stromateus dorso aureo , ahdomine argenteo stromateiis paru. Lin. Syst. nat. edit. Gmel. gen. 149 , sp. 2. — Artedi, Gen. pisc. gen. i5 , sp. i , var. a. additament. S o n n i n i. (2) Stromateus pariu Stromateus paru. Lin. édit. de Gmel. Stromateus unicolor. Lin. douzième édition. / Stromateus striis carens. Blocli , pi. clx. Stromate paru. Daubenton , Encycl. mélhod. — » Bonaterre , pi. de l'Encycl. mélbod. Pampus. Sloan. Jamaïc. 2 , p. 281 , tab. 25o , fig. 4' Paînpus. Ray, Pisc. 5 1. N 3 198 HISTOIRE ' resplendit de l'éclat de l'or et de l'argent ; For brille sur sa partie supérieure, et le dessous de ce poisson réllécliit une teinte argentée très-vive. Elle habite dans l'Amé- rique méridionale et dans les grandes Indes, particulièrement auprès de Tranquebar; et sa cliair est blanche, tendre et exquise. Sa langue est large, lisse et assez libre dans ses mouvemens; ses mâchoires sont hérissées de dents petites et aiguës : mais on n'en voit pas sur le palais comme dans la fiaiole , et quelques osselets arrondis pa- roissent aux environs du gosier. L'ouverture des branchies est très-grande; l'opercule composé d'une seule lame bordée d'une membrane (i). Une seule ligne laté- rale assez large et argentée règne de chaque côté de ranimai. Les écailles du paru sont (i) Le foie est partagé en deux lobes étroits , dont le droit est le plus long; l'estomac est arrondi, et le canal intestinal a cinq courbures. Les yeux sont grands ; leur prunelle noire est entourée de deux cercles , dont l'un est blanc et l'autre jaune. Toutes les nageoires sont longues , blanches dans leur milieu, bleues sur leurs bords; leurs rayons sont mous et ramifiés; mais comme ils sont couverts d'écaillés, il» sont très-roides. Sonkini. DES STROMATEES. 19^1 pelites, minces, et tombeut facilement. Cet ossenx ne présente jamais que do pelites dimensions, non plus que la fiatole : aussi ne se nourrit -il que de vers marins et de poissons très-jeunes et très-foibles (1) (2). (i) A la membrane des branchies . . 2 rayons. A la nageoire du dos 5o A chacune des pectorales 24 A celle de l'anus 4^ A celle de la queue, qui est très-fourchue 18 (2) On pêche le paru doré avec des filets j on le prend aussi à l'hameçon. S o n n i n i. N 4 20O HISTOIRE LE C U M A R C A (i), TROISIÈME ESPECE. jTLU lieu d'être clore comme le paru, le dos du cumarca est bleu , le ventre est blanc, et ces deux couleurs sont uniformes, sans bandes , ni laies , ni taches. Ce poisson ne parvient guère qu'à la longueur d'un demi- pied. On le trouve au Chili , où l'abbé Molina Ta observé. Gmelin demande si c'est une espèce vrai- iTient distincte du paru (2); Lacépède soup- çonne que ce n'est qu'une variété de cette dernière espèce (3); mais nous n'avons pas assez de renseignemens sur le cumarca pour le placer avec certitude au rang des espèces ou des simples variétés. (1) Stroniateus dorso cceruleo , addomine albo Uromateus cumarca. Molina, Hist. nat. du Chili , page 204 cle la traduction française. — Lin. Syst. nat. edit. Gmel. gen. 149 , sp. 3. Stroniateus cumarca yvel peladilla. Arlcdi, Gen. pisc. gen. i5 , sp. 4 ,var. a. additamcnt. (2) Lin. Syst. nat. loco citato. (3) Histoire naturelle des poissons , à la fin de l'ar- ticle du stromatère para. DES STROMATEES. 201 LE STllOxMATÉE GRIS (i)(2), LE STROMATÉE ARGENTÉ (3) (4), ET LE STROMATÉE NOIR (5) (6), PAR LACÉPÈDE. 4^5 5^ ET 6^ ESPECES. l^ES trois poissons que Bloch a fait con- noître vivent dans les Indes 01 ien laies; leur dorsale et leur nageoire de l'anus sont en forme de faux. (i) Stromateus cinereus. Bloch , pi. ccccxx. (2) Le stromate gris. En allemand , grosse decke. En. anglais , the gray stromate. S o n n i n i. (3) Stromateus argenteus. Par les habitans de la côte de Coromandel , it^allei - wawaL — Bloch , pi. ccccxxi. (4) Le stromate argenté. En allemand, silberdecke , silber pampel. En anglais , silver-pampel. A la côte de Coromandel , içallei-ivawal. Stromateus aculeis hicuspidatis abdominalïbus f dorsalihusque , maxillâ superiore longiore. . . . strom,a- teus argentjus. Enphr. nov. Act. Stockholm, lom. ÏX, p. 47 > lab. 9. — Artedi , Gen. pisc. gen. i5 , sp. 3. addilament. S o K N i n i. S02 HISTOIRE Le gris a le museau un peu avancé ; l'ou- verture de la bouche petite; les deux mâchoires aussi longues Tune que l'autre , et garnies toutes les deux d'uae rangée de dents fines et très-serrées; lé palais uni; deux orifices à chaque narine; les rayons articulés , et cependant très - cassans ; la couleur générale grise ; les pectorales rou- geâtres; une longueur de trois ou quatre décimètres (environ onze à quinze pouces), et une épaisseur de cinq ou six centimètres (environ deux pouces). Il n'entre jamais dans les rivières; on le prend avec de grands filets à une certaine distance des côtes de la nier. On ci'oit qu'il n'a pas de tems fixe pour frayer; aussi le pêche-t-on dans toutes les saisons : mais il est plus gras et sa chair est plus succulente vers le commencement du printems; il est aussi d'un goût plus agréable quand il est un peu âgé; et lorsque ces deux circons- tances se réunissent , il doit être d'autant (5) Stromateus niger. En langue malabare , haru^ wau^aL — Blocli , pi. ccccxxii. (6) Ls stromate noir. En allemand , schwarze dechcy schwarze pampel.'En anglais ^ hlack-pampel. En langue malabare , haru-watwal, S o N K i n i. DES STROMATEES. 2o3 plus recherché qu'il a très-peu cVarétes. Sa tête est sur-tout un morceau très - déhcat. On le conserve pendant quelques jours, en le faisant frire et en le mettant dans du vinaigre avec du poivre et de l'ail; et on peut le garder pendant plusieurs mois , lorsqu'on l'a coupé en tronçons, qu'on l'a salé, pressé et séché ou mariné avec du vinaigre, du cacao et du tamarin. Quand il est ainsi préparé, on le nomme karawade (i). L'on doit remarquer dans le sfcromatée argenté l'ouverture des narines, qui est sou- vent en forme de croissant, et l'organisa- tion ainsi que la couleur des nageoires, qui ne renferment que des ra^^ons articulés, et qui sont blanchâtres à leur base et bleues à leur extrémité (2). Observez dans le noir les dents , qui sont (i) Le plus gros stromate noir , dit Bloch , se veml aux Indes un silber fam , ou deux gros ; quand îa pêche est abondante , on a jusqu'à trois de ces poissons de (grandeur naturelle pour un fam. Sonnini. (2) Le stromate argenté a tout le corps couvert de petites écailles fines et d'une blancheur éclatante ; mais ces écailles sont si peu adhérentes qu'elles tombent dès qu'on les touche ; aussi est - il fort rare de les trouver sur les poissons de cette espèce que l'ou apporte aux marchés. S o ^^ ^' ini. âo4 HISTOIRE un peu plus fortes que celles du gris et cle l'argenté, la double ouverture de chaque narine, et les écailles, qui sont mieux atta- chées à la peau que celles du stromatée ^ris (i) (2). (r) A la membrane branchiale du stro- matée gris 7 rayons. A chaque pectorale 20 A la nageoire de l'anus 2g A la nageoire de la queue 20 A la membrane branchiale du stromatée argenté 7 A chaque pectorale 24 A l'anale 58 A la nageoire de la queue 19 A la membrane branchiale du stromatée noir 7 A chaque pectorale 16 A la nageoire de l'anus 36 A la caudale 20 (2) La chair du stromate noir est moins succulente, et par conséquent moins recherchée que celle des deux espèces précédentes; l'on a même, dans quelques contrées de Tlnde, de l'aversion pour celle-ci . parce que l'on trouve quelquefois un cloporte dans sa bouche j ce qui n^a rien que de naturel , puisque ce poisson , de même que ceux du même genre , se nourrissent non seulei/ient de poissons plus petits, mais encore de vers et d'insectes aquatiques. S G N N I NI. D E s R H O M B E s. 2o5 QUARANTIÈME GENRE. PAR LACÉPÊDE. LES RHOMBES. JLe corps très -comprimé et assez court; chaque côté de l'animal représentant une sorte de rhombe ; des aiguillons ou rayons non articulés aux nageoires du dos ou de Tanus. ESPÈCE. Le Rhomee alépidote; rhomhus alepi- doius, — Le corps dénué d'écaillés facile- ment visibles; les nageoires du dos et de Tanus en forme de faux. ^oG HISTOIRE LE RHOMBE ALÉPIDOTE (i)(2), PAR LACÉPÊDE. KJE poisson, que le docteur Garden avoit envoyé de la Caroline à Limia3us, et que l'illustre naturaliste de Suède a fait con- noître aux amis des sciences, a été inscrit jusqu'à présent dans le genre des chétodons : mais indépendamment de plusieurs autres traits qui le séparent de ces derniers osseux, l'absence de nageoires inférieures placées au devant de l'anus non seulement Técarte du genre des chétodons , mais l'oblige à ne pas le placer dans le même ordre que ces iho- racins, et à le comprendre dans celui des apodes dont nous nous occupons. Nous l'y avons mis à la suite des stromatées, avec (i) Rhumhus alepidotus. Chœtodon alepidotus. Lin. édit. de Gmelin. Chétodon nu. Daubent. Encycl. mélli. — Bonat. pi. de rEncycl. méthod. (2) Chœtodon caudâ blfidâ , spinis dorsalibus trihusy pinnis ventraUbus nullis chœtodon alepidotus. Lin. Syst. nat. edit. Gmel. gen. i64,sp. 21. — Artedi, Gen. pisc. gen. 56. additament. sp. 68, S o 2^mNi. DES RHOMBES. <207 lesquels la Uès- grande compression, la hauteur et la brièveté de l'ensemble formé par son corps et par sa queue , lui donnent beaucoup de rapports. 11 en diffère cepen- dant par plusieurs caractères, et notamment par la figure rhomboïdale des faces laté- rales, qui sont ovales dans les stromatées, et par la nature de plusieurs rayons de la nageoire du dos ou de celle de Tanus, dans lesquels on ne remarque aucune articula- tion, et qui sont de véritables aiguillons. La peau de Talépidote ne présente d'ail- leurs aucune écaille facilement visible ; et cette sorte de nudité qui lui a fait attribuer le nom de nu y ainsi que celui que j'ai cru devoir lui conserver, empêcheroit seule de le confondre avec les stromatées, et lui donne une nouvelle ressemblance avec les cécilies, les gymnotes, les murènes, et plu- sieurs autres apodes de la première division des osseux. Ses mâchoires ne présentent qu'un seul rang de dents ; on voit sur chaque côté de l'animal deux lignes latérales, dont la su- périeure suit le contour du dos, et dont l'inférieure est droite , et paroît indiquer les intervalles des muscles. Les nageoires du dos et de Tanus sont placées au dessus Fune 2o8 H I S T O I R E de Fautre , et offrent la forme d'une faux ; celle de la queue est fourchue (i). Le rlionibe alépidote est bleuâtre dans sa partie supérieure. Nous ignorons si on le trouve dans quelque autre contrée que la Caroline. (i) A la membrane branchiale ... 6 rayons. 5 aiguillons et 48 rayons articulés à4a nageoire dorsale. A chaque nageoire pectorale .... 24 3 aiguillons et 44 rayons articulés à la nageoire de l'anus. A celle de la queue 23 DIX- DES MURENOrDES. 209 DIX-HUITIÈME ORDRE DE LA CLASSE ENTIÈRE DES POISSONS, ou DEUXIEME ORDRE DE liA PREMIÈRE DIVISION DES OSSEUX, PAR LACÉPÊDE. Poissons jugulaires y ou qui ont des nageoires situées sous la gorge. QUARANTE-UNIEME GENRE; LES MURENOIDES. U N seul rayon à chacune des nageoires jugulaires; trois rayons à la membrane des branchies ; le corps alongé , comprimé et en forme de lame. ESPÈCE. Le murénoïde sujef ; murœnoïdes sujef. — Les mâchoires également avancées. Toiss. ToMB VI. O 210 HISTOIRE LE MURÉNOIDE SUJEF (i)(2), PAR LACÉPÈDE. Oe poisson a été inscrit parmi les blen- nies : mais il nous a paru en être séparé par de grandes différences. De plus, ses carac- tères ne permettent pas de le placer dans aucun autre genre des jugulaires. Nous nous sommes donc vus obligés de le comprendre dans un genre particulier; et comme les deux nageoires qu'il a sous la gorge sont très-petites, composées d'un seul rayon , et quelquefois difficiles à apercevoir , nous l'avons mis à la tête des jugulaires, qu'il lie avec les apodes par cette forme de na- geoires inférieures. Il a d'ailleurs des rap- ports très - nombreux avec les murènes et (i) Murœnoïdes siijef. — Sujef. Act. acad. Petrop, 177g, 2, p. 195, tab. 6,fig. I. Blenniiùs murœnoïdes. Lin. édit. de Gmel. (2) Blennius membranâ branchiostegâ triradiatâ ^ pinnis ventralibus uniradiatis spinosis minitnis blennius murœnoïdes. Lin. Syst. nat. edit. Gmel, gen. i55, sp. 17. — Artedi , Gen. pisc. gen. 22, additament. sp. 16. Sokvini» DES MURENOIDES, fiii les trîchiures. Son corps est alongé, aplati latéralement, et fait en forme de lame d'épée, ainsi que celui des trichiures; et le^ écailles qui le revêtent sont aussi difficiles à distinguer que celles des murènes et parti- culièrement de l'anguille. Un double rang de dents garnit les deux mâchoires. La tête présente quelquefois de petits tubercules: le dessus de celte partie est triangulaire eÇ un peu convexe. Trois rayons soutiennent seuls la membrane des branchies. L'ouver- ture de l'anus est située à peu près vers le milieu de la longueur du corps, La couleur de l'animal est d'un gris cendré qui s'éclair- cit et se change en blanchâtre sur la tête et sur le ventre. Ce murénoïde est ordinai- rement long de deux décimètres (environ sept pouces); et nous lui avons donné le nom de sujef^ afin de consacrer Ja recon^? qpissance que Ton doit au savant gurnàrd. Uranoscopus ossiculo primo pinnœ dorsalis longltU" dirie corporis. Gronov. Mus, i , n*^ B4. CaUionym>Ufi dorsalis prioris radiis îongitudine cor" poris. . i callionymus lyra. Lin. Syst. nat, edit. GmeL gen. i5i , sp. 1, SoNNiNi. (2) Callionym.us lyra. Sur quelques côtes françaises cle l'Océan , lavandière. Callionymus lyra. Lin. édit. de GmeL Vallionyme lacerL Daubenton^ Eucycl. méthodt. **• /Y. XXV. y.a^. f. 274 lie .Cl'I'c' t/e/ /-. l'oir.nr/^f cf. 1 LA LYBK. 5- LE BASPLCON 3 TA VIVE. DES CALLIONYMES. 2i5 les yeux, et loi qui émeus si profondément les cœurs sensibles , ces deux noms ingé- nieusement assortis renouvellent pour ainsi dire , en la retraçant à la mémoire, votre douce , mais irrésistible puissance. Vous que Bonatcrre , pi. de l'Encyc. méth. — Faun. suec. 5o4» — Strom. Sondm. Uranoscopus y ossiculo primo y etc. Gronov. Mus. i ^ B*' 64. Cottus yossiculis pinnœ dorsalis longitudine corporis, Gronov. Act. Ups. 1740? P- 121 , tab. 8- — Bloch , pi. CLXI. Corystion ossiculo pinnœ dorsalis primo longissimo. Klein , Miss. pisc. 5 , p. 93 , n° 14- Lyra haruicensis. Petiv. Gazoph. 1 , p. i , n^ i , tab. 22 , fig. 2. Exocœti tertium, genus. Seba, Mus. 5 , tab. 5o, fig. 7. — Belon , Aquat. p. 223. Yellow giirnard. Tyson y Act. angî. 24, n"" 295, »749^ %• i- Dracunculufi. Gesn. Aquat. p. 80; Icon. anim. p. 84. Cottus y pinnâ secundâ dorsi alhâ. Artedi , gen. 49 y syn. 77. — Aldrov. Pisc. p. 262. — Jonst. Pisc. p. 91 ^ t-ab. 21 , fig. 4. — AViîlughby , Tcblli. tab. H , 6 , fig. 5. Lacert. Rondelet , prem. part. liv. lo , chap. 11. Gemmeous dragoned. Penn. Biit. zool. "5, p. i64j», Bl^ 69 , tab. 27. Doucet y et souris de mer. Duhamel, Traité des pêches, seconde part, cinquième sect. chap. 5, art. 2. (3) Callionyme vient du grec , et signifie beau nom. O 4 2i6 HISTOIRE la plus aimable des mylhologies fit naître du sein des flots azurés ou sur des rives fortunées, qui près des poétiques rivages de la Grèce héroïque formâtes une alliance si heureuse , confondîtes vos myrtes avec vos lauriers, et échangeâtes vos couronnes, que vos images riantes embellissent à jamais les tableaux des peintres de la Nature : béni soit celui qui , par deux noms adroitement rapprochés, associa vos emblèmes comme vos deux pouvoirs magiques avoient été réunis, et qui ne voulut pas qu'un des plus beaux habitans d'une mer , témoin de votre double origine, pût exposer aux regards du natura- liste attentif ses couleurs brillantes , ni l'es- pèce de lyre qui paroît s'élever sur son dos, sans ramener l'imagination séduite et vers le dieu des arts, et vers la divinité qui les anime , et dont le berceau fut placé sur les ondes ! Non , nous ne voudrons pas sé- parer deux noms dont l'union est d'ailleurs consacrée par le génie; nous ne ferons pas de vains efforts pour empêcher les amis de la science de l'être aussi des grâces ; nous ïie croirons pas qu'une sévérité inutile doive repousser avec austérité des sentimens con- solateurs; et si nous devons chercher à dis- siper les nuages que l'ignorance et l'erreur DES CALLIONYMES. 217 ont rassemblés devant la Nature, à déchirer ces voiles ridicules et surchargés d'ornemens étrangers dont la main mal -adroite d'un mauvais goût froidement imitateur a entouré le sanctuaire de cette Nature si admirable et si féconde , nous n'oublierons pas que nous ne pouvons la connoilre telle qu'elle est qu'en ne blessant aucun de ses attraits. Nous dirons donc toujours callionyme lyre. Mais voyons ce qui a mérité au poisson que nous allons examiner l'espèce de con- sécration qu'on en a faite lorsqu'on lui a donné la dénomination remarquable que nous lui conservons. Nous avons sous les yeux l'un des pre- miers poissons jugulaires que nous avons cru devoir placer sur notre tableau, et déjà nous pouvons voir des traits très -prononcés de ces formes qui attireront souvent notre at- tention lorsque nous décrirons les osseux thoracins et osseux abdominaux. Mais , à des proportions particulières dans la tête , à des nageoires élevées ou prolongées , à des piquans plus ou moins nombreux , les callionymes, et sur-tout la lyre^ réunissent un corps et une queue encore un peu ser- pentiformes , et une peau dénuée d'écaillés facilement visibles. Ils montrent un grand âj8 HISTOIRE iiombre de titres de parenté avec les apodes que nous Venons d'étudier. Et si de ce coup d'oeil général nous passonsi à des considérations plus précises , nous trouverons que la tête est plus large que le corps, très-peu convexe par dessus, et plus aplatie encore par dessous. Les yeux sont très-rapprochés l'un de l'autre. On a écrit qu'ils étoient garnis d'une membrane cligno- tante ; mais nous nous sommes assurés que ce qu'on a pris pour une telle membrane n'est qu'une saillie du tégument le plus ex- térieur de la tête, laquelle se prolonge un peu au dessus de chaque œil, ainsi qu'on a pu l'observer sur le plus grand nombre de raies et de squales. L'ouverture de la bouche est très-grande ; les lèvres sont épaisses; les mâchoires hé- rissées de plusieurs petites dents , et les mou- vemens de la langue assez libres. On voit à l'extrémité des os maxillaires un aiguillon divisé en branches , dont le nombre paroît varier. L'opercule branchial n'est composé que d'une seule lame; mais il est attaché, ainsi que la m»embrane branchiale, à la tête ou au corps de l'animal dans une si grande partie de sa circonférence, qu'il ne reste d'autre ouverture pour la sortie ou pour DES CALLIONYMÉS. 21^ rintrôduction de l'eau qu'une très -petite fente placée de chaque côté au dessus de la nuque, et qui, par ses dimensions, sa po- sition et sa figure, ressemble beaucoup à un évent. L'ouverture de Tanus est beaucoup plus près de la tête que la nageoire de la queue* La ligne latérale est droite. Sur le dos s'élèvent deux nageoires : la plus voisine de la tête est composée de quatre ou de cinq et même quelquefois de sept layons. Le premier est si alongé et dépasse la membrane en s'étendant à une si grande hauteur que sa longueur égale l'intervalle qui sépare la nuque du bout de la queue. Les trois ou quatre qui viennent ensuite sont beaucoup moins longs ^ et décroissent dans une telle proportion que le plus sou- vent ils paroissent être entre eux et avec le premier dans les mêmes rapports que des cordes d'un instrument destinées à donner 5 par les seules différences de leur longueur> les tons ut , ut octave , sol , ut double oc- tave , et mi , c'est-à-dire , l'accord le plus parfait de tous ceux que la musique admet. Au delà, deux autres rayons plus courts encore se montrent quelquefois et paroissent représenter des cordes destinées à faire 220 HISTOIRE entendre des sons plus élevés que le mi; et voilà donc une sorte de lyre à cordes liar- nioniquement proportionnées qu'on a cru; pour ainsi dire , trouver sur le dos du cal^ lionyme dont nous parlons, et comment dès-lors se seroit-on refusé à l'appeler lyrô ou porte 'lyre (i) ? Les autres nageoires, et particulièrement celle de l'anus et la seconde du dos, qui se prolongent vers l'extrémité de la queue eu bandelette, membraneuse , ont une assez grande étendue , et forment de larges sur- faces sur lesquelles les belles nuances de la lyre peuvent, en se déployant, justifier son nom de callionyme. Les tons de couleur qui dominent au milieu de ces nuances sont le jaune , le bleu , le blanc et le brun , qui les encadre, pour ainsi dire. Le jaune règne sur les côtés du dos, sur la partie supérieure des deux nageoires dor- sales, et sur toutes les autres nageoires; (i) A la meml)rane des branchies . ., 6 rayons. A la première nageoire dorsale , de. 4 ^ 7* A la seconde nageoire du dos ... lo A cliacune des pectorales ' i8 A chacune des nageoires jugulaires . 6 A celle de l'anus. ...... .i lo A celle de la queue, qui est arrondie ^ DES CALLIONYMES. 2^1 excepté celle de l'anus. Le bleu paroi t avec des teintes plus ou moins foncées sur celte nageoire de l'anus, sur les deux nageoires dorsales où il forme des raies souvent on- dées , sur les côtés où il est distribué en taches irrégulières. Le blanc occupe la partie inférieure de l'animal. Ces nuances, dont l'éclat, la variété et l'harmonie distinguent le callionyme lyre , sont une nouvelle preuve des rapports que nous avons indiqués dans notre Discours sur la nature des jDoissons entre les couleurs de ces animaux et la nature de leurs alimens : nous avons vu que très-fréquemment les poissons les plus richement colorés étoient ceux qui se nourrissoient de mollusques ou de vers. La lyre a reçu une parure magni- fique , et communément elle recherche des oursins et des astéries. Au reste , ce calhonyme ne parvient guère qu'à la longueur de quatre ou cinq décimètres (dix-huit pouces) : on le trouve non seulement dans la Méditerranée , mais encore dans d'autres mers australes ou sep- tentrionales (1), et on dit que, dans presque m m .. . I II. (i) On le pêclie sur nos côtes de l'Océan avec diverses sortes de filets , sur-tout pendant les grandes 3751 HISTOIRE tous les climats qu'il habite, sa chair est blanche et agréable au goût (i). ^ ^ - ■ . ' ■ ■' ■■ ■■■ 1. -1 chaleurs de Tété. Sur les rivages de l'Amérique méridionale on le prend en même tems que le$ harengs, Pontoppidan assure que les lyres s'élèvent en troupes à plusieurs coudées au dessus de la surface» de l'eau , et qu'elles peuvent voler à quelques portées de fusil. Mais, suivant la remarque de Bloch , les na- geoires de la poitrine et du ventre de ces poissons sont trop petites pour soutenir le corps pendant quelque tems en l'air ; en sorte qu'il n'y a nulle foi à ajouter au récit de Pontoppidan , qui convient du reste qu'il n'a jamais vu de lyres vivantes. Sonnïni. (i) Rondelet la compare à la chair du goujon. VoyeS son llistoirç des poissons ; à l'endroit cité. S Q N N I ^ ?. DES CALLIONYMES. 225 LE CALLIONYME DRAGONNEAU (1) (2), PAR LACÉPÉDE. SECONDE ESPÈCE. V^ E callionyme habite les mêmes mers que la lyre, avec laquelle il a de très -grands rapports; il n'eu diffère même d'une ma- (i) Callionymus dracunculus, Callionyme dragonneau. Daubenton, Encycl. méth, — Bonaterre,pl. de l'Encyc. métliod. Callionymus dracunculus. Lin. édit. de Gmel. -^ Millier . Zool. dan. tab. 20. Uranoscopus osslculo primo pinnçe dorsalis primœ unciali. Gron. Mus. i ,n°65. — Bloch, pi. glxii, fig. 2. Sordid draguned. Penn. Brit. zool. 5 , p. 167, tab. 27, (2) Le callionyme dragonneau y doucet. En allemand, seedrache ^ kleiner spinnenfisch. En hollandais , sc/ze/- visduyi^ely pitvisch , draahje. A Marseille , moulette. Callionymus dorsalis prioris radiis corpore brevio" ribus,.., callionymus dracunculus. Lin. SysP. nat. edit. Gmel. gen. i5i , sp. 2. — Artedi, Gen. pisc» gcn. 54. additament. sp. 5. — Brunnich , Ichth, mass, p. i7,n°28. Sonvim, ^24 HISTOIRE Bière très -sensible que par la brièveté et les proportions des rayons qui soutiennent la première nageoire dorsale ; par le nombre des rayons des autres nageoires (i) ; par la forme de la ligne latérale qu'on a souvent de la peine à distinguer, et par les nuances et la disposition de ses couleurs. Beaucoup moins brillantes que celles de la lyre, ces teintes sont brunes sur la tête et le dos, argentées avec des taches sur la partie in- férieure de l'animal; et ces tons simples et très -peu éclatans ne sont relevés commu- nément que par un peu de verdâtre que Ton voit sur les nageoires de la poitrine et de l'anus, du verdâtre mêlé à du jaune qui distingue les nageoires jugulaires, et du jaune qui s'étend par raies sur la seconde nageoire dorsale, ainsi que sur celle de la queue. D'ailleurs la chair du dragonneau est, comme celle de la lyre , blanche et d'un goût agréable. Il n'est donc pas surprenant (i) A la première nageoire dorsale. . 4 rayons. A la seconde nageoire da dos . . . lo A chacune des pectorales 19 A chacune des jugulaires. . . . .s 6 A celle de l'anus 9 A celle de la queue ■:.« 10 que DES CALLIONYMES. 225 que quelques naturalistes , et particulière- ment le professeur Gnielin, aient soupçonné que ces deux callionymes pourroient bien être de la même espèce , mais d'un sexe différent ( i ). Nous n'avons pas pu nous procurer assez de renseignemens précis pour nous assurer de l'opinion que Ton doit avoir relativement à la conjecture de ces savans; et dans le doute, nous nous sommes con- formés à l'usage du plus grand nombre des auteurs qui ont écrit sur Tichlliyologie , ea séparant de la lyre le callion^^me dragon- neau, qu'il sera au reste aisé de retrancher de notre tableau méthodique. (i) C'est aussi l'opinion de nos pêcheurs , qui re- gardent le dragonneau comme la femelle de la lyre. « La peau du ventre de ce poisson est si mince , dit Bloch ( Hist. nat. des poissons , article du doucet ou dragonneau^, que, malgré les précautions que j'ai prises en l'ouvrant, j'ai coupé en même tems l'estomac qui est aussi très-mince j il étoit si long qu'il s'étendoit jusqu'à l'anus. Le canal intestinal au contraire étoit court. Le foie étoit placé au dessous du diaphragme, qui étoit court et d'un brun jaune. Je n'ai pu y remarquer ni vésicule aérienne , ni laites , ni œufs ». S o N N I N X. Poiss, TomeVL P 226 HISTOIRE LE CALLIONYME FLÈCHE (i)(2), E T LE CALLIONYME JAPONAIS (3) (4), PAR LACÉPÈDE. TROISIÈME ET QUATRIEME ESPECES. v^ES deux espèces appartiennent, comme la lyre et le dragonneau , au premier sous- (i) Calliony mus sagitta. Callionymus sagitta. Lin. édit. de Grael. — Pallas, Spicil. zool, 8 , p. 2y, tab. 4> fig* 4 ^^' ^• Calliony me flèche. Daubenton , Encycl. méthod. — Bpnalerre , pi. de l'Encycl. méthod. (2) Callionymus capîte triangulari , memhranâ hranchiostegâ triradiaiâ , pinnarum, dorsi radiis œqua- libus callionymus sagitta. Lin. Sj'-st. nat. edit. Gmel. gen. i5i , sp. 6. — Artedi , Ge^i. pisc. nov. gen. p. 609 , n^. 2. Son NI NI. (3) Callionymus japonicus. Callionymus Japonicus. Lin. édit. de Gmel in. — Houtluyn , Ad. Haarlem. 20, 2 , p. 3i5, n^ i. Callionyme du Japon, Bonat. pî. de l'Encyc. niéth. DES CALLIONYMES. 227 genre des callionynies ; c'est-à-dire , elles ont les yeux très - rapprochés l'un de l'autre. L'illustre Pallas a fait connoître la première, et le savant Houttuyn Ja seconde. La flèche décrite par le naturaliste de Pétersbourgavoit à peine un décimètre (trois pouces et demi environ) de longueur. L'es- pèce à laquelle appartenoit cet individu vit dans la mer qui entoure Tlle d'Amboine; elle est, dans sa partie supérieure, d'un brun méjé de taches irrégulières et nua- geuses d'un gris blanchâtre , qui règne en s'éclaircissant sur la partie inférieure. Des taches ou des points bruns paroissent sur le haut de la nageoire caudale et sur les nageoires jugulaires,* une bande très- noire se montre sur la partie postérieure de la première nageoire doisale ; et la seconde du dos, ainsi que les pectorales, sont très- transparentes , et variées de brun et de (4) Le calliony me japonais. En hollandais jjapanse schelvisduyi^el, Calliony mus pinnâ dorsali priore ocello nigro pictcî ^ radio primo in pilos binas semipollicares terminato . . . callionymus japonicus. Lin. Syst. iiat. edit. Gmel. gen. i5i , sp. 7. — Artedi,Gen. pisc. nov. gen.p^ 6i5. S o N N I N I. P a 228 HISTOIRE blanc (i). Voici d'ailleurs les piincipaux caractères par lesquels la flèche est séparée de la lyre. L'ouverture de la bouche est très-petite; les lèvres sont minces et étroites; les opercules des branchies sont mous , et composés au moins de deux lames, dont la première se termine par une longue pointe, et présente dans son bord postérieur une dentelure très-sensible ; on ne voit que trois rayons à la membrane branchiale; la pre- mière nageoire du dos et celle de l'anus sont très-basses, ou, ce qui est la même chose, forment une bande très-étroite. Le nom de calliojijme japonais indique qu'il vit dans des mers assez voisines de celles dans lesquelles on trouve la flèche. 11 par- vient à la longueur de trois décimètres ou environ (onze pouces). 11 présente diflé- rentes nuances. Su première nageoire dor- (i) A la membrane des branchies . . 3 rayons. A la première dorsale 4 A la seconde » (^ A chacune des pectorales it A chacune des jugulaires. . < . . 5 A la nageoire de l'anus. ..... 8 A celle de la queue lo DES CALLIONYMES. 229 sale nionlre une tache noire , ronde , et entourée de manière à représenter Firis d'un œil ; les rayons de cette même nageoire sont noirs, et le premier de ces rayons se ter- mine par deux filamens assez longs, ce qui fornie un caractère extrêmement rare dans les divers genres de poissons. La seconde nageoire du dos est blanchâtre ; les nageoires pectorales sont arrondies; les jugulaires très- grandes , et celle de la queue est très-alongée et fourchue (1). (i) A la première nageoire dorsale . 4 rayons. A la seconde lo A chacune des pectorales 17 A chacune des jugulaires 5 A celle de l'anus . 8 A celle de la queue 9 P3 53o HISTOIRE LE CALLIONYME POINTILLÉ (i)(2), PAR LACÉPÊDE. CINQUIÈMEESPECE, C/B poisson , qui appartient au second sous- genre des caljionymes , et qui par consé- quent a les yeux assez éloignés l'un de l'autre , ne présente que de très - petites dimensions. L'individu mesuré par le natu- raliste PaIJas , qui a fait connoître cette espèce, n'étoit que de la grandeur du petit doigt de la main. Ce callionyme est d'ail- leurs varié de brun et de gris, et parsemé, sur toutes les places grises, de points blancs ( 1 ) Callionymus jyunctuîatus. Callionymus ocellatus. Lin. édit. de Gmel. — Pallas^ Spicil. zool. 8 , p. 25 , tab. 4 , fig. i5. Callionyme œillé. Daubenton , Encyct. méthod. Callionyme petit argus. Bonat. pi. de l'Encyc. inétb. (2) Callionymus pinnœ dorsalis prioris membranâ fascioUs fuscis , et ocellis quatuor fuscis pictâ callionymus ocellatus. Lin. Syst. nat. cdit. Gmel. gen. i5i , sp. 5. — Artedi , Gen. pisc. nov. gen. p. 608; sp. I, So N N 1 K ï. DES CALLIONYMES. p« 753. Ouranoskopos. Athen. lib. 7, f. 142,5. Agnos. Idem. lib. 8, f. 177, 33. ^'meroifoîVé?*. Oppian, lib. 2, pi Sy. CalUonymus , seu uranoscopus. Pliti. lib. 52 , cap. 7 jît cap. II. — Galen. clas. 1 , fol. laS , A. Uranoscopus. Cub. lib. 5, cap. loi , fol. 93, h, Raspecon ou tapecon. Rondelet, première partie, lib. 10, cliap. 12. — Salvian. fol. 196, & , ad. icon. et 197 , 6 , et 198. — Aldrov. lib. 2 , cap. 5 1 , p. 265. — Jonston, lib. i, tit. 3, cap. 3 , a. i ; punct, 4, tab. 2r , lig. 7. Uranoscopus j seu cœli speculator. Charlet. p. 147» Wotton , lib. 8, cap. 171, fol. i54, ô. Pulcher piscis. Gaz, Trachinus cirris multis in maxillâinferiore. Arted» gen. 42 , syn. 71. — Bloch , ph c l x 1 1 1. Corystion, Klein, Miss. pisc. 4, p. 46 , n^ i. — Ruysch. Thealr» p. 62, tab. 2J , fig. 7. — Selon, 240 HISTOIRE D'un autre côté, cette dénomination Sura" noscope ( qui regarde le ciel ) (i) désigne le caractère frappant que montre le dessus de la tête du rat et des autres poissons du mèmç^ genre. Leurs yeux sont en effet non seulement très-rapprochés Ynn de l'autre , et placés sur la partie supéjieure de la tête, mais toui-nés de manière que , lorsque Tani- mal est en repos , ses prunelles sont dirigées vers la surface des eaux , ou le sommet des cieux. La tête très - aplatie , et beaucoup plus grosse que le corps, est d'ailleurs revêtue d'une substance osseuse et dure , qui forme comme une sorte de casque garni d'un très- Aquat. pag. 219. — • Gesiier , Aquat. p. i35 , Icon. anini. p. i58. Callionymus , vel uranoacopus. Willugbby, Ichth. p. 287, tab. »S, 9. — Ray, Pisc. p. 97, n^ 22. Raspecon ou tapcvon, Valmont de Bomare, Dict. d'iiistoire naturelle. Rascasse blanche. Duhamel, Traité des pêches, seconde partie , cinquième section, chap. i ,art. 4* (1) C'est de là aussi que, dans plusieurs contrées de ritalie , on a donné à ce poisson le surnom de prêtre , parce qu'il semble lever les yeux au ciel, c S o N N I N I. grand DES URANOSCOPES. 241 grand nombre de petits tubercules, s'étend jusqu'aux opercules qui sont aussi très-durs et venuqueux, présente, à peu près au dessus de la nuque , deux ou plus de deux piquans renfermés quelquefois dans une peau membraneuse , et se termine sous la gorge par trois ou cinq autres piquans. Chaque opercule est aussi armé de pointes tournées vers la queue , et engagées en partie dans une sorte de gaine très-molle. L'ouverture de la bouche est située à l'extrémité de la partie supérieure delà tête, et ranimai ne peut la fermer qu'en portant vers le haut le bout de sa mâchoire infé- rieure, qui est beaucoup plus longue que la mâchoire supérieure. La langue est épaisse, forte, courte, large et hérissée de très- petites dents. De l'intérieur de la bouche et près du bout antérieur de la mâchoire inférieure part une membrane, laquelle se rétrécit, s'arrondit et sort de la bouche en filament mobile et assez long. Le tronc et la queue représentent en- semble une espèce de cône recouvert de petites écailles, et sur chaque côté duquel s'étend une ligne latérale qui connnence aux environs de la nuque ^ s'approche des Foiss. ToueYL Q 242 HISTOIRE nageoires pectorales (i), va directement ensuite jusqu'à la nageoire de la queue , et indique une série de pores destinés à laisser échapper celte humeur onctueuse si néces- saire aux poissons, et dont nous avons déjà eu tant d'occasions de parler. 11 y a deux nageoires sur le dos; celles de la poitrine sont très -grandes, ainsi que la caudale. Des teintes jamiâtres distinguent ces nageoires pectorales; celle de Tanus est d'un noir éclatant : l'animal est d'ailleurs brun par dessus, gris sur les côtés, et blane par dessous. Le canal intestinal de l'uranoscope rat n'est pas très -long, puisqu'il n'est replié qu'une fois; mais la membrane qui forme les parois de son estomac est assez forte , et l'on compte auprès du pylore , depuis huit jusqu'à douze appendices ou petits cœcums propres à prolonger le séjour des (i) A la membrane des brancliies. . 5 rayons. A la première nageoire dorsale. . 4 A la seconde i4 A chacune des pectorales 17 A chacune des jugulaires. .... 6 A la nageoire de Tanus i5 A celle de la queue , qui est recti- iigne la DES URANOSCOPES. 245 alimens dans rinlérieur du poissoa, et par conséquent à faciliter la digestion. Le rat habite particulièrement dans la. Méditerranée. 11 y vit le plus souvent auprès des rivages vaseux ; il s'y cache sous les algues; il s'y enfonce dans la fange; et par une habitude semblable à celles que nous avons déjà observées dans plusieurs raies, dans la lophie baudroie et dans quelques autres poissons, il se tient en embuscade dans le limon, ne laissant paroître qu'une petite partie de sa tête, mais étendant le filament mobile qui est attaché au bout de sa mâchoire inférieure, et attirant, par la ressemblance de cette sorte de barbillon avec un ver , de petits poissons qu'il dévore. C'est Rondelet qui a fait connoître le pre- mier cette manière dont l'uranoscope rat parvient à se saisir facilement de sa proie. Ce poisson ne peut se servir de ce moyen de pêcher qu'en demeurant pendant très- long -tems immobile, et paroissant plongé dans un sommeil profond. Voilà pourquoi apparemment on a écrit qu'il dormoit plu- tôt pendant le jour que pendant la nuit, quoique dans son organisation rien n'in- dique une sensibilité aux rayons lumineux moins vive que celle des autres poissons^ 244 HISTOIRE desquels on n'a pas dit que le tenis de leur sommeil fût le plus souvent celui pendant lequel le soleil éclaire Tlioiison (i) Il parvient jusqu'à la longueur de trois décimètres (onze pouces environ) : sa chair est blanche , mais quelquefois dure et de mauvaise odeur; elle indique , par ces deux mauvaises qualités, les petits mollusques et les vers marins dont le rat aime à se nourrir, et les fonds vaseux qu'il préfère. Dès le lems des anciens naturalistes grecs et latins, on savoit que la vésicule du fiel de cet uranoscope est très -grande, et l'on croyoit que la liqueur qu'elle contient étoit très- propre à guérir des plaies et quelques ma- ladies des yeux (2). (1) Voyez , dans le Discours sur la nature der, pois- sons, ce qui concerne le sommeil de ces animaux. (2) Plia. lib. 52 , cliap. 7. DES URANOSCOPES. 5245 L'URANOSCOPE HOUTTUYN (1) (2), PAR L A C Ê P É D E. SECONDE ESPÈCE. JLje nom que nous donnons à cet uranos- cope est un témoignage de la leconnois- sance que les naturalistes doivent au savant Houttuyn , qui en a publié le premier la description. On trouve ce poisson dans la mer qui baigne les îles du Japon. Il est par ses ()) Uranoscopus houttuyn, HoutUiyn , Act. Plaarlem. 20 , 2 , p. 3i4« Uranoscopus Japonicus. Lin. édit. de Gmelin. Uranoscope astrologue. Bonat. planches de l'Encycl. mélhodique. (2) Uranoscopus dorso ordine squamarum spinosa" runi aspp.ro uranoscopus japonicus. Lin. Syst. nat. edit. Gmel. gen. i52 , sp. 2. — Artedi, Gen. pisc. nov. g^n. p. 6i5 , sp. 2. S onk 1 n i. . Q5 i246 HISTOIRE couleurs plus agréable à voir que Tura- noscope rat: en effet, il est jaune dans sa partie supérieuie et blanc dans rinférieure. Les nageoires jugulaires sont assez courtes (i) ; des écailles épineuses sont rangées longitu- dinalement sur le dos de Thouttuyn. (i) A la première nageoire dorsale. 4 rayons, A îa seconde. i5 A chacune des pectorales 12 A chacnne des jogalaires 5 A celie de la queue . 8 DES TRACHINES. 247 QUARANTE-CINQUIÈME GENRE. PAR LACÉPÉDE. LES TRACHINES. l_j A tête compiimée et garnie de tubercules ou d'aiguillons; une ou plusieurs pièces de chaque opercule, dentelées; le corps et la queue alongés, comprimés et cou- verts de petites écailles; Fanus situé très- près des nageoires pectorales. PREMIÈRE ESPÈCE. La trachïne vive; trachinits pwidus. — La mâchoire inférieure plus avancée que la supérieure. SECONDE ESPÈCE. La trachïne osbeck; trachinus osbeck. — Les deux mâchoires également avancées. Q 4 248 HISTOIRE LA VIVE (i). Voyez la planche XXV, figure 5- LA TRACHINE VIVE (i), P A R LACÉPÊDE. PREMIÈRE- ESPÈCE. v_'ET awimal a é(é nommé dragon marin clés le tems cVAristole. Et comment n'auroit- il pas en effet réveillé Tidée du dragon? (i) La vive. En allemand, petcrmœnnchen. En ■nowègïew y petermand y soe-drage. En hollandais, pietermann. En sarde , ragana. En espagnol , pcsce arano. A Malle , majurota rocca. Trachinus capitis lateribus compressis ; vertice sca- hro depresso , ano capiti ricino. . . . BrunnicL , Icblh. massil. p, 19, n*^ 5o. Sonnini. (2) Trachinus vividus. Sur plnsicnrs côtes fran- çaises de l'Océan , viver. Sur les rivai^es de plusieurs provinces méridionales de France, araigne. Auprès de Bayonne , saccarailla blanc. En Sicile, tragina. Dans plusieurs conti ces de l'Italie , />i6c^ ragno. En Dancniarck , fiœsing. Par les danois et les suédois^ DES TRACHINES. 249 Ses couleurs sont souvent brillantes et agréables à la vue; il les anime par la vi- vacité de ses mouvemens; il a de plus reçu fjcirsing. Dans plusieurs pays du nord de l'Europe, schwert-fisch , pieterman. Par les anglais , iveeuer. Par les grecs modernes , drakaina. Sur quelques côtes méridionales rie France, pendant la jeunesse de rani- mai , aranéple ^ boisdereati , et bois de roc. Trachinus draco. Lin. édit. de Gmelin. Trachine vive. Daubenton, Encyclop. mctliod. — Bonaterre , planches de l'Encyclop. raéth. — BIocli, planche lxi. Trachinus maxilld inferlore longiore j cirris desti- tutâ. Artcdi , gcn. /^i , syn. 70. Drakon. Arist. lib. 8 , cap. i3. Drakonthalattion. iElian. tom.II, cap. 41? etlib. i4> cap. 12. — Oppian. lib. i , p. 7 -, et lib. 2 , p. 4^. Draco marinus. Plin. lib. 9 , cap. 27. Araneus. Idem , lib- 9 , cap. 48. — Wotton , lib. 8, cap. 178 , fol. j58, 6. Draco , sive araneus piscis. Salv. fol. 7 1 , b. Arai p. 4Ô , n" 9. iVever, Pennant , Brit. zool. 5, p. 169, n° 71, tab. 28. Ija vive. Duhamel , Traité des pêches , seconde partie , sixième section , chap. 1 , art. 3. Dragon de mer. Valmont de Bomare , Dictionnaire d'histoire naturelle. Trachinus draco. Ascagne , pi. v 1 1 # DES TRACHINES. 261 et douées cependant cViin attrait invincible, qui servant, sous le nom de dragon, les compl'ots ténébreux des magiciennes de tous les âges, au char desquelles on Ta attaché, ne répand l'épouvante qu'avec l'admiration , séduit avant de donner la mort, éblouit avant de consumer, enchante avant de dé- truire ? Et afin que cette même imagination fût plus facilement entraînée au delà de l'in- tervalle qui sépaie le dragon de la fable, de la vive de la Nature , n'a-t-on pas attribué à ce poisson un venin redoutable? Ne s'est- on pas plu à faire remarquer les brillantes couleurs de ses yeux , dans lesquels on a voulu voir resplendir, comme dans ceux du dragon poétique , tous les feux des pierres \es plus précieuses? Il en est cependant du dragon marin comme du dragon terrestre (1). Son nom fameux se lie à d'immortels souvenirs : mais à peine la-t-on aperça, que toute idée de grandeur s'évanouit; il ne lui reste plus que quelques rapports vagues avec Ja brillante chimère dont on lui a appliqué la fastueuse (1) Voyez l'article du dragon dans notre Histoirt naturelle des q^uadrupèdes ovipare;?. 552 HISTOIRE dénomination , et dn volume gigantesque qu'on étoit porté à lui attribuer, il se trouve tout d'un coup réduit à de très -petites di- mensions. Ce dragon des mers, ou, pour mieux dire, et pour éviter toute cause d'er- reur, la trachine vive ne parvient en effet très -souvent qu'à la longueur de trois ou quatre décimètres (un pied environ) (i). Sa tête est comprimée et garnie dans plusieurs endroits de petites aspérités. Les yeux, rapprochés l'un de l'autre, ont la couleur et la vivacité de l'émeraude avec Tiris jaune tacheté de noir. L'ouVerture de la bouche est assez grande , la langue pointue;' et la mâchoire inférieure , qui est plus avancée que la supérieure, est armée, ainsi que cette dernière, de dents très-aiguës. Chaque oper- cule recouvre une large ouverture bran- chiale, et se termine par une longue pointe tournée vers la queue. Le dos présente deux nageoires : les rayons de la première ne sont qu'au nombre de cinq ; mais ils sont non articulés , très - pointus et très - forts. La peau qui revêt Fanimal est couverte (i) Les vives des mers du Levant ne deviennent pas plus grandes que d'un pied ; celle dimension même n'y est pas commune. Sonî^inï. DES TRACHINES. 253 d'^cailles arrondies , petites et foiblenient attachées : mais elle est si dure , qu'on peut écorcher une trachine vive presque aussi facilement qu'une murène anguille. Il en est de même de Turanoscope rat; et c'est une nouvelle ressemblance entre la vive et cet uranoscope. Le dos du poisson est d'un jaune brun ; ses côtés et sa partie inférieure sont argentés et variés dans leurs nuances par des raies transversales ou obliques, brunâtres et fré- quemment dorées; la première nageoire dorsale est presque toujours noire (i) (2). (1) A la première nageoire dorsale . 5 layons. A la seconde. . 24 A chacune des nageoires pectorales. 16 A cîiacune des jugulaires 6 A la nageoire de l'anus 25 A celle de la queue , qui est un peu fourcbue i5 (2) J'ai examiné un grand nombre de vives pen- danl: mon voyage dans l'Archipel du Levant, et j'ai remarqué que toutes ne se ressembloient pas exacte- f ment par les couleur';-, mais ces différences, qui pro- viennent vraisemblablement de la nature du fond et de quelques autres circonstances, ne sont point assez tranchées ni assez constantes pour constituer des espèces distinctes, ainsi que plusieurs naturalistes l'ont pensé. Sonnini. 554 HISTOIRE On trouve dans son intérieur et auprès du pylore au moins huit appendices ou petits coecums. La vive habile non seulement dans la Méditerraoée , mais encore dans FOcéan. EUe se tient presque toujours dans le sable, ne laissant paroître qu'une partie de sa tête; et elle a tant de facilité à creuser son petit SLsyle dans le limon que, lorsqu'on la prend et qu'on la laisse échapper, elle disparoît en un clin d'œil et s'enfonce dans la vase. Lorsque la vive est ainsi retirée dans le sable humide, elle n'en conserve pas moins la faculté de frapper autour d'elle avec force et promptitude par le mo3^en de ses aiguillons, et particulièrement de ceux qui composent sa première nageoire dorsale. Aussi doit - on se garder de marcher nu- pieds sur le sable ou le limon au dessous duquel on peut supposer des vives : leurs piquans font des blessures très-douloureuses. Mais, malgré le danger de beaucoup souffrir auquel on s'expose lorsqu'on veut prendre ces trachines, leur chair est d'un goût si délicat que l'on va très-fréquemment à la pêche de ces poissons, et qu'on emploie plu- sieurs moyens pour s'en procurer un grand nombre. , DES TRACHINES. ^55 Pendant la un du printems et le com- mencement (le Tété, tems où les vives s'ap- prochent des rivages pour déposer leurs œufs, ou pour féconder ceux dont les femelles se sont débarrassées, on en trouve quelquefois dans les manets ou filets à nappes simples, dont on se sert pour la pêche des maquereaux. On emploie aussi pour les prendre, lorsque la nature du fond le permet, des drèges ou espèces de filets qui reposent légèrement sur ce même fond, et peuvent dériver avec la marée (i). On s'efforce d'autant plus de pécher une grande quantité de vives, que ces animaux non seulement donnent des signes très-mar- qués d'irritabilité après qu'ils ont été vuidés ou qu'on leur a coupé la tête, mais encore peuvent vivre assez long - tems hors de l'eau , et par conséquent être transportés encore en vie à d'assez grandes distances. D'ailleurs , par un rapport remarquable (i) Les pêclieurs de l'Arcliipcl .^rec se servent ordinairement, pour prendre les vives, de lignes de soie qu'ils font descendre au fond de Tean. Dès qu'ils ont attrapé un de ces poissons , ils lui fracassent la tête afin d'éviter les blessures vénéneuses de ses aiguillons. S o n ^ i >• i. a56 H î S T O I R E entre rirrilabilité des muscles et leur résis- tance à la putridité, la chair des trichines vives ne se corrompt pas aisément, et peut être conservée pendant phisieurs jours, sans cesser d'être Irès-bonne à manger ; et c'est à cause de ces trois propriétés qu'elles ont reçu le nom spécifique que j'ai cru devoir leur laisser (i). Cependant , si plusieurs marins vont sans cesse à la recherche de ces trachines, la crainte fondée d'être cruellement blessés par les piquans de ces animaux, et sur-tout par les aiguillons de la première nageoire dorsale, leur fait prendre de grandes pré- cautions ; et les accidens occasionnés par ces dards ont été regardés comme assez graves pour que dans le tems l'autorité publique ait cru, en France, devoir donner à ce sujet des ordres très -sévères. Les pê- cheurs s'attachent sur-tout à briser ou arra- cher les aiguillons des vives qu'ils tirent de l'eau. Lorsque, malgré toute leur attention, ils ne peuvent pas parvenir à éviter la (i) Quoique la chair de la vive ne soit pas dure, elle est néanmoins plus ferme que celle des autres poissons, et elle a besoin de cuire plus long-tems. S o K N 1 3S 1 . blessure DES TRACHINES. aSy blessure qu'ils redoutent beaucoup , ceux de leurs membres qui sont piqués présentent le plus souvent une tumeur accompagnée de douleurs très - cuisantes et quelquefois de fièvre (i). La violence de ces symptômes dure ordinairement pendant douze heures; et comme pet intervalle do lems est celui qui sépare une haute maiée de celle qui la suit , les pêcheurs de l'Océan n'ont pas manqué de dire que la durée des accidens occasionnés par les piquans des vives avoit un rapport 1res -marqué avec les phéno- mènes du flux et reflux, auxquels ils sonÇ forcés de faire une attention continuelle, à cause de l'influence des mouvemens de la mer sur toutes leurs opéi*ations. Au reste, les uioyens dont les marins de l'Océan ou de la Méditerranée se servent pour calmer leurs souffrances , lorsqu'ils ont été piqués par des trachines vives, ne sont pas peu nombreux , et plusieurs de ces remèdes sont très-anciennement connus. Les uns se contentent d'appliquer sur la partie malade (i) J'ai connu un pêcîieur grec de l'Archipel , qui^^ blessé par une vive , éprouva une grande inflammation, une enflure considérable, la fièvre et le délire. Poiss. Tome VL R s68 HISTOIRE le foie ou le cerveau encore frais du pois- son; les autres, après avoir lavé la plaie avec beaucoup de soin, emploient une dé- coction de lentisque , ou les feuilles de ce végétal, ou des fèves de marais. Sur quel- ques côtes septentrionales , on a recours quelquefois à de Turine chaude ; le pîxis souvent on y substitue du sable mouillé, dont on enveloppe la tumeur, en tâchant d^empêcher tout contact de l'air avec les membres blessés par la trachine. L'enflure considérable et les douleurs longues et aiguës qui suivent la piquure de la vive ont fait penser que cette trachine étoit véritablement venimeuse ; et voilà pourquoi, sans doute, on lui a donné le nom de Faraignée, dans laquelle on croyoit devoir supposer un poison assez actif Mais la vive ne lance dans la plaie qu'elle fait avec ses piquans aucune liqueur particu- lière : elle n'a aucun instrument propre à déposer une humeur vénéneuse dans un corps étranger, aucun réservoir pour la contenir dans l'intérieur de son corps , ni aucun oigane pour la filtrer ou la produire. Tous les eifets douloureux de ses aiguillons doivent êlre attribués à la force avec la- quelle elle se débat loisqu on la saisit^ à la DES TRACHINES. sSg rapidité de ses mouvemens , à l'adresse avec laquelle elle se sert de ses armes, à la promptitude avec laquelle elle redresse et enfonce ses petits dards daus la main, par exemple, qui s'efforce de la retenir , à la pro- fondeur à laquelle elle les fait parvenir, et à la dureté ainsi qu'à la forme très-pointuè de ces piqnans. La vive n'emploie pas seulement contre les marins qui la pèchent et les grands poissons qui l'attaquent, l'énergie, l'agilité et les armes dangereuses que nous venons de décrire : elie s'en sert aussi pour se pro- curer plus facilement sa nourriture , lorsque, ne se contentant pas d'animaux à coquille, de mollusques ou de crabes , elle cherche à dévorer des poissons d'une taille presque égale à la sienne. - a*>ôè'iq t^vi i Tels sont les faits certains dont on peut composer la véritable histoire de la trachine vive. Elle a eu aussi son histoire fabuleuse, comme toutes les espèces d'animaux qui ont présenté quelque phénomène remar- quable. Nous ne la rapporterons pas, cette histoire fabuleuse. Nous ne parlerons pas des opinions contraires aux lois de la phy- sique maintenant les plus connues, ni des contes ridicules que l'on trouve , au sujet R a j26o HISTOIRE de la vive, dans plusieurs auteurs ancien^ J particulièrement dans Elien, ainsi que dans quelques écrivains modernes , et qui doivent principalement leur origine au nom de dra- gon que porte cette tracliine , et à toutes }es fictions vers lesquelles ce nom ramène l'imagination ; nous ne dirons rien du pou-^ voir mex^veilleux de la main droitp ou de la main gauche lorsqu'on touche une vive, ^i d'autres observations presque du même genre : eu tâchant de découvrir les pro- priétés des ouvrages de la Nature et les 4iyex^s effets de sa puissance , nous n'a von» qu'un trop grand nombre d'occasions d'ajou' ter à rénumération des erreurs de l'esprit humain. 11 paroit que, selon les mers qu'elle ha-^ bite, la vive présente dans ses dimensions, ou dans la disposition et les nuances de ses couleurs, des variétés plus ou moins coustaqtçs (i). Voici Jes deux plus dignes d'attention. La première est d'un gris cendré avec des raies transversales, d'un brun tirant sur le bleu. Elle a trois décimètres, ou à peu près (environ onze pouces), de longueur. (0 Voyez m^ nçtc ii la p^ge 353. Sounïwi. DES TRACHINES â6i La seconde est blanche , parsemée sur sa partie supérieure de points brunâtres, ^t distinguée d'ailleurs par des taches de la même teinte, mais grandes et ovales, que Ton voit également sur sa partie supérieure. Elle parvient à une longueur de plus de trois centimètres ( treize lignes environ ). C'est vraisemblablement de cette variété qu'il faut rapprocher les trachines vives de quelques côtes de l'Océan , que l'on nomme saccarailîes blancs (i) , et qui sont longueé de cinq ou six décimètres ( dix-huit à vingt- deux pouces ). (i) Duhamel , à l'endroit déjà cité. 113 26:3 HISTOIRE LA TRACHINE OSBECK (i), PAR LACÉPÈDE. SECONDE ESPECE. V^'est dans Y océan Atlantique, et auprès de l'île de TAscension , qu'habite cette ti a- chine , dont la description a été publiée par le savant voyageur Osbeck. Les deux mâchoires de ce poisson sont également avancées , et garnies de j^kisieurs rangs de dents longues et pointues , dont trois en haut et trois en bas sont plus grandes que les autres 5 des dents aiguës sont aussi pla- cées auprès du gosier. Chaque opercule se termine par deux aiguillons inégaux eu longueur. La nageoire de la queue est rec- tiligne (2). Tout l'animal est blanc avec des taches noires. Telles sont les principales dif- férences qui écartent cette espèce de la trachine vive. (1) Trachinus oshech. — Osbeck, Voy. to Cliina, p.96. Trachine ponctuée, Bonat. pi. de l'Encycl. mélli. (2) A la membrane des branchies . . 6 rayons. A chacune des nageoires pectorales . 18 A chacune des jugulaires 5 A la nageoire de l'anus 11 A celle de la ^ueue 16 D E s G A D E s. sGS QUARANTE-SIXIÈME GENRE. PAR LACÉPEDE. LES G A D E S. J-j A. tête comprimée ; les yeux peu rap- prochés l'un de Tau Ire , et placés sur les côtés de la tête ; le corps alongé , peu comprimé, et revêtu de petites écailles; les opercules composés de plusieurs pièces, et bordés d'une membrane non ciliée. PREMIER SOUS-GENRE. Trois nageoires sur le dos; un ou plu-- sieurs barbillons au bout du museau. PREMIÈRE ESPECE. Le gade morue ; gadus morhua. — La nageoire de la queue fourchue ; la mâchoire supérieure plus avancée que l'inférieure; le premier rayon de la première nageoire de l'anus non articulé et épineux. seconde espèce. Le gade ^glefin ; gladus œglejlnus. — • La nageoire de la queue fourchue ; la R4 ^B4 jfî î S t O 1 II Ë inâchoire supérieure plus avancée que l'io- férieure ; Ja couleur blanchâtre ,• la ligne latérale noire. TROISIÈME ESPÈCE. Le gade bib; gadus bibus. -— La na- geoire de la queue fourchue ; la mâchoire supérieure un peu plus avancée que l'infé- rieure ; le piemier rayon de chaque na- geoire jugulaire terminé par un long fila- ment. QUATRIÈME ESPÈCE. Le gade s AID a ; gadus saida. — ^ La ïiageoire de la queue fourchue ; la mâ- choire inférieure un peu plus avancée que la supérieure j* le second rayon de chaque nageoire jugulaire terminé par un long fila- ment, CÏNQUIÈJIE ESPÈCE. Le GADE BLENNloÏDE;^a(f^/5 blennioïdes. ' — La nageoire de la queue fourchue; le pi-emier rayon de chaque nageoire jugu- laire plus long que les autres, et divisé en deux. SIXIÈME ESPÈCE. Le gade cale ARIAS ; gadus callariaÊt, — La nageoire de la queue en croissant | î) Ë s G A D E s. 2i65 ïa mâchoire supérieure plus avancée que rinférieure ; la ligue latérale large et ta-^ chelée. SEPTIÈME ESPÈCE. Le ga de tacavb ; gadr/s taraud. — La tjageoire de la queue en croissant ; la mâ^ choire supérieure plus avancée que l'infé* rieure ; la hauteur du corps égale , à peu piès , au tiers de la longueur totale de l'animal. HUII^IÈME ESPÈCE. Le gade capelan ; gadiis capeUanus^ — La nageoire de la queue arrondie ; la mâchoire supérieure plus avancée que l'in^ férieure ; le ventre très - caréné ; l'anus placé , à peu près , à une égale distance de la tête et de l'extrémité de la queue. SECOND SOUS-GENRE. Trois nageoires sur le dos; point de barbillons au bout du museau. neuvième espèce. Le gade colin ; gadus colinus, — La iGiageoire de la queue fourchue; la mâchoire inférieure plus avancée que la supérieure; 266 HISTOIRE la ligne latérale presque droite; la bouche noire. DIXIEME ESPÈCE. Le gade pollack ,• gadus pollachius. — La nageoire de la queue fourchue; la mâ- choire inférieure plus avancée que la supé- rieure ; la ligne latérale très-courbe. ONZIÈME ESPÈCE. Le gade SE y ; gadus se y. — La nageoire de la queue fourchue; les deux mâchoires également avancées; la couleur du dos ver- dâtre. DOUZIÈME ESPÈCE Le gade MERïiAN ; gadus merlangus. — La nageoire de la queue en croissant ; la mâchoire supérieure plus avancée que l'in- férieure; la couleur blanche. TROISIÈME SOUS-GENRE. Deux nageoires dorsales ; un ou plu- sieurs barbillons au bout du museau. TREIZIÈME ESPÈCE. Le gade molve ; gadus molça. — La nageoire de la queue arrondie ; la mâchoire supérieure plus avancée que l'inférieiue. DES G A D E S. ^67 QUATORZIÈME ESPECE. Le gade danois; gadus danicus, — La mâchoire inférieure plus avancée que la su- périeure ; la nageoire de l'anus très- longue , et composée de soixante - dix rayons ou environ. QUINZIÈME ESPÈCE. Le gade lote; gadus Iota. — La nageoire de la queue arrondie ; les deux mâchoires également avancées. SEIZIÈME ESPÈCE. Le gade mustelle; gadus mustella,'^ La nageoire de la queue arrondie; la pre- mière nageoire du dos très- basse, excepté le premier ou le second rayon ; la ligne la- térale très- courbe auprès des nageoires pec- torales, et ensuite droite. DIX-SEPTIÈME espèce. Le gade cimbre; gadus cimbrius. — La nageoire de la queue arrondie ; deux bar- billons auprès des narines; un barbillon à la lèvre supérieure et un à l'inférieure; le premier rayon de la première nageoire dor- sale terminé par deux filamens disposés lio- ibontalement comme les branches d'un T. 268 HISTOIRE QUATRIEME SOUS-GENRE, Deux nageoires dorsales ; point de barbillons auprès du bout du mu- seau. DIX-HUITlèME ESPÈCE. Le gade merlus ,* gadas merlucius, — JLa nageoire de la queue rectiligne; la mâ- choire inférieure plus avancée que la su- périeure. CINQUIEME SOUS-GENRE. Une seule nageoire dorsale; des bar- billons au bout du museau. t)IX-NEUVlÈME ESPÈCE. Le gade brosme ; gadus brosme» — Là nageoire de la queue lancéolée; des bandes transversales sur les côtés. ^y^ô^./'.'îuq. 1.1. A MORUE. 2.U1 MERLAN. D E s G A D E s. 269 • ■ " -^ LA MORUE (1). Voyez planche XXVI yfîg. i. LE GADE MORUE (2), rAR LACÉPÈDE. PREMIÈRE ESPÈCE. Jr^ARMi tous Jes anânau:^ qui peuplent Tair , la terre ou les eaux , il n'est qu'un (1) l^a morue. En allemand et en danois , haheljau ; quand elle est séchée , stochjisch ; quand elle est salée , laberdan ; quand elle est salée et séchée , klipjjjlsch. En norvégien , klubbe-torsh , hlubbe-bolch , cabliau . skrey , sild-torsk j uaars-lorsk. En islandais , torsJsur , hablau. En lapon , vaar-torsk ^ skrey. En liollandais, cabiljaa. En anglais , coJJish , keeling , melwel ^ stokfish , haberdine , greenfi^h , barrelcod. En groen»* landais , sarandlirksoak , ekal luarsoak. Gadus caudâ subœquali , radio primo anali spi-^- noso,.,, gadus morhua. Lin. Syst. nat. edit. Ginel. gen. 164 , sp. 3. Gadus tripterygius cirratus , caudâ subœquali radio primo anali spinoso gadus morrhua, Olh, Fabricius, Faun. Groenland, p. 146 , n° jo2. Son N IN I- 270 HISTOIRE très - petit nombre d'espèces utiles dont l'histoire puisse paroiLre aussi digne d'intérêt (i) Gadus morhua. Dans plusieurs pays septentrio- naux (le l'Europe, morhuel. Dans quelques contrées de France, moliie ^cabiliau , cabillau y et particuliè- rejnent dans les départemens les plus septentrionaux , cabillaud. En Danemarck , kablag. En Suède", cihlia. Gadus morhua. \Àa. édit. de Gmel. Gade morue. Daubenton , Encycl. méthod. — Bonaterre , pi. de rEucycl. mi tliod. Gadus squamis majoribus. Bloch , pi. lxiV, Gadus , dorso tripterygio , ore cirrato , etc. Artedi , gen. 6, syn. 35. Morhua vulgaris ^ maxima asellorum species. Belou, Aquat. p. 128. Morhua , sive molva altéra. Aldrov. liv. 5 , cap. 6 , pag. 389. Molva , morhua. Jonston, lib. i ,tit. i , cap. i,art. 2, tab. 2, fig. I. Moha , vel morhua altéra , minor. Gesner , p. %^.f, 102 ; Icon. anitn. p. 71. -^ Molile, ou morhue. Rondelet, première partie, liv. 9 , cbap. i5. Asellus major. Sclionev. p. 18. — Charlet. p. 121. Asellus major vulgaris , Belgis cabiliau. Wil- lugbby , p. i65. Asellus major vulgaris. Ray , p. 53 , n^ i. — Faun. suec. 5o8. — MuU. Prodrom. zool. danic. p. 42 , n" 549. • Gadus kabbelja. It. Wgoth. 176. Cabliau, Strom, sondm. Si/. DES G A D E S. 271 que celle de la morue , à la philosophie attentive et bienfaisante qui médite sur la prospérité des peuples. L'homme a élevé le cheval pour la guerre, le bœuf pour le tra- vail, la brebis pour l'industrie, Téléphaut pour la pompe, le chameau pour Taider à traversai' les déserts, le dogue pour sa garde , le chien courant pour la chasse, le barbet pour le sentiuient , la poule pour sa table, le cormoran pour la pêche, Taigrette pour sa parure, le serin pour ses plaisirs, Tabeilie pour remplacer le joui-; il a donné ia morue au commerce maritime , et en répandant , par ce seul bienfait, une nouvelle vie sur un des grands objets de la pensée , du cou- rage et d'une noble ambition , il a doublé les liens fraternels qui uuissoient les diiîé-. rentes parties du globe. Dans toutes les contrées de l'Europe, et dans presque tomates celles de F Amérique , Callarlas sordide olivaceus , maculis flavicantihus variis , etc. Kleia , Miss. pisc. 5, p. 5, n^ i. Morue. Camper, Mémoires des savans étrangers, 6, p. 79. — Primant , Brit. zool. 5, p. 172 , n^ 75. Morue franche. Dabamcî , Tiaiî.ô des pêcUes , seconde partie, première section, chap. i. Morue. Valmont de Bomare , Dict. d'hist. nat. Gadus morhua, A8ca«ne, cab. 3, p. 5, pi. xxrii. 272 HISTOIRE il est bien peu de personnes qui no con^ noissent le nom de la morue , la bonté de son goût, la nature de ses muscles, et les qualités qui distinguent sa chair suivant les diverses opérations que ce gade a subies ; mais combien d'hommes n'ont aucune idée précise de la forme extérieure, des organes intérieurs, des habitudes de cet animal fé- cond , ni des diverses précautions que l'on a imaginées pour le pêcher avec facilité ! Et parmi ceux qui s'occupent avec le plus d'assiduité d'étudier ou de régler les rapports politiques des nations , d'augmenter leurs moyens de subsistance, d'accroître leur po- pulation , de multiplier leurs objets d'échange, de créer ou de ranimer leur marine; parmi ceux même qui ont consacré leur existence aux voyages de long cours, ou aux vastes spéculations commerciales, n'est-il pas plu- sieurs esprits élevés et très-instruits aux yeux: desquels cependant une histoire bien faite du gade morue dévoileroit des faits impor- tans pour le sujet de leurs estimables mé- ditations ? Aristote , Pline , ni aucun des anciens historiens de la Nature n'ont connu le gade morue ; mais les naturalistes réceus , les voyageurs, les pêcheurs, les prépar^^teurs, les D E s G A D E s. 273 les marins, les commerçans, presque tous les habitans des rivages, et même de ïm- lérieur des terres de l'Europe , ainsi que de l'Amérique , particulièrement de FAmérique et de l'Europe septentrionales, se sont oc* cupés si fréquemment et sous tant de rap- ports de ce poisson; ils Font vu, si je puis employer cette expression , sous tant de faces et sous tant de formes qu'ils ont dû nécesi- sairement donner à cet animal un très-grand nombre de dénominations différentes. Néan- moins sous ces divers noms , aussi bien que sous les déguisemens que l'art a pu produire > et même sous les dissemblances plus ou moins variables et plus ou moins considérables que la Nature a créées dans les diiférens climats , il sera toujours aisé de distinguer la morue non seulement des autres jugulaires de la première division des osseux, mais encore de tous les autres gades, pour peu qu'on veuille rappeler les caractères que nous allons indiquer. Comme tous les poissons de son genre , la morue a la tête comprimée; les yeux, placés sur les côtés, sont très-peu rapprochés l'un de l'autre, très-gros, voilés par une membrane transparente; et cette dernière conformation donne à l'animal la faculté de Foiss. Tome VI. S ^74 HISTOIRE nager à la surface des mers septeulrlonaîes, au milieu des montagnes de glace, auprès des rivages couverts de neige congelée et resplendissante, sans être ébloui par la grande quantité de lumière réfléchie sur ces plages boréales; mais, hors de ces régions voisines du cercle polaire, la morue doit voir avec plus de difficulté que la plupart des pois- sons , dont les yeux ne sont pas ainsi recou- verts par une pellicule diaphane, et de là est venue l'expression d'yeux de morue dont on s'est servi pour désigner des j^^eux grands , à fleur de tète , et cependant mauvais. Les mâchoires sont inégales en longueur : la supérieure est plus avancée que Tinfé- rieure , au bout de laquelle on voit pendre un assez grand barbillon. Elles sont armées toutes les deux de plusieurs rangées de dents fortes et aiguës. La première i-angée en pré- sente de beaucoup plus longues que les autres, et toutes ne sont pas articulées avec l'un des os maxillaires de manière à ne se prêter à aucun mouvement. Plusieurs de ces dents sont au contraire très- mobiles , c'est-à-dire, peuvent être, comme ceux des squales, couchées et relevées sous difïerens angles, à la volonté de Fanimal, et lui don- ner ainsi des armes plus appropriées à la DES G A D E S. 276 nature , au volume et à la résistance de la proie qu'il cherche à dévorer. La langue est large, arrondie par devant, molle et lisse : mais on voit des dents petites et serrées au palais et auprès du gosier. Les opercules des branchies sont composés chacun de trois pièces , et bordés d'une bande souple et non ciliée. Sept rayons soutiennent chaque membrane branchiale. Le corps est alongé , légèrement com^ primé, et revêtu d'écaillés plus grandes que celles qui recouvrent presque tous les autres gades. La hgne latérale suit à peu pi es la courbure du dos jusques vers les deux tiers de la longueur totale du poisson. On voit sur la morue Irois grandes na- geoires dorsales. Ce nombre de ti ois dans les nageoires du dos distingue les gades du pre- mier et du second sous-genre, ainsi que Tin-? dique le tableau qui est à la tête de cet article, et il est d'autant plus remaïquable, qu'excepté les espèces renferjuées dans ces deux sous-genres , les eaux douces , aussi bien que les eaux salées, doivent compiendre un très -petit nombre de poissons osseux ou cartilagineux dont les nageoires dorvsales soient plus que doubles, et qu'on n'en trouve particulièrement aucun à trois nageoires S 2 276 HISTOIRE dorsales parmi les habitans des mers ou des rivières que nous avons déjà décrits dans cet ouvrage. Les poissons qui ont trois nageoires du dos ont deux nageoires de Tanus , placées comme les dorsales à la suite Fune de Tautre. La morue a donc deux nageoires anales comme tous les gades du premier et du se- cond sous-genres ; et on a pu voir sur le tableau de sa famille que le premier aiguillon de la première de ces deux nageoires est épineux et non articulé. Les nageoires jugulaires sont étroites et terminées en pointe , comme celles de presque tous les gades; la caudale est un peu fourchue (1). Les morues parviennent très-souvent à une grandeur assez considérable pour peser tm myriagramme (à peu près vingt -une livres ); mais ce n'est pas ce poids qui (i) A la première nageoire du dos . . i5 rayons, A la seconde 19 A la troisième 21 A chacune des nageoires pectorales . 16 A chacune des jugulaires 6 A la première de l'anus 17 A la seconde • 16 A la nageoire de la q^ueue 5o DES G A D E S. 277; indique la dernière limite de leurs dimen- sions. Suivant le savant Pennant on en a vu auprès des côtes d'Angleterre une qui pesoit près de quatre myriagrammes ( plus de quatre- vingt-quatre livres), et qui avoit plus de dix-huit décimètres de longueur (cinq pieds et demi environ ) , sur seize décimètres de circonférence (environ cinq pieds) à l'en- droit le plus gros du corps. L'espèce que nous décrivons est d'ailleurs d'un gris cendré tacheté de jaunâtre sur le dos. La partie inférieure du corps est blanche, et quelquefois rougeâtre, avec des taches couleur d'or dans les jeunes individus. Les nageoires pectorales sont jaunâtres ; une teinte grise distingue les jugulaires, ainsi que la seconde de Fanus. Toutes les autres na- geoires présentent des taches jaunes. C'est principalement eïi examinant avec soin les organes intérieurs de la morue que Camper, Monro , et d'autres habiles ana- tomistes sont parvenus à jeter un grand jour sur la structure interne des poissons , et particulièrement sur celle de leurs sens. On peut voir, par exemple, dans Monro une très -belle description de l'ouïe de la morue ; mais nous nous sommes déjà assez occupés de l'organe auditif des poissons pour S 3 S78 HISTOIRE devoir nous contenter d'ajouter à tout ce que avons nous dit , et relativement au gade mo- rue, que Je grand os auditif, contenu dansuu §ac placé à côté des canaux appelés demi-circu-' laires , et le petit os renfermé dans la cavité qui reunit le canal supérieur au canal moyen, présentent un volume assez considérable , proportionnellement à celui de l'animal; que c'est à ces deux os qu'il faut rapporter les petits corps que l'on trouve dans les cabinets d'histoire naturelle sous le nom de pierres de morue; qu'un troisième os j que l'on a dé- couvert aussi dans l'anguille et dans d'autres osseux dont nous traiterons avant de ter- miner cet ouvrage , est situé dans le creux qui sert de comrauni'^cuion aux trois canaux demi-circulaires , et que la grande cavité qui comprend ces mêmes canaux est remplie d'une matière visqueuse au milieu de laquelle sont dispersés de petits corps sphériques aux- quels aboutissent des ramifications nerveuses. De petits corps semblables sont aï tachés à ]a cervelle et aux principaux rameaux des nerfs. Si de la considération de l'ouïe de la morue nous passons h celle de ses organes digestifs, nous trouverons qu'elle peut avaler dans un très-court espace de tems une assez grande quantité d'alimens : elle a en effet DES G A D E S. 5279 un estomac très - volumineux , et Ton voit îiuprès du pylore six appendices ou petits canaux branchus. Elle est très-vorace; elle se nourrit de poissons , de mollusques et de crabes. Elle a des sucs digestifs si puissans, et d'une action si prompte , qu'en moins de six lieures un petit poisson peut être digéré en entier dans son canal intestinal. De gros crabes y sont aussitôt réduits en chyle , et avant qu'ils ne soient amenés à l'état de bouillie épaisse leur têt s'altère , rougit comme celui des écrevisses que l'on met dans de l'eau bouillante, et devient très- mou (1). La morue est même si goulue qu'elle avale souvent des morceaux de bois ou d'autres substances qui ne peuvent pas servir à sa nourriture ; mais elle jouit de Ja faculté qu'ont reçue les squales, d'autres poissons destructeurs , et les oiseaux de proie : elle peut rejeter facilement les corps qui l'in- commodent. L'eau douce ne paroit pas lui convenir : on ne la voit jamais dans les fleuves ou les rivières; elle ne s'appioche même des ri- vages , au moins ordinairement , que dans (0 Voyez l'Histoire d'Islande ; par Anderson. S 4 sSo HISTOIRE le tems du frai ; pendant le reste de l'année elle se tient dans les protondeurs des mers, et par conséquent elle doit êfre placée parmi les véritables poissons pélagiens. Elle habite particulièrement dans la portion de Focéan Septentrional comprise entre le quarantième degré de latitude et le soixante - sixième ; plus au nord ou plus au sud elle perd de ses qualités, et voilà pourquoi apparemment elle ne doit pas être comptée parmi les pois- sons de la Méditerranée, ou des autres mers intérieures, dont l'entrée, plus rapprochée de Téquateur que Je quarantième degré, est située hors des plages qu'elle fréquente. On la pêche dans la Manche, et on la prend auprès des côtes du Kamtschatka , veKS le soixantième degré (i); mais dans la vaste étendue de Focéan Boréal qu'occupe cette espèce, on peut distinguer deux grands espaces qu'elle semble préférer. Le premier de ces espaces remarquables peut être conçu comme limité d'un côté par le Groenland et par l'Islande de l'autre ,• par la Norvège, les côtes du Danemarck, de l'Allemagne , de la Hollande , de Fest et du nord de la Grande-Bretagne, ainsi que des îles Orcades: 1 I ' • ■ '■ I Il II . 1 M I. I . I II I .» (î) Voyage de Legsnps, du Kamtschatka en France. D E s G A D E s. 281 il comprend les endroits désignés par les noms de Dogger-bank , Tf^ell-bank et Cromer ; on peut y rapporter les petits lacs d'eau salée des îles de Fouest de l'Ecosse, où des troupes considérables de grandes morues attirent, principalement vers Gareloch , les pêcheurs des Orcades, de Peterhead, de Portsoy, de Firth et de Murray. Le second espace , moins anciennement connu j mais plus célèbre parmi les marins, renferme les plages voisines de la Nouvelle- Angleterre, du cap Breton, de la Nouvelle- Ecosse , et sur- tout de File de Terre-Neuve, auprès de laquelle est ce fameux banc de sable désigné par le nom de Grand-Banc , qui a près de cinquante myriamètres de longueur ( environ cent lieues ) sur trente ou environ de largeur ( près de soixante lieues ) , au dessus duquel on trouve depuis vingt jusqu'à cent mètres (soixante à trois cents pieds) d'eau, et près duquel les morues forment des légions très-nombreuses, parce qu'elles y rencontrent en très-grande abon- dance les harengs et les autres animaux ma- rins dont elles aiment à se nourrir. Lorsque, dans ces deux immenses por- tions de mer, le besoin de se débarrasser de la laite ou des œufs, ou la nécessité âSa HISTOIRE de pourvoir à leur subsistance, chassent Jes mornes vers les côtes, c'est principale- ment près des rives et des bancs couverts de crabes ou de moules qu'elles se ras- semblent, et elles déposent souvent leurs œufs sur des fonds rudes au milieu des rocliers. Ce tems du frai qui entraîne les morues Vers les rivages est très - variable , suivant les contrées qu'elles habitent, et l'époque à laquelle le printenis ou Tété commence H régner dans ces mêmes contrées. Com- munément c'est vers le mois de février que ce frai a lieu auprès de la Norvège , du Danemarck , de l'Ecosse , de l'Angle- terre, etc.; mais, comme File de Terre- Neuve appartient à l'Amérique septentrio- nale , et par conséquent à un continent beaucoup plus froid que l'ancien, l'époque de la ponte et de la fécondation des œufs y est reculée jusqu'en mars. Il est évident, d'après tout ce que nous venons de dire, que cette époque du frai est celle que Ton a dû choisir pour celle de la pèche. 11 y a donc eu diversité de tems pour cette grande opération de la recherche des morues , selon le lieu où on a désiré de les prendre; et de plus, il y a eu diffé- DES G A D E S. 285 rence dans les moyens de parvenir à les saisir, suivant les nations qui se sont occu- pées de leur poursuite : mais depuis plusieurs siècles les peuples industrieux et marins de l'Europe ont senti l'importance de la pèche des morues , et s'y ^ont livrés avec ardeur. Dès le quatorzième siècle, les anglais et les habitaus d'Amsterdam ont entrepris cette pêche, pour laquelle les islandais, les nor- végiens , les français et les espagnols ont rivalisé avec eux plus ou moins heureuse- ment; et vers le commencement du sei- zième , les français ont envoyé sur le grand banc de Terre-Neuve les premiers vaisseaux destinés à en rapporter des morues. Puisse cet exemple mémorable n'être pas perdu pour les descendans de ces français ! et lorsque la grande nation verra luire le jour fortuné où l'olivier de la paix balancera sa tête sacrée, au milieu des lauriers de la victoire et des palmes éclatantes du génie, au dessus des innombrables monumens élevés à sa gloire, quelle n'oublie pas que son zèle éclairé pour les entreprises relatives aux pêches importantes, sera toujours suivi de l'accroissement le plus rapide de ses subsis- tances, de son commerce, de son industrie. â84 HISTOIRE de sa population , de sa marine , de sa puis- sance, de son bonheur! Dans la première des deux grandes sur- faces où Ton rencontre des troupes très- nombreuses de morues, et par conséquent dans celle où Ton s'est livré plus ancieune- nient à leur recherche , on n'a pas toujours emp]o3ré les moyens les plus propres à at- teindre le but que l'on auroit dû se proposer. 11 a été un tems, par exemple, où sur les cotes de Norv^ège on s'étoit servi de filets composés de manière à détruire une si grande quantité de jeunes morues, et à dépeupler si vite les plages qu'elles avoient affection- nées, que, par une suite de ce sacrifice mal entendu de Favenir au présent, un bateau monté de quatre hommes ne rapportoit plus que six ou sept cents de ces poissons, de tel endroit où il en auroit pris quelques an- nées auparavant près de six mille. Mais rien n'a été néghgé pour les pêches faites dans les dix-septième et dix-huitième siècles, aux environs de l'île de Terre- Neuve. Premièrement, on a recherché avec le plus grand soin les tems les plus favorables; c'est d'après les résultats des observations D E s G A D E s. sSS faites à ce sujet, que vers ces parages il est très - rare qu'on continue la poursuite des morues après le mois de juin, époque à laquelle les gades dont nous écrivons This- toire s'éloignent à de grandes distances de ces plages , pour chercher une nourriture plus abondante, ou éviter la dent meur- trière des squales et d'autres habitans des mers redoutables par leur férocité. Les morues reparoissent auprès des côtes dans le mois de septembre, ou aux environs de ce mois : mais dans cette saison , qui touche d'un côté à l'équinoxe de l'automne , et de l'autre aux frimas de Tliyver, et d'ailleurs auprès de l'Amérique septentrio- nale 5 où les froids sont plus rigoureux et se font sentir plutôt que sous le même degré de la partie boréale de l'ancien continent, les tempêtes et même les glaces peuvent rendre très-souvent la pêche trop incertaine et trop dangereuse pour qu'on se détermine à s'y livrer de nouveau sans attendre le printems suivant. En second lieu, les préparatifs de cette importante et lointaine recherche des mo- rues qui se montrent auprès de Terre-Neuve, ont, été faits, depuis un très-grand nombre s86 HISTOIRE d'années, avec une prévoyance très-attentive. C'est dans ses opérations préliminaires qu'on a suivi avec une exactitude remarquable le principe de diviser le travail pour le rendre plus prompt et plus voisin de la perfection que Ton désire; et ce sont les anglais qui ont donné à cet égard l'exemple à l'Europe commerçante. La force des cordes ou lignes, la nature des hameçons , les dimensions des bâtimens, tous ces objets ont été déterminés avec pré- cision. Les lignes ont eu depuis un jusqu'à deux centimètres (cinq à neuf ligties), ou à peu près, de circonférence, et quelquefois cent quarante ~ cinq mètres ( quatre cent quarante - cinq pieds ou environ ) de lon- gueur : elles ont été faites d'un très - boa chanvre, et composées de fils tiès-fins, et cependant très -forts, afin que les morues ne fussent pas trop effrayées, et que les pêcheurs pussent sentir aisément l'agitation du poisson pris, relever avec faciiité les cordes et les retirer sans les rompie. Le bout de ces lignes a été garni d'un plomb qui a eu la forme d'une poire ou d'un cylindre, a ]3esé deux ou trois kilo- grammes (sept à huit livres) selon la grosseur D E s G A D E s. 287 de ces cordes, et a soutenu une empile longue de quatre à cinq mètres ( douze à quinze pieds) (1). Communément les vaisseaux em-^ ployés pour la pêche des morues ont été de cent cinquante tonneaux au plus,el trente hommes d'équipage. On a emporté des vivres pour deux, trois et jusqu'à huit mois, selon la longueur du tems que l'on a ccii devor consacrer au voyage. On n'a pas manqué de se pourvoir de bois pour aider le dessè- chement des morues, de sel pour les con- server, de tonnes et de petits barils pour y renfermer les différentes parties de ces animaux déjà préparées. Des bateaux particuliers ont été destinés à aller pêcher , même au loin , les mollusques et les poissons ])ropres à faire des appâts , tels que des sépies , des harengs , des éper- lans, des trigles, des maquereaux, des ca~ pelans, etc. Ou se sert de ces poissons quelquefois lorsqu'ils sont salés, d'autres fois lorsqu'ils n'ont pas été imprégnés de sel. On en em- ploie souvent avec avantage de digérés à (1) Nous avons vu , dans Varllcle de la raie bouclée^ que Teinpile est un fil de chanvre, de crin ou de métal , auquel le haim ou hameçon est attaché. V 288 HISTOIRE demi. On remplace avec succès ces poissons corrompus par des fragmens d'écrevisse ou d'autres crabes, du lard et de la viande gâtée. Les morues sont même si imprudem- ment goulues , qu'on les trompe aussi en ne leur présentant que du plomb ou de letain façonné en poisson, et des morceaux de drap ronge semblables par la couleur à de la chair ensanglantée ; et si Ton a besoin d'avoir recours aux appâts les plus puissans, on attache aux hameçons le cœur de quelque oiseau d'eau, ou même une jeune morue encore saignante; car la voracité des gades que nous décrivons est telle , que dans les momens où la faim les aiguillonne , ils ne sont retenus que par une force supérieure à la leur, et n'épargnent pas leur propre espèce. Lorsque les précautions convenables n^ont pas été oubliées , que l'on n'est contrarié ni par de gros tems ni par des circonstances extraordinaires, et qu'on a bien choisi le rivage ou le blanc , quatre hommes suffisent pour prendre par jour cinq ou six cents morues. L'usage le plus généralement suivi sur le grand banc, est que chaque pêcheur établi dans un bajtil, dont les bords sont garnis d'un DESGADES. srfkj li'un bourrelet de paille, laisse plus ou moins iiler sa ligne, en raison de la profondeur ^e Teau , de la force du courant , de !a vitesse de la dérive , et fasse suivre à cette corde les mouvemens du vaisseau , en la jtraînant sur le fond contre lequel elle est ■retenue par le poids de plomb dont elle est lestée. Néanmoins d'autres marins halent ou retirent de tems en tems leur ligne dj^ quelques mètres ( plusieurs pieds ) , et la laissent ensuite retomber lout à conp, pour empêcher les morues de flairer les appâts et de les éviter, et pour leur faire plus d'illusion par les divers tournoie mens de ces mêmes appâts , qui dès-lors ont plus de rapports avec leur proie ordinaire. Les morues devant être consommées à des distances immenses du lieu où on les pêche , on a été obligé d'employer diveifs moyens propres à garantir de toute altéra»- -tiori leur chair et plusieurs autres de l^ut^ parties. Ces moyens se réduisent à les faire saler ou sécher. Ces opérations sont souvent exécutées par les pêcheurs, sur les vaisseaux qui les ont amenés; et on imagine bieia, .sur-tout d'après ce que nous avons déjà dit, qu'afin de ne rien perdre de la durée ni des objets du voyage, on a établi sur cesbâti- i'oiss. TOMJE VI. T 2go HISTOIRE mens le plus grand ordre dans la disposîfîori du local 5 dans la succession des procédés , et dans la distribution des travaux entre plu- sieurs personnes dont chacune n'est jamais chargée que des mêmes détails. Les mêmes arrangemens ont lieu sur la côte, mais avec de bien plus grands avan- tages, lorsque les marins occupés de la pêche des morues ont à terre, comme les anglais, des établissemens plus ou moins commodes, et dans lesquels on est garanti des effets nuisibles que peuvent produire les vicissitudes de l'atmosphère. Mais soit à terre, soit sur les vaisseaux, on commence ordinairement toutes les pré- parations de la morue par détacher la langue et couper la tête de Fanimal. Lorsqu'ensuite < on veut saler ce gade - on l'ouvre dans sa partie inférieure; on met à part le foie; et si c'est une femelle qu'on a prise, on ôte les œufs de l'intérieur du poisson : on habille ensuite la morue , c'est- à-dire , en termes de pêcheur, on achève de l'ouvrir depuis la gorge jusqu'à l'anus, que les marins nomment «o/7z^ri/, et on sépare des muscles, dans cette étendue, la colonne vertébrale, ce qu'on nomme désosser la morue. Pour mettre Jes gades: dont nous nous D E s G A D E s. 291 occupons dans leur premier sel , ou remplit, le plus qu'où peut , l'intérieur de leur corps de sel marin, ou muriate de soude; on ea frotte leur peau; on les range par lits dans un endroit particulier de rétablissement construit à terre, ou de l'entre- pont, ou encore de la cale du bâtiment, si elles sont préparées sur un vaisseau , et on place une couche de sel au dessus de chaque lit. Les morues restent ainsi en piles pendant un, deux ou plusieurs jours, et. quelquefois aussi entassées sur une sorte de gril jusqu'à ce qu'elles aient jeté leur sang et leur eau; puis on les change de place, et on les sale à demeure, en les arrangeant une seconde ibis par lits, entre lesquels on étend de nouvelles couches de sel. Lorsqu'en habillant les morues , on se contente de les ouvrir depuis la gorge jus-, qu'à l'anus, ainsi que nous venons de le dire, elles conservent une forme arrondie du côtp de la queue , et on les nomme morues rondes : mais le plus grand nombi-e des marins occupés de la pèche de Terre- Neuve remplacent cette opération par la suivante , sur-tout lorsqu'ils salent de grands individus, Ils ouvrent la morue dans toute sa longueur, enlèvent la colonne vertébrale T 2 S92 HISTOIRE toute entière, habillent le poisson à platj et la morue ainsi habillée se nomme morue plate, Si, au lieu de saler les gades morues, on veut les faire sécher, on emploie tous les procédés que nous avons exposés , jusqu'à celui par lequel elles reçoivent leur premier sel. On les kve alors, et on les étend une à une sur la grève ou sur des rochers (i), la chair en haut, de manière qu'elles ne se touchent pas ; quelques heures après on les retourne. On recommence ces opérations pendant plusieurs jours ^ avec cette diffé- rence qu'au heu d'arranger les morues une à une , on les met par piles, dont on accroît successivement la hauteur , de telle sorte que, le sixième jour, ces paquets sont de cent cinquante, ou deux cents, et même quelquefois de cinq cents myiiagrammes (environ trois, quatre et dix mille livres). On empile de nouveau les morues à plu- sieurs reprises, mais à des intervalles de tems beaucoup plus grands , et qui croissent (i) Le nom aîlernancl de hlipjlsch ( poisson de rocher ) , que l'on donne aux morues sèches , vient de ]a nature ^lW. terrain sur leg^uel elles sont souvetjt j^esséchces. D E s G A D E s. i^S successivement; et le nombre ainsi que la durée de ces reprises sont proportionnés à la nature du vent, à la sécheresse de l'air , à la clialeur de Tatmosplière , à la force du, soleil. Le plus souvent, avant chacune de ces reprises, on étend les morues une à une f et pendant quelques heures. On désigne les divers empilemens, en disant que les mo- rues sont à leur premier , à leur second , à leur troisième soleil, suivant qu'on les met en tas pour la première , la seconde ou la troisième fois; et communément les moiues reçoivent dix soleils avant d'êtie entière- ment séchées. Lorsque Y on craint la pluie , on les porte sur des tas de pierre placés dans des ca- banes, ou, pour mieux dire, sous des han- gars qui n'arrêtent point l'action des courans d'air. Quelques peuples du nord de TEkirope emploient , pour préparer ces poissons ; quelques procédés, dont un des pkts connus consiste à dessécher ces gades sans sel, en les suspendant au dessus d'un fourneau ^ ou en les exposant aux vents qui régnent dans leurs contrées pendant le priutem?. Les morues acquièrent par cette opératioiR T 3 ^94 HISTOIRE Uhe dureté égale à celle du bois, d*où leur fest venu le nom de stock -fisch (poissoît en bâton); dénomination qui, selon quelques auteurs , dérive aussi de l'usage où Fon est , avant d'apprêter du stock-fisch pour le man- ger, de ]e rendre plus tendre en le battant sur un billot (j). >" -i . . 1 . r- , >■ ■ r< , I ■ I l I I - I I - I I 1 1 (l) Voici les procédés employés ordinairement par les français pour préparer la morue; ils sont rapportés dans un voyage fait par ordre du roi en 1768 , à l'île de Saint-Pierre , par Cassini. Façojt de trancher et de saler la morue verte. Le pêcheur n'a pas plutôt attiré à bord la morue qui s'est attachée à sa ligne , qu'il lui arrache la langue; cette morue passe de là entre les mains du décoleur. Celui - ci , avec un couteau dont la lame à deux tran- chans imite la lancette , ouvre la morue depuis l'anus jusqu'à la gorge, qu'il coupe en travers jusqu'aux os du cou ; il quitte ensuite son couteau, et arrache le foie, qu'il laisse tomber dans une espèce de baquet pat fen petit trou fait exprès à l'échafaud sur lequel il travaille; il détache également les boyaux et intestins du poisson auquel, pour dernière opération, il coupe la tête ; il passe alors au trancheur y qui est vis-à-vis de lui. Le trancheur prend cette morue par l'oreille gauche , et lui appuie le dos contre un taquet long d'un pied et haut de deux pouces ; il lui donne uli çetit coup de couteau trancheur au côté gauche de D E s G A D E s, 295 Les coninierçans appellent dans plusieurs pay# morue blanche , celle qui a été salée , l'anus, ce qui lui fait coucher l'oreille gauche en dehors ; ensuite il coupe les côtes ou arêtes de ce même côté , tout le long des vertèbres , depuis le cou jusqu'à environ moitié de distance de là à l'anus \ il lait la même chose au côté droit des vertèbres , après quoi il coupe obliquement sur trois os ces vertèbres jusqu'à la moelle alongée; enfin il coupe ces vertèbres et cette moelle alongée h)ngitucHnaîement par la moitié , et son opération est faite. Un troisième aide prend alors cette morue , et avec un morceau de bois dont le bout est aplati en forme de spatule , il gratte et tire tout le sang qui est resté le long des vertèbres que l'on n'a point coupées. Lorsque la morue est ainsi bien nettoyée ( quelques- uns la lavent ) , il la jette dans la cale par un trou fait exprès : elle tombe à côté du saleur. Celui-ci met et pousse au dedans de la morue le plus de sel qu'il peut , la couche la queue un peu en baissant , la frotte par toute la peau avec du sel , et la couvre même d'une couche de ce sel; il met d'autres morues dessus et à côfé de celle-ci, auxquelles il fait la même opération j et ainsi de suite jusqu'à ce que la pêche soit finie. Cette morue ainsi salée et arrangée dans la cale du bâtiment , on n'y touche plus que pour la débarquer lorsqu'on la veut vendre. Façon d'apprêter et de sécher la morue, La morue àviizick , pamuchel ; quand il est maigre , jœgerchen ; et quand il a une couleur jaune, graapamuchel. A Hambourg, scheibendorsch. En danois, ^r«« ^guulagtig , smaatorsk. En Courlande, dorsch. Chez les letles, menza , dnrska» En Estonie > tursk. En Norvège , tat^e-torsk, titling. En Laponie, tare-torsk • rod-torsk. Etïi Islande , tittling , tyrsklingur. Au Groenland , saraudlik. GadurS dorso tripterygio^ colore varîo ^ inferiore eirro D E s G A D E s. 529 de l'Europe boréale, mais encore dans la unico yCaudâ subquadrangidâ œqualL Gronov. locîs infrà cîtatis. Cailarias harhatus , lituris macuUsquef uscis , gulâ, v?ntreque albicantibu^ , iride flavicante nigro mixta , pinnis f uscis. Klein , Miss. pisc. 5 , p. 6 , ii^ 5. Cailarias maculis ex rufo in aurantium colorera vergentibus. IbiJem , p. y , n° 7. Gadus varias caiidâ Integra , maxillâ superîore Ion» giore. . . . gadus cailarias» Lin. Syst. iial. edit. Gmel. gea. 164, sp. 2. Gadus tripterygius cirratus varias , caudâ intégra , maxillâ superiore longiore gadus cailarias. Oth. Fabricius, Faun. .«^roenî. p. 144 > i^** îoi. Sonnini. (2) Le tacaud , molle , baraud-gode , poule de mer y petite morue fraîche , morue molle , malcot , guiteau. En allemand, hreiter schelljisch , steinholk^blodauge. En hollandais, steenbolk , gullak. A Londres, quand il est petit, whiting mops. A Scarboroug , kleg. En Islande, smaafisJcur , tharafiskur. En Laponie,^«;tra/î, rudnok. En Suède , torsk , smœtorsk. En Danemarck, smaa-tork. En Norvège, rodagtigsmaa - torsk ^ krop^ pang. Au Groenland , ogak ou ovak , et quand il est Irès-jeune , ogarak, Gadus dorso tripterygio , maxillis^ œqualibus , infe- riore cirro unico , caudâ œquali , pinnâ ani priori subfuscâ. Gronov. Mus. 1 , p. 21 , n^ i6o ; Zooph. p. ç;9 , n^ 520. Gadus maxillâ inferiore punctis utrinque septem. . . gadus barbatus. Lin. Syst. ïiatur. edit, Gmcl. s^QiX, 164 ) sp. 5. Soo HISTOIRE Baltique. Il se tient fréquemment à Tem- Gadus tripterygius cirratus j maxillâ inferior& punctis utrinque septem gadus harhatus. Oth. Fabricius, Faun. groenland. p. 146, n» io5. S O N N I N I. (5) Le capelauy V officier. En allemand , zwergdorsch, hrumstert. A Schleswig , leitfisch. A Dantzick j/cp^er- chen. En Norvège , ulfs-shreppe. A Malte , munhana, Gadus ano in medio corporis gadus minutus. liin. Syst. nat. edit. Gmel. gen. i54 j sp. 6. Gadus tripterygius j cirratus.,., gadus minutus. Brunnich , Ichtli. massil. p. 21 , n^ 52. Sonnim. (4) Gadus callarias. En Suède , «ma torsh. En Danemarck , ^aûps torsk. Par les allemands , dorsch. En Angleterre , coc? , cod-flsh. Gadus callarias. Lin. édit. de Gmel. Gade naruaga. Daubenton , Ennyclop. méthod. — Bonaterre , pi. de l'Encycl. méth. — Fauii. suée. 50/. — Bloch , pi. Lxn r. Gadus , dorso tripterygio^ ore cirroso , colore varia ^ etc, Artedi , gen. 20 , sp. 63 , syn. 55. Asellus varius , vel striatus. Schonev. p. 19. — Willugbby, p. 172 , tab. L, memb. i , fig. 1. — Ray, p. 54 , n^» 5. Asellus varius. Jonston , tab. /fi , ^g, 7. — Roberg. Dissert, de pisc. Upsal. p. 14. Gadus callarias , torsk. Asoagne , pi. i v. — Gronov» Mus. I , p. 21 , n^ 58 ; Zooph. p. 99, n^ 519. Gadus balthicus , torsk, It. Oel. 87. Gadus callarias balthicus. II. Scan. 220. D E s G A D E s. 33i bouchure des grands fleuves , dans le lit Callarias harbatus , etc. Klein , Miss. pisc. 5 , p. 6 , n° 5 ; et p. 7 , n" 7. Piscis, . . , Rassis nawaga dictiis. Kœlreuter , nov. Comm.Petrop. 14, i , p. 484» Muschehout et léopard. Rondelet , première part, liv. 9 , cliap. 12. Muschehout. Valmont de Bomare , Dictionnaire d'histoire naturelle. (5) Gadus tacaud. En Aniï^eXQVTe ,pouting , pout , whiting peut. A Rome, ^co. Gadus barhatus.Lim.èd. deGmel. — Faun. suec. 5i i. Gadus lineâ excauatâ ponè caput. It. Wgolli. 178. — Strom. Sondm. 3i6 , n° -5. Gadus... longitudine ad latitudinem tripla, Artedi, gen. 21 , syn. 57 , sp. Çib. Asellus mollis latus. Lister , apnd Willugliby , p. 22. — Ray , p. 55 , n* 9. uésellus barhatus. Charl. p. 121. — Bloch , pi. clxv. Gade tacaud. Daubent. Encj^c. niélli. — Bonaterre , pi. de l'Encycl. méthod. — Gronov. Mus. i , p. 21 , n° 160 ; Zooph. p. 99, n" 320. Callarias barbatus , dilaté olivacei coloris , etc. Klein , Miss. pisc. 5 , p. 6 , n^ 5. TVkitingpout. Brit. Zool. 3 , p. 548. Gadus titling. Ascagne , pi. v. Tacaud. Duhamel , Traité des pèches, deuxième partie, seclion première, cliap. 5, art. i , p. i56, pi. XXI 1 1 , fii>. 2. Morue molle. Valmont de Bomare , Dictionnaire d'histoire naturelle. 332 HISTOIRE desquels il remonte même quelquefois avec Y eau salée (7). Il est rare qu'il ait plus de trois décimètres (environ onze pouces ) de (6) Gadus capelanus. A Venise , mollo. Dans lo comté de CornoaaiWes , poor j power. Gadus minutus. Lin. édit. de Gmel. Gade capelan. Daubenton , Encyclop. métliod. — Bonaterre , pi. de l'Encycl. méthod. Gadus, . . . corpore sesquiunciali , ano in medio corporis. Artedi, gen. 21 , syn. 56. Capelan. Rondelet, piem. part. Uv. 6, cliap, 12- Anthiœ secunda species. Gesner , p. ^Çt \ Icon. anim. p. 241. (Gerra.),fol. i5. Asellus mollis minor , seu asellus omnium minimus. Willughby , p. 171 , tab, L. — Ray , p. 56, n* 10. — * Bloch, pi. Lxvi I , fig. 1. Capelan. Valmont de Bomare , Dictionnaire d'his*- toire naturelle. Callarias harhatus corpore contracto , etc. et calla" rias. . . . omnium minimus , etc. Klein , Miss. pisc. Poor. Brit. zool. 3 , p. i85 , 11" 77 , t. 5o. (7) On le prend en Poméranie près de Rugenwalde pendant toute l'année , mais plus fréquemment au mois de juin. On le pêche aussi en grande quantité près de Travemunde, (Eland , Gothland , Bornholm , L.ubek,en Prusse et en Livonie. Plus loin vers le nord , dans le golfe de la Fine et vers Saint-Péters- bourg, ce poisson ne se montre que rarement. (Bloch, Histoire naturelle des poissons , article du dorse.) D E s G A D E s. 335 longueur, et qu'il pèse plus d'un kilogramme (environ deux livres) (i). 11 se nourrit de vers marins , de crabes , de petits mol- lusques, de jeunes poissons : sa chair est tendre et d'un goût très-agréable; quelque- fois elle est très- blanche ; d'autres fois elle est verte, et Ascagne rapporte qu'on attri- bue cette dernière nuance au séjour que le callarias fait souvent près des rivages au dessus de ces sortes de prairies marines formées par des algues qui se pressent sur un fond sablonneux. Nous avons vu les tortues franches devoir la couleur verte de leur chair à des plantes marines plus ou moins verdâtres; mais ces tortues en font leur nourriture, et Ton n'a point observé que dans aucune circonstance le callarias préférât, pour son aliment, des végétaux aux substances animales. Le nombre, la forme et la distribution, ainsi que la dispo- sition de ses dents, empêchent de le pré- sumer (2). Sa mâchoire supérieure est en (i) On trouve, près de Riigenwalde , des musclie- bouts qui pèsent jusqu'à sept à huit livres , et quel- quefois quatorze. L'on en a vu de quatre pieds de long. S O NKlNr. (2) Les islandais salent et sèchent ce poisson^ 354 HISTOIRE effet garnie de plusieurs rangs de dents aiguës : on n'en voit quelquefois qu'un rang à la mâchoire de dessous , mais il 3^ en a au palais; et de plus, l'ouverture de la bouche est très-grande. Les écailles qui recouvrent le callarias sont petites, minces et molles : la ligne laté- rale est large, et voisine du dos,- elle est d'ailleurs tachetée, et voici la nuance des couleurs des autres parties de l'animal. La tête est grise avec des taches brunes; l'iris jaunâtre; la partie supérieure de l'animal grise et tachetée de brun comme la tête; la partie inférieure est blanche , et l'on remarque un ton plus ou moins brunâtre sur toutes les nageoires (1). Mais ce qu'il faut observer, et ce qui a fait donner au gade dont nous parlons le nom de variable ^ c'est qu'il est de ces teintes du callarias qui lorsqu'il est ainsi préparé , il porte le nom de tittellng. C'est en hyver que cette espèce fraie dans les pro- fondeurs de la mer. Au Groenland , selon Olhon Fabricius ( Faun. Groenland.), on mange le muschebout salé , ou séché, ou à demi-pourri. Son foie s'apprête avec les baies de la bruyère à fruit noir. Son mini. (i) On a compté dans un callarias 55 vertèbres et 18 côtes. D E s G A D E s. 335 varient avec l'âge ou avec les saisons. Les nageoires et même le dessous de Tanimal sont quelquefois rougeâtres ; le ventre n'est pas toujours sans petites taches; celles du corps et de la queue des callarias encore jeunes sont souvent dorées, au lieu d'être brunes ; et pendant Thyver ou voit les taches brunâtres de la tête acquérir, sur presque tous les individus de l'espèce que nous décrivons, une couleur d'un beau noir (i). Le tacaud est remarquable par la hau- teur de son corps, qui égale à peu près le tiers de sa longueur totale; les lèvres ren- ferment des portions cartilagineuses ; la mâ- choire inférieure présente neuf ou dix points de chaque côté; les yeux sont grands et saillans ; les ouvertures branchiales éten- dues; les écailles petites et fortement atta- (i) A la première nageoire dorsale du callarias i5 rayons* A la seconde l6 A la troisième 18 A chacune des pectorales 17 A chacune des jugulaires 6 A la première de l'anus 18 A la seconde 17 A eellc d9 U ^ueue 2Q r-^SG HISTOIRE cliées; l'anus est voisin de la gorge, et la ligne latérale se fléchit vers le bas au dessous de la seconde nageoire dorsale (i). L'iris est argenté ou couleur de citron; le dos d'un verdâtre foncé ; les côtés sont d'un blanc rougeàtre ; la nageoire de la queue est également d'un rouge pâle; toutes les autres sont olivâtres et bordées de noir; une tache noire paroît souvent à la base des pectorales, et une teinte très- foncée fait aisément distinguer la ligne latérale. Le tacaud parvient à une longueur de cinq ou six décimètres (environ dix-huit à vingt-deux pouces); il s'approche des rivages au moins pendant la saison de la ponte; il s'y tient dans le sable, ou au milieu de très-hauts fucus, à des profondeurs quel- quefois très - considérables au dessous de la surface de la mer. Il se nourrit de crabes, de (i) A la première nageoire dorsale du tacaud . . • i5 ra.yom, A la seconde ig A la troisième 18 A chacune des pectorales 18 A chacune des jugulaires 6 A la première de l'anus. aS A la seconde. 17 A Celle de la (^ueue. ...... 3o saumons ;, DES G A D E S. 33; saumons, de blennies. Sa chair est blanclie et bonne à manger , mais souvent un peu molle et sèche. On le trouve dans TOcéau de l'Europe septentrionale (i). Le capelan vit dans les mêmes mers que le tacaud et le callarias ; mais il habite aussi dans la Méditerranée. Il en parcourt les eaux en troupes extrêmement nombreuses ; îl en occupe pendant Fhyver les profon- deurs, et vers le printems il s'y rapproche des rivages, pour déposer ou féconder ses œufs au milieu des graviers, des galets ou des fucus. Il est très-petit, et surpasse à peine deux décimètres (environ sept pouces) en longueur. On voit au bout de sa mâ-^ choire inférieure, comme à l'extrémité de celle du callarias et du tacaud, un assez long filament. La ligne latérale est droite; (i) Le tacaud fraie en février et mars; ses oeufs très-nombreux sont d'un jaune un peu rougeâtre, et la femelle les dépose entre les algues qui croissent au fond des petites anses exposées au soleil; les petits paroissent en grande quantité au mois de juin. Les liabitans du Groenland mangent ce poisson comme le muscbebout, et ils en rassemblent les œufs qu'ils ont fait sécher pour les faire cuire. (Othon, Fabriciwa j ^aun. Groenland. ) Sqnkjnj. - Poiss. Tome VL Y 558 HISTOIRE le ventre très-caréné, c^est-à-dire , terminé lon^itudinaienient en en bas par une aréle presque aiguë,* l'anus placé à peu près a une égale distance de la tête et de Textré- jnilé de la queue. Son dos est d'un jaune brunâtre, et: tout le reste de son corps d'une couleur d'argent plus ou moins par- semée de ix)ints noirâtres; l'intérieur de sou abdomen est noir. Il se nourrit de crabes, d'animaux à coquille, et d'autres petits habitans de la mer. Les pécheurs le recherchent peu pour la bonté de sa chair : mais il est la proie des grands poissons ; il est méine fréquenmient dévoré par plu- sieurs espèces de gades; et c'est parce qu'oa a vu souvent des morues, des aiglefins et des callarias suivre avec constance des bandes de capelans qui pouvoient leur fournir une nouriiture copieuse et facile à saisir , qu'on a donné à ces derniers gades le nom de conducteurs des callarias , des œgle-' fins et des morues (i) (2). (i) 31assilic}i.sihiis capclain , ori/^ine impudicâ , o5 7710 du m , cjuer/i ad ettm per plateas venaient exhibeu" dum us/z/yia/v/Aï/f. Bi ùnnicli , Tclilliyol. înassrî. *'*• ^ IloH'.lelLt rapporte qu'en i545 il y eiit une si grande quantité de capelans , près de nos çôles de 1a Médi* DES G A D E S. 339 tcrranée , q«e pendant deux mois les pêcheurs n'en priteat d'aucune autre espèce , non sans grande perte pour eux , car ces poissons ne pouvant se garder ni salés ni séchés , on fut obligé de les enfouir dans la terre, afin d'éviter les suites de la corruption d'u&e masse aussi grande de matière animale. Cette espèce choisit pour fiaier les fonds unis, et dépose ses œufs entre les cailloux et les plantes snarines. Bloch a remarqué que le péritoine du capelan est Boir, et que l'extréînité inférieure de son estomac est pourvue de plusieurs appendices. Sonmni» (2) A la première nageoire dorsale du capelan » i2 rayons. A la seconde 19 A la troisième. . , , 17 A chacune des pectorales 14 A chacune des jugulaires 6 A la première de l'anus. . . . • 27 A la seconde 17 A celle de la queue - • %S Y a 54o HISTOIRE LE COLIN (i), LE LIEU (2), LE SEY (3). LE GADE COLIN (4), LE GADE POLLACK (5), ET LE GADE SEY (5) , PAR LACÉPÉDE. cf, lO^ ET 11® ESPÈCES. I^ES trois poissons appartiennent au second sous-genre des gades : ils ont trois nageoires dorsales, et leurs mâchoires sont dénuées ■ I ■ ■ ■ ■ I III I ■ m (1) Le colin , morue noire , poisson charbon , poisson charbonnier. En allemand , hohler , kohlmund. En danois, kollemisse , kollemader. En norvégien, hul^ Tnitnd y gold-lax y kule-mule. En islandais, sey ^ graa- sey , slijisk. En anglais, coal-fish y raw-polak; quand il est petit , paars ; quand il a un an , billet» Gadus maxillâ inferiore longiore , lineâ laterali rectâ gadus carbonarius. Lin. Syst. nat, edit» Gmel. gen. 164? sp. 9. Sonnini. {2) Le lieu. Eu allemand , pollack , u^eisser , gelber. D E s G A D E s. 341' de barbillons; plusieurs ressemblances frap- pantes rapprochent d'ailleurs ces trois es- hohlmaul. En suédois, lyrhlech , lerhlehlng y hlanksey* £n norvégien , /jr, /y55e. En anglais , ^*«e coo?. Gadus maxillâ inferiore longiore , lineâ latérale curvâ, . . gadus pollachius. Lin. iSyst. nat. edit. GmeL gen. i54»sp. 10. S ON N INI. (5) Le sëy. En suédois, sey ^ grasey. En Scanie , sisiker ; et lorsqu'il est petit , grasik. Gadus dorso virescente , caudâ hifarcâ,., gadus virens. Lin. Syst. nat. edit. Gmelin , gen. i54, sp. 7. Gadus trlptery gius imherbis , dorso virescenfe , caudâ hifurcâ, . . gadus virens, Retzîus , Lin. Faun. suec. p. 520 , n° 54. SoNNiNi. (4) Gadus colinus. Dans plusieurs parties septen* trionales de l'Angleterre , colefîsh. Dans plusieurs parties méridionales de l'Angleterre, raw pollack, Gadus carbonarius. Lin. edit, de Gmelin. Gade colin. Daubenton , Encyclop. méthod. — Bonateii're , planches de l'Encyclop. niétbod. Gadus dorso tripferygio , imherbis , maxillâ infc" rlore longiore ^ lineâ laterali rectâ. Artedi, g^n. 20, syn. 54- — Bloch , pi. Lxvr. Caltarias imherbis , capite et dorso y carbonés instar, nigricantihus. Klein , Miss. pisc. 5, p- 8, n*^ 2. Piscis coljlsh Anglorum,. Belon , Aquat. p. i55. Colfish Anglorum. Gesner, Aquat. p. 89 (germ.) fol. 41 y ^« Icon. anim. p. 79. Asellus niger carbonarius. Sclionev. p. 19. Asellus niger, seu carbonarius. Cliarlet. p. 121. Y 3 542 HISTOIRE. pèces. Voyons ce qtii les sépare , et commen- çons par décrire le colin. Il ne faut pas confondre ce poisson ave© des individus de l'espèce de la moroe que des pêcheurs partis de plusieurs ports occi- dentaux de France ont souvent appelés Asellus niger. Aldrov. 1, 5 , c. 7 > p. 289- Atiellus niger , sive mollis nigricans. Willngliî>j^ p. 168 , tab. L , m. I, n^ 3. — Ray, p. 54 , 11^ 5, Coalfish. Brit. zool. 5 , p. iSs , n° 7, (5) GaduH pollachius. En Angleterre , a i^hiting ■pollach. Dans plusieurs contrées du Nord , lyr, I>ans plusieurs parties de la Suède , lyr blek , lerbleking, Gadus pollachius. Lin. edit. de Gmelin. Gade lieu. Daubent. Encyclop. niélhod. - — BonaL planches de rEncycl. méth. — Faun, suec. p. 3i2. — ' MnlI. Prodr. zool. danic. p, 42 , 555, Gadus lyrbleh, It. Wgolli. p. 177. Gadus dorso tripterygio , imherhis, maxillâ inferiofe iongiore, lineâ laterali curvâ. Kvledi, gen. 20, syn. 35, Asellus whitin g pollachius. Willughby , p» 167. ^-* Kay, p. 55,n^ 2. Gadus pollachius. Ascagne ,. cahier 3, pî. xx. — = Gronov. Mus. 1, n^ 57. — Bloch , pi. lxviiî. Gelhes kohlmauL Walbaum , Schr. der Berî. naî. 4'^ pag. 147. Pollach. Brit. zool. 5 , p. i54 , n^ 8. (6) Gadus sey. Sur plusieurs côtes boréales de l'Europe , à l'âge d'un an ^ mort y à l'âge de deux ajîs ^ D E s G A D E s. 343 colins, parce qu'ils les a voient pris dans uno saison trop avancée pour qu'on pût les faire sécher. Le vrai colin a ordinairement près d'un mètre (environ trois pieds) de longueur; sa tète est étroite ; Touvei ture de sa bouche petite ; son museau pointu ; ses écailles sont ovales, et ses nageoires jugulaires très-peu étendues (7). On Ta nommé poisson charbon ou ckar^ bonnier, à cause de ses couleurs. En effet la teinte olivâtre qu^il présente dans sa jeu- palle ; à l'^ge de trois ans , treœrim ; à l'âge de quatre «ns , sey ou graasey ; dans la vieillesse , ufs, Gadas uirens. Lin. édit. de Ginel. Gade sey. Daubenlon , Encycl. métliod. — Bonat. pi. del'Encyc. mélliod. — Faun. sugc. p. ^og. — MuII. Piodrom. zool. danic. p, 43 , n^ 354- — Gronov. kt\, Upsal , 1742, p 90. Gadus vlrens , et sey. Ascagne , cah. 5 , pi. xxi. (7) A la première nageoire dorsale du colin. . . 14 rayons. A la seconde '9 A la troisième 20 A chacune des pectorales 21 A chacune des jugulaires . ... . . 6 A la première de Tanus 25 A la seconde 20 A celle de la queue 26 Y4 544 HISTOIRE nesse se change en noir lorsqu'il est adulte ; les nageoires sont entièrement noires, ex- cepté celle de la queue , qui n'est que brune; et les deux premières dorsales , ainsi que les pectorales , dont la base est un peu olivâtre ; une tache noire très-marquée est placée au dessous de chaque nageoire pectorale; la bouche est même noire dans son intérieur; et ces nuances, si voisines de celles du charbon , paroissent d'autant plus foncées que la ligne latérale est blanche , que les opercules brillent de l'éclat de l'argent, et que la langue a aussi la blancheur de ce métal. On trouve le colin non seulement dans l'océan d'Europe, mais encore dans la mer Pacifique. Dès les mois de février et de mars il s'approche des côtes d'Angleterre, pour y déposer ou féconder des œufs qui ont la couleur et la petitesse des grains de millet, et desquels sortent, au bout de quel- ques mois ,. de petits poissons que l'on dit assez bons dans leur jeunesse (i). On le pêche non seulement avec des •m ■ * ' ' ■ (l) Quand ils ont un an et plus, leur chair dure e* coriace est dédaignée par les gens aisés. On les prépare de la même manière que la morue; mais, comme ils ïi'onl pas un si Ibn goût/oii les donne à meilleur DE S G A D ES. 545 haims, mais encore avec différentes sortes de filets, tels que des verveux, des guideaux, des demi-folles, des trémaux, etc. ~ Lorsque la morue est abondante près des côtes du Nord, on y recherche très-peu les colins; mais, lorsqu'on y pêche un petit nombre de morues , on y sale les colins , qu'il est assez difficile de distinguer de ces dernières après cette préparation. Le polJack a, comme le colin, la nageoire de la queue fourchue, et la mâchoire infé- rieure plus avancée que la supérieure; mais la ligne latérale est droite dans le colin, et courbe dans le pollack (i). Ce dernier poisson marclié. Les islandais ont une si grande quantité de 'merlans qu'ils ne font aucun cas du colin. En Nor- vège , il n'}^ a que les pauvres qui en mangent j mais on y fait de l'Iiuiie avec son foie. Sonnini. (i) A la membrane des branchies du pollack 7 rayons. A la première nageoire dorsale . . j3 A la seconde. 18 A la troisième 19 A chacune des pectorales .... ig A chacune des jugulaires .... 6 A la première de l'anus ..... 28 A la seconde 19 A celle de la queue 4^ 546 HISTOIRE habite, comme le colin, dans les mers sè|>^ leufrionales de l'Europe : il se plaît dans les parages où la tempête soulève violem-* ment les flots. Il voyage par troupes extrê- mement nombreuses ^ cherche moins les asyles profonds, paroît plus fréquemment à la surface de TOcéan que la plupart des autres gades, et sait cependant aller cher- cher dans le sable des livages Tammodyte appât , dont il aime à se nourrir ( i ). Sa longueur ordinaire est de cinq décimètres (dix-huit pouces environ ). Sa couleur , qui 6st d'un brun noirâtre sur le dos, s'écîaircit sur les côtés , y devient argentée , et se change , sur la partie inférieure de Tanimal, en blanc pointillé de brun; Firis d'ailleurs est jaune, avec des points noirs; chaque écaille est petite , mince , ovale , et liserée (i) Les lieuR sont très - communs dans les mers de Norvège et d'Angleterre ; ou en trouve quelquefois dans la Baltique près de Lubec , et dans la nier du Nord , près de Heiligpland , mais ils y sont dispersés^ au lieu qu'ailleurs ils paroissent en grandes troupes. Ces poissons se tiennent volontiers à la surface de l'eau , et sautent quelquefois au dessus en prenant diverses formes et attrapant tout ce qui naj^e sur les vagues. ( Rloch , Histoire naturelle des poissons , article du lieu. ) S o î« ïitling, Ei\ Angleterre , whiting. Gadus merlangus. Lin. cdit. de Gmel. Gade merlan, Daubenton ; Eiicycl, méthod. — DES GADES. 35i partie de l'Europe, et parliculièrenient dans la plupart des pioviuces septentrionales de France. La mojue même n'y est pas ua objet aussi familier, à tous égards, que le poisson dont il est question dans cet article; on l'y nomme souvent, on la sert sur tontes ]es tables, et cependant sa véritable figure y est ignorée dans les endroits éloignés des Bonaterre , pi. de l'Encyc. méfh. — Faiin. suce. 5io, Gadus hoitling. It. Scan. 326 , lab. 2 , fig. 2. — ït. W.iToth. 176. Gadus dorso trlpterygio , ore imberhié .... mnxillà ^uperiore longiore. Artedi , gen. 19 , syn. 54 > sp. 62. Secunda asellorum spe<^ies , merlangiis. Gesner, Âquat. p. 65 ; et Gcrm. fol. 40 > 2. A sellas candi dus prinius Schonev. p. 17. Asellus miiior alter. Aldrov. lib. 5 , cap. 5 , p. 287. Asellus minor et mollis. Charleton , p. 121. Asellus mollis. J on a ton , Pi se. (ab. 2 , fig. 5. Asellus mollis major ^ seu alhus. Willughby, p. 170, tab. L , m. I , fig. 5. — • Ray, p. 55, n^ 8. Molenaer. Gronov. Mus. i , p. 20, n** 55 5 Zoopli. p. 98 . n^ 3i6. — Btocb , pi. lxv. Callarlas imberbis , arg^ntei ftplendoris , etc. Klein , Miss. pisc. 5 , p. 8 , n^ 3 , tab. 3 , fig. 2. Merlan. Rondelet, première partie , liv. 9, ciiap.9, ^dit. de Lyon , i558. fVhiting, Brit. zool. 5 , p. i 55 , n*' 9. Merlan. Valmout de Bomare^ Dict. d*hist. nat. 352 HISTOIRE rivages de la mer, parce qu'elle n'y parvient presque jamais que préparée, salée, ou sé- chée, altérée, déformée, et souvent tron- quée. Le merlan, au contraire, est trans- porté entier dans ces mêmes endroits; et la grande consommation qu'on en a faite l'a mis si souvent sous les yeux, et Ta fait examiner si fréquemment, qu'il a frappé l'imagination des personnes même les moins instruites, et que ses attributs, principale- ment sa couleur, sont devenus des sujets de proverbes vulgaires. Les nuances qu'il présente sont en effet très-brillantes : presque tout son corps resplendit de la blancheur de l'argent,* et l'éclat de cette couleur est relevé, au lieu d'être afFoibli, par l'olivâtre qui règne quelquefois sur le dos, par la teinte noirâtre qui distingue les nageoires pectorales ainsi que celle de la queue, et par une tache noire que l'on voit sur quel- ques individus, à l'origine de ces mêmes pectorales. Tout le monde sait d'ailleurs que le corps du merlan est alongé , et revêtu d'écaillés petites, minces et arrondies; que ses na- geoires dorsales sont au nombre de trois,* qu'il n'a pas de barbillons ; que sa mâchoire supérieure est plus avancée que l'inférieure. Il D E s G A D E s. 553 ïl nous suffira crajouter, relativement à ses formes extérieures, que cette même mâ- choire d'en haut est armée de plusieurs rangs de dents, dont les antérieures sont les plus longues ,• qu'on n'en voit qu'une rangée à la mâchoire d'en bas, qui d'ailleurs montre de chaque côté neuFou dix points ou très-petits enfoncemens; que l'on aperçoit sur le palais deux os triangulaires, et auprès du gosier quatre os arrondis ou alongés, lesquels sont tous les six hérissés de petites dents ou as- pérités; et enfin que la ligne latérale est presque droite (i). Si nous jetons maintenant un coup d'œil sur l'intérieur du merlan, nous verrons que ce poisson a cinquante - quatre vertèbres. Nous en avons compté cent seize dans l'an- guille; mais aussi, quelqu'alongé que soit (i) A la membrane des brancliies . j 7 rayons. A la première dorsale . . . • . 16 A la seconde 18 A la troisième 19 A chacune des pectorales. ... 20 A chacune des jugulaires. ... 6 A la première de l'anus .... 3o A la seconde 20 A celle de la queue 3i Poiss. ToM^ VI. Z 554 HISTOIRE le merlan , il présente une forme bien éloi- gnée de celle que montre le corps très-délié des murènes. Le cœur a la figure d'un quadrilatère, avec des angles très -obtus. L'oreillette est grande , ainsi que Faorte. L'estomac est alongé, assez large, un peu recourbé vers le pylore , autour duquel un très-grand nombre d'appendices intestinales, ou de petits cœcums, forment une sorte de couronne. Le canal intestinal proprement dit est presque de la longueur de l'animal,* il se réfléchit vers le diaphragme, va de nouveau vers la queue, se recourbe du côté de l'œsophage , et tend ensuite directement vers l'anus , où il parvient très-élargi. Le foie, dont la couleur est blanchâtre, se divise en deux lobes piincipaux : le droit est court et étroit; le second très-long et répandu dans une très -grande partie de Fabdomen. La vésicule du fiel communique par un canal avec le foie , et par un canal plus grand avec le tube intestinal auprès des appendices. Un viscère triangulaire et analogue à la rate est situé au dessous de reslomac. Les reins, d'une couleur sanguinolente,» D E s G A D E s. 555 et étendus le long de l'épine du dos, se déchargent dans une vessie urinaire double, voisine de Fauus , et que l'on a souvent trouvée remplie d'une eau claire. La vessie natatoire est visqueuse, longue, simple, attachée à Tépine du dos. Le canal pneumatique , par lequel elle communique à l'extérieur, part de la partie la plus an- térieure de cette vessie, et aboutit à l'œso- phage. Enfin on voit dans les femelles deux ovaires très -longs, et remplis, lors de la saison convenable , d'un très-grand nombre de petits œufs ordinairement jaunâtres. Le merlan habite dans TOcéan qui baigne les côtes européennes, 11 se nourrit de vers, de mollusques, de crabes, de jeunes pois- sons. Il s'approche souvent des rivages, et voilà pourquoi on le prend pendant presque toute l'année : mais il abandonne particu- lièrement la haute mer , non seulement lorsqu'il va se débarrasser du poids de ses œufs ou les féconder, mais encore lorsqu'il est attiré vers la terre par une nourriture plus agréable et plus abondante , et lorsqu'il y cherche un asjde contre les gros animaux marins qui en font leur proie ; et comme ces diverses circonstances dépendent des 356 HISTOIRE saisons, il n'est pas surprenant que, suivant les pays, le tenis de le pêcher avec succès soit plus ou moins avancé. On a préféré pour cet objet , sur certaines côtes de France, les mois de janvier et de février; et sur plusieurs de celles d'Angleterre ou de Hollande, on a choisi les mois de Tété (i). On le trouve très-gras lorsque les harengs ont déposé leurs œufs, et qu'il a pu en dévorer une grande quantité (2). Mais, ex- cepté dans le tems où il fraie lui-même, sa chair écailleuse est agréable au goût : elle n'a pas de qualité mal- faisan te; et comme elle est molle, tendre et légère, on la digère avec facilité , et elle est un des alimens qiie l'on peut donner avec le moins d'inconvé- nient à ceux qui éprouvent un grand besoin de manger, sans avoir cependant des sucs digestifs très-puissans (3). (i) Les merlans se montrent en si grande quantité sur les côte5> d'Angleterre , quNls occupent souv ent un espace long de trois milles, et large d'un mille et demi. Son n 1 n I. (2) Lettre de Noël , de Rouen , à Lacépède , du 21 brumaire an 7. (5) La qualité de la chair du nierlan a donné lieu à un ancien proverbe rapporté par Rondelet , savoir ,, (i) Le lingue. En Allemagne , ainsi qu'en Dane- marck , en Islande et en ^ovvegç , ^Ijcenge), lehg. Att X^roen]a.nà jjuit'hsoàk. Gadus cirratiis , maxillâ superiore longiore , , , , t, gadus moha.^\.Àï\, Syst. nat. edit. Gmel. gen. i54, fip. 12. — Oth. Fabric. Faun. Groenl. p. 148 , n" 106. S o N N l M I. (2) Gaàus molva. En Suède , langa. En Allemagne, îenge. En Angleterre , ling, Gadus molwa. Lin. édil. de Gmelin. Gada lingue. Daubenton , Encyclop. méthod. — * JBonaterre , pi. de l'Encycl. méthod. Gadus dorso dipterygia , ore cirrato , maxillâ supe^ flore longiore. Artedi , gen. 22 , syn. 36. Molva ffiûjor, Charleton , p, lisK t) E s G A D E s. Sfit Sur-tout relativement à ses autres dimen- sions, et f)articulièrement à sa largeur : elle surpasse souvent celle de vingt- quatre dé- cimètres ( sept pieds environ ) , et voilà pourquoi elle a été nommée , dans un grand nombi'e de contrées et par })lusieurs auteurs, le gade long. Elle habite à peu près dans les mêmes mers que la morue. Elle se trouve abondamment , comme ce gade , autour de la Grande - Bretagne , auprès des côtes de l'Irlande, entre les Hébrides, vers le comté d'Yorck. On la pèche de la même manière, on lui donne les mêmes préparations , et comme cette espèce présente un gi-and vo* îume , et d ailleurs est douée d'une grande fécondité , elle est , après la morue et le hareng, un des poissons les plus précieux . Asellus longits, SclioBev. p. 18. Asellus longus. Willugliby , p. lyS , tab. L , m. 2 > ïi® 2. -^ Ray , p. 56. -^ Faun. sugg,,^!;^. — Mail. Profîrom. zQcxl. dari. p. 41 . n*'345. . -;»;■■ Gadus hngcp, It. "V^goth. 177, — Bm^cH;, pi. ï.xix. Enchelyopus. Klcia, Miss, pi^sc. 4^ p. 5S , n^ 16.— *• feelon , Aquat. p; i55. • — Gesner ^ A9.^aU.p. 9$ \ \con\ ani.n. p. 78. .P.vjtjfîMl I^ing. Brit. Zooî. 5 , p. 160 , n° i3. , (3) Gadus dantcus. Mal. Zool. danic. prodr. p. j^lf. Gade danois, Bonateire , pi. de. l'Encyx;. liiétJi. :vj 363 HISTOIRE pour le commerce et les plus utiles à Tin- dustrie (i). Dans les mers qui baignent la Grande- Bretagne, elle jouit principalement de toutes ses qualités depuis le mois de février jusques vers la fin de mai, c'est-à-dire, dans la^saison qui précède son frai, lequel a lieu dans ces mêmes mers aux approches du solstice. Elle aime à déposer ses œufs le long des marais que Ton y voit à Tembouchure des ri- vières (ii). (i) Dans le commerce, les lingues de vingt -six pouces sont senls admis; ceux qui ont une moindre longueur sont mis au rebut et vendus à has prix. On en exporte chaque année de la Norvège environ neuf cent mille livres pesant. Ces poissons préparés se conservejit beaucoup plus long-tems que la morue dans les voyages de long cours. On fait aussi de l'huile avec leur foie , et de la colle avec leur vésicule aérienne. S o N N 1 N I. (2) Les lingues que Von prend près du Spitzbcrg et à Terre-Neuve ne sont pas si estimés que ceux des mers de la Norvège et de la Grande-Bretagne. Ceux d'Islande sont si mauvais que les habitans sont obligés de les consommer eux - mêmes , faute de pouvoir les vendre aux étrangers. On en trouve aussi sur les rivages de la Louisiane , et Othon Fabricius en a vu au Groenland dans le golfe méridional de Tunnudliorbiki Sonniki. D E s G A D Ê s. 365 Elle se nourrit de crabes , de jeunes ou petits poissons, notamment de pleuronectes plies. Sa chair contient une huile douce , facile à obtenir par le moyen d'un feu modéré , et plus abondante que celle que peuvent donner la morue ou les autres gades. Sa couleur est brune par dessus, blan- châtre par dessous, verdàtre sur les côtés. La nageoire de l'anus est d'un gris de cendre; les autres sont noires et bordées de blanc: on voit de plus une tache noire au sommet de chacune des dorsales (i). Les écailles sont alongées, petites, forte- ment attachées; la tête est grande , le museau un peu arrondi , la langue étroite et pointue. Le gade danois n'est pas dénué de bar- billons, non plus que la molve : comme la molve , il n'a que deux nageoires sur le (i) A la membrane des branchies de la molve y rayons* A la première nageoire dorsale. . i5 A la seconde 65 A chacune des pectorales .... 19 A chacune des jugulaires ... 6 A celle de l'anus 5g A celle de la queue , qui est arrondie 38 $H HISTOIRE dos, et appartient par ce double caractère au troisième sous-genre des gades. Sa mâ- choire inférieure est plus avancée que la supérieure , ce qui le sépare de la moive , et sa nageoire de l'anus renferme jusqu'à soixante-dix rayons, ce qui le distingue de toutes les espèces comprises dans le sous^ genre où nous l'avons inscrit, et même de tous les gades connus jusqu'à présent. On en doit la première description au savant Millier , auteur du Prodrome de la aioologie danoise. D E s G A D E s. 565 LA L O T E (i). LE GADE LOTE (2), PAR LACÉPÈDE. QUINZIEME ESPÈCE. 1_JA lote mérite une attention particulière des naturalistes. Elle présente tous les ca- ractères génériques qui appartiennent aux gades ; elle doit être inscrite dans le même (i) La lote. En Poméranie , en Prusse et dans la Marche électorale, quappe. En Livonie, en Silésie et en Saxe , aalquappe , aalraupe. En Autriche , rutte , tialrutte. Dans les contrées du haut Rhin , ruffolck. En Hongrie , rwzysch , rutten , menyhal. En Bohème, miniuck. En Pologne , mient. En Esclavonie , p^go- relia. En Italie , strinzo , hottatrise. A Milan , botta. Au Japon , asjoo. A Genève, motene. Gadus cirratus , maxilUs œqualihus. Lin. Syst. nat<. edit. Gmel. s^tn. i54? sp. 14. Sonnim. (2) Gadus Iota. Dans quelques départemens de France, motelle , harbotte. En Angleterre, harbot et hurbot , eelpout. Dans la Belgique , ou France septen- trionale , putaeL En Allemagne, alraupe y olrûppe , trûschy treischen, rutten. En Danemarck, aalqiiabbe , 366 HISTOIRE genre que ces poissons; elle y a toujours été comprise : elle fait véritablement partie de leur famille; et cependant, par un de ces exemples qui prouvent combien les êtres franske gïedder. En Suède et en Norvège , lake. En Russie , nalim Gadus Iota. Lin. édit. de Gmelin. Gade lotte. Daubenton , Encyclop. métliod. — Bonaterre , pi. de l'Encyc. méthod. Gadus lotus. Ascagne , cali. 5,5, pi. xxvi 1 1. Lote. Valmont de Bomare , Dictionnaire d'histoire naturelle. — Faun. suec. 5r5. — Mull. Prodrom. zool. danic. p. 41, n^ 345. — Kœlreuter , nov. Comment. Petrop. 19 , p. 424* — Meidiuger , Icon. pisoiuïn austral, t. 8. — Bloch pi. lxx. Gadus dorso dipterygio , ore cirrato , maxillis œquU" libus. Artedi , gen. 22 , syn. 38. Silurus cirro unlco in mento» Artedi , sp. 107. Lote. Rond. sec. part, des poiss.des lacs , cliap. 18. Barbote. Id. ibid. cliap. 19. — Aldrov. lib. 5 y cap. 46 , fol. 648. Lota, et mustela fluviatilis. Willughby, p. I25. — Ray , p. 67. LiOta Gallis dicta. Gesner, p. 699. Lota Gallorum. Jonston, lib. 3, tit. 3, cap. 11 , p. 168 , tab. 29 , fig. 10. Strinsia , sive botatrissa. Belon , Aquat. p. 5o2. Claria fluviatilis. \^. ibid. p. 3o4- Borbotha. Cub. lib. 3 , cap. 12 , fig. 72,6. Borbocha, Magui Olai , lib. 20 , cap, ao. D E s G A D E s. 667 animés sont liés par d'innombrables chaînes de 1 apports, elle s'écarte des gades par des différences très-frappantes dans les formes, dans les facultés, dans les habitudes, dans les goûts , et ne s'éloigne ainsi de ses con- génères que pour se rapprocher non seule- ment des blennies , qui par leur nature touchent aux gades de très-près, mais encore de plusieurs apodes osseux , particulièrement des murènes, et notamment des anguilles. Comme ces derniers apodes , la lote a le corps trés-alongé et serpentiforme. On voit sur son dos deux nageoires dorsales , mais très-basses et très-longues , ainsi que celle de l'anus,- elles ressemblent à celles qui gar- nissent le dos et la queue des murènes. Les écailles qui la recouvrant sont plus facile- ment visibles que celles de ces ménjes mu- rènes, mais elles sont très- minces , molles, très - petites, quelquefois séparées les unes des autres , et la peau à laquelle elles sont attachées est enduite d'une humeur vis- Bottatria j et triseus. Salvian , fol. 2i5; a, ail iconem , et B. Alropa. Hildegard. lib. i , part. 4 > cap. sS. — Gionov. Mus. 1 ,p. 21 , n*^ 61 ; Zooph. p. 97 , n" 3i5. Enchelyopus subriner^us , etc. Kleia , Miss. pisc. 4* p. 57 , n' i5 , tab. i5 , fig. 2. Barbjt. Brit. Zool. 3 ; p. i65, u^ 14. 568 HISTOIRE queuse très - abondante comme celle d© Tanguille : aussi échappe-t-elle facilement, de même que ce dernier poisson, à la main de ceux qui la serrent ayec trop de force et veulent la retenir avec trop peu d'adresse; elle glisse entre lem^s doigts parce qu'elle est perpétuellement arrosée d'une liqueur gluante; et elle se dérobe encore à ses ennemis parce que son corps , très-alongé et très- mobile, se contourne avec prompti- tude eu difFérens sens, et imite si parfaite- ment toutes les positions et tous les mouve- mens d'un reptile, qu'elle a reçu plusieurs noms donnés depuis long-tems aux animaux qui rampent. La lote est de plus d'une couleur assez semblable à celle de plusieurs murènes ou de quelques murénophis. Elle est variée dans sa partie supérieure (i) de jaune et de brun, et le blanc règne sur sa partie inférieure. (i) Sa ligne latérale est. droite. On compte h sa première nageoire dorsale i4 rayons, A la seconde 68 A chacune des pectorales ...... 2o A chacune des jugulaires 6 A celle de l'anus 6j A celle do la queue, q^ui est arrondie. . 50 Au D E s G A D E s. 369 Au lieu d'habiter dans les profondeurs de rOcéan ou près des rivages de la mer , comme la plupart des osseux apodes ou jugulaires, et particulièrement comme tous les autres gades connus jusqu'à présent, elle passe sa vie dans les lacs, dans les rivières, au milieu de Teau douce , à de très-grandes distances de FOcéan , et ce nouveau rap- port avec l'anguille n'est pas peu remar- quable. On la trouve dans un très-grand nombre de contrées, non seulement en Europe et dans les pays les plus septentrionaux de cette partie du monde , mais encore dans l'Asie boréale et dans les Indes (1). Elle préfère le plus souvent les eaux les (i) On prend dans l'Irtisch, fleuve de Sibérie, beau- coup de lotes , dont quelques -unes ont deux aunes 6e long. On en pêche aussi de très-grosses dans l'Oby. (Pallas , Voyages en Russie et dans l'Asie septentrio- nale , traduct. franc, tom. III, in-4°, pag. 1065 ^^ tom. IV, p. 106. ) La lote est abondante dans le lac de Genève; c'est aussi un des poissons les plus communs du lac de Neucliatel , sur -tout le long de la côte entre Cour- tailliod^ Auvernier, Neuchatel, etc. (Razoumowsky, ïïist. nat. du Jorat , tom. I , p. 1 26 ; et tom, II , p. i o5.) S o N w I N I. Poiss, Tome VI. A a 570 HISTOIRE plus claires , et afin qu'indépendamment de sa légèreté les animaux dont elle fait sa proie puissent plus difficilement se soustraire à sa poursuite, elle s'y cache dans des creux ou sous des pierres ; elle cherche à attirer ses petites victimes par l'agitation du bar- billon ou des barbillons qui gainissent le bout de sa mâchoire inférieure , et qui res- semblent à de petits vers : elle y demeure patiemment en embuscade, ouvrant presque toujoui s sa bouche , qui est assez grande , et dont les mâchoires, hérissées de sept ran- gées de dents aiguës, peuvent aisément re- tenir les insectes aquatiques et les jeunes poissons dont elle se nomxit (i). On a écrit que dans quelques circons- tances la lote étoit vipère, c'esl-à-dire, que les œufs de cette espèce de gade éclosoient quelquefois dans le ventre même de la mère, et par conséquent avant d'avoir été pondus. Cette manière de venir à la lumière n'a été observée dans les poissons osseux que lorsque ces animaux ont réuni un corps aîongé , délié et serpent iforme , à une grande abon- dance d'humeur visqueuse comme la lote. (i) Il y a auprès du pylore 5g ou /^o appendices intestinales. D E s G A D E s. 371 Au reste , elle siipposeroit clans ce gade un véritable accouplement du mâle et de la femelle, et lui donneroit une nouvelle con- foiniité avec Tanguille , les blennies et les silures. La lole croît beaucoup plus vite que plusieurs autres osseux ; elle parvient jus- qu'à la longueur d'un mètre ( trois pieds et plus) , et Valmont deBomare en a vu une qu'on avoit aj)porlée du Danube à Chantilly, et qui étoit longue de plus de douze déci- mètres ( pi es de quatre pieds ) (1). Sa chair est blanche , agréable au goût , facile à cuire ; son foie , qui est très- volu- mineux, est regardé conjme un mets déli- cat (2). Sa vessie nalatoire est très-grande, souvent égale en longueur au tiers de la (i) C'est vers la fin de décembre et en janvier que la lote commence à frayer j elle multiplie beaucoup. S O N N I N I. (2) Bloch rapporte qu'une comtesse de Beuchlingen en Thuringe aitnoit tant le foie de lote, qu'elle em- ployoit une grande parlie de ses revenus à s'en pro- curer. ( Hisl. nat. des poissons , article de la lote. ) Quelques auteurs ont écrit que ce foie, suspendu dans un verre et placé à l'ardeur du soleil ou près d'un poêle chaud , donnoit une huile qui est un remède cflicace contre les durillons. Sonniki. Aa 2 5rj2 HISTOIRE longueur totale de ranimai , un peu rétrécie dans son milieu, terminée par deux prolon- gations dans sa partie antérieure , formée d'une membrane qui n'est qu'une continua- tion du péritoine, attachée par conséquent à l'épine du dos de manière à ne pouvoir pas en être séparée entière , et employée dans quelques pays à faire de la colle, comme la vessie à gaz de l'acipensère huso. Ses œufs sont presque toujours, comme ceux du brochet et du barbeau , difficiles à digérer , plus ou moins m al- faisan s , et , par un dernier rapport avec l'anguille et la plupart des autres poissons serpentiformes , elle ne perd que difficilement la vie (i). (i) Ou peut la conserver pendant quelque tems en vie, en lui donnant du cœur de bœuf coupé par mor- ceaux minces, ou de petits poissons. Sgnnini. D E s G A D E s. SyS LA MUSTELLE (i). LE GADE MUSTELLE (2), ET LE GADE CIMBRE (3), PAR LACÉPÊDE. 16^ ET 17^ ESPÈCES. Xja mustelle a beaucoup de ressemblance avec la lote par l'alongement de son corps, (i) ha mustelle , nom de ce poisson en Languedoc- En allemand , meerstrusche , meerquappe. Dans le Holstein , outi^quappe , hrulquappa. En Danemarck , hrol-quabbe , moer-qiiabbe. l^n Norvège , rodbrum y tong-brosme. En Angleterre, rockling , thrc.e-beardet^ Cad ; dans la province de Cornouailles , whistlefish ; dans celle de Cliester , sea-loche. En Italie , mustela. En Turquie , djellndsjih baluk. Gadus cirris quinque ^ pinnâ dorsall priore exso" letâ..,, gadus mustela. Lin. Syst. nat. edit. Gmel. gen. i54jsp. i5. Sonnini. (2) Gadus mustelta. Sur plusieurs côtes d'Italie , galea , pesce moro , donzellina , sorge marina. Sur plu- sieurs rivages de la Grèce , gouderospsaro. En Angle- terre , whisth fish. Auprès de Hambourg et dans Aa 3 574 HISTOIRE la petitesse de ses écailles , et Fhumeur vis- queuse dont elle est imprégnée : mais elle quelques autres contrées septentrionales , hrull" quappen, Gadus miistella , gadus tricirratus B , et gadiis rus- tiens G. Lin. édit. de Gmelin. Gade musielle Daubenton , Ericyclop. mélhod. — Bonaterre , pi. de l'EncycK métliod. Gade la brune. Id. ibid. — Bloch, pi. clxv. 3fusfelle. Valmont de Bomare , Diclionn. d'iiisf. nat. — Mull. Prodrom. zool. dan. p. 42, n° 34^. Gadus dorso dipterygio , cirris maxillœ superioris giiatuor ; inferloris , uno. Mus. Ad. Fr. i. Gadus dorso dipterygio , sulco ad pinnam dorsi primam , are cirrato. Arledi , gen. 22 , syn. Sy. Galta Venetorum , seu asellorum altéra species. Bel, Id. must$lla vulgaris , et mustella marina tertia. Gesner, p. 8<), 90 et io5 (Germ.),fol. 4^, B, et 42, A. Mustelle vulgaire. Rondelet , première part. liv. g, chap. i4' — Aldrov. lib. 5 , cap. 8, fol. 290. — Wil- lugiiby , p. 121. — Bay, p. 67 , n" i. Miistela. Jonston , lib. i , tit. i , cap. i , A , 2 , tab. I , fig. 4. 3Iustela altéra. Sclionov. p. 49* Muiitela marina tertia. Gronov. Zooph. n** 3i4î Mus. I , p. I , 11^ 2 ; AcL Ups. 1742 , p. 93 ,tab. 3. Spolted li^histle fi.^h , et brow whistle fish, Brit. zool. 5 , p 164 , n'' i5 , et i65 , n^ i6. Enchp'yopus cirris tribus , altéra è mento , etc, Klein, Miss, pisc 4, p. 67, n*^ 14. — Walbaum , Sclirif. der Berl. naturf. ges. 5t D É s G A D E s. 575 n'habile pas, comme ce poisson, an milieu de l'eau douce; elle \it dans Foccan Atlan- tique et dans la Méditerranée (5). Elle y parvient jusqu'à la longueur de six déci- mètres (vingt-un pouces ). Elle s'y nourrit de cancres et d'animaux à coquille; et pen- dant qu'elle est jeune, petite et foible, elle devient souvent la proie de grands poissons, particulièrement de quelques gades et de plusieurs scombres. Le tems de la ponte et de la fécondation des œufs de cette espèce est quelquefois retardé jusques dans l'au- tomne , ou se renouvelle dans cette saison. La mustelle est blanche par dessous , d'un brun jaunâtre par dessus , avec des taches noires et d'un argenté violet sur la tête. Les nageoires pectorales et jugulaires sont rou- (5) Gadus cimbrius. Gadus cimbrius. Lin. càW. de Gmel. Gade cimbre. Bonaterre , pi. de l'Encyc. mclli. (4) Gadus cirris quatuor , pinnâ do r sa H priore exsO" letâ : radio primo hastato gadus cimbrius. Lin. Syst. nat. edit. Gmel. gen, i54> sp. i(j. S o N N I N I. (5) On la voit sur-tout paroître en grande quantité dans la mer Adriatique et sur les côtes de Cornouailles. S o N N I N I. A a 4 376 H I s T O I R E geâtres ; les autres sont brunes avec des taches alongées, excepté la nageoire de la queue , dont les taches sont rondes. L'on trouve cependant plusieurs individus sur lesquels la nuance et la figure de ces di- verses taches est constamment différente , et même d'autres individus qui n'en pré- sentent aucune. Il est aussi des mustelles qui ont quatre barbillons à la mâchoire supérieure, d'autres qui n'y en montrent que deux , d'autres encore qui n'y en ont aucun; et ces diversités dans la forme, plus ou moins transmissibles par la génération , ayant été comparées par plusieurs natu- ralistes avec les variétés de couleurs que l'on peut remarquer dans l'espèce que nous examinons , ils ont cru devoir diviser les mustelles en trois espèces : la première dis- tinguée par quatre barbillons placés à une distance plus ou moins petite des narines ; la seconde par deux barbillons situés à peu près de même, et la troisième par l'absence de tout barbillon à la mâchoire supérieure. Mais après avoir cherché à peser les témoi- gnages, et à comparer les raisons de cette multiplication d'espèces , nous avons pré- féré l'opinion du savant professeur Gmelin, D E s G A D E s. 377 et nous ne considérons l'absence ou le nombre des barbillons de la mâchoire d'eu haut , ainsi que les dissemblances dans les teintes, que comme des signes de variétés plus ou moins permanentes dans l'espèce de la mustelle. Agreste, ce gade a toujours un barbillon attaché vers l'extrémité de la mâchoire in- férieure , soit que la mâchoire supérieure en soit dénuée, ou en montre deux, ou en présente quatre. De plus , la langue est étroite et assez libre dans ces mouvemens. La ligne latérale se courbe vers les na- geoires pectorales , et s'étend ensuite direc- tement jusqu'à la queue. Mais ce qu'il ne faut pas passer sous silence , c'est que la première nageoire dorsale est composée de rayons si petits et si courts , qu'il est très- difficile de les compter exactement, et qu'ils disparoissent presque en entier dans une sorte de sillon ou de rainure longitudinale. Un seul de ces rayons , le premier ou le second , est très-alongé , s'élève par consé- quent beaucoup au dessus des autres ; et c'est cette longueur ainsi que l'excessive brièveté des autres, qui ont fait dire à plu- sieurs naturalistes que la première dor- 578 H 1 S T O I R E saie de ]a raustelle ne coniprenoit qu'an rayon (i) (2), La première nageoire du dos est con- formée de la même manière dans le gade cimbre, qui ressemble beaucoup à la mus- telle : néanmoins on trouve dans cette même partie un des caractères distinctifs de l'es- pèce du cimbre. En effet , le rayon qui seul est très-alongé, se termine dans ce gade par deux filamens placés l'un à droite et fautre à gauche, et disposés liorisontaîement comme les branches de la lettre T (3). (i) A la membrane brancliiale de la mustelle 5 rayons. Un rayon Irès-alongé et plusieurs rayons très-courts à la première nageoire dorsale. A la seconde 56 A chacune des pectorales 18 A chacune des jugulaires 6 A celle de l'anus 46 A celle de la queue 9.0 (2) Le foie de la mustelle est :iros , d'un jaune pâle et partagé en deux lobes. L'estomac est large, ax'ec huit appendices à sa partie inférieure. Le canal intes- tinal est court;l.i vésicule aérienne est grande , épaisse par en haut, mince et tranchante en bas. (Bloch, Hist. nat. des poissons , article de la mustelle.) Son n I ni. (5) Un rayon très-alongé et plusieurs rayons très- D E s G A D E s. Syç^ De plus, on compte sur les mâchoires de la mustelle cinq, ou trois, ou un seul barbillon. Il y en a quatre sur celles du cimbre : deux de ces derniers filamens par- tent des environs des narines; le troisième pend de la lèvre supérieure ; et le qua- trième de la lèvre inférieure. Le cimbre habite dans Tocéan Atlantique, et particulièrement dans une partie de la mer qui baigne les rivages de la Î3uède. Il a été découvert et très-bien décrit par M. de Strussenfeld (i). courts à la premièic nageoire dorsale du gade cimbre. A la seconde 4^ rayons. A chacune des pectorales 16 A chacune des jugulaires ..... 7 A celle de l'anus 4^ A celle de la queue ....... 26 ( I ) Mémoires de l'académie de Stockholm 7 tome XXXIII , page ^6. 58o HISTOIRE LA MERLUCHE (i) LE GADE MERLUS (2), PAR LACÊPÊDE. BIX-HUITIÈME ESPÈCE. v^E poisson vit dans îa Méditerranée ainsi que dans Focéan Septentrional ; et voilà (i) La merluche , merlus, grand merlan de Bretagne-, merlan de la Méditerranée. En allemand , stockfisch , meeresel. En suédois , lysing. A Gênes , merlucio. En Sardaigne , nasello. En Espagne , merluza. Au Groen- land , akulliakitsoh. En Norvège , kolmund. A Mar- seille , merlan , merlonge. Gadus imberhis , maxillâ inferiore longiore i gadus merluccius. Ijin.Syst. nat. edit. Gmel. gen. i54> sp. ïi. — Brunnich , Ichtîiyol. massil. p. 20, n*' 5i. S G N N I N I . (2) Gadus merlucius. En Italie, merluzo , asello ^ asino , nasello. En Angleterre , hake. Gadus merlucius. Lin. édit. de Gniel. Gade grand merlus. Daubenton , Encyc. mélLod. — Bonaterre , pi. de l'Encycl. métliod. D E s G A D E s. 58i pourquoi il a pu être connu d'Aristote, de Le grand merlus. Duhamel , Traité des pêches , seconde partie , sect. i , cbap. i , pi. xxit. Merlu, et merluche. Valmont de Bomare , Dictionn. d'iiist. nat. — Mus. Ad.Fr. 2, p. 60. — Faun. suec. 3i4« — Forsk. Faun. arable, p. 19. — Gron. Zooph. p. 697 , n° 3i5. — Miill. Prodrom. zool. danic. p. 41 , n° 542. — Otli. Fabric. Faun. groenland. p. 148. Gadus dor.'io dipterygio , maxillâ inferiore longiore, Artedi , gen. 22 , syn. 36. Lysing. Strom. Sondm. 296. AselliLS primus , sive merlucius. Ray , p. 56. Asellus primus Jiondeletii , sive merlucius. Wil- lughby , p. 174, tab. L , m. 2 , n^ i. Onos. Arist. lib. 8 , cap. i5 ; et lib. 9 , cap. 37. Onos , gados. Atben. lib. 7, p. 3i5. ThalaUios. ^lian. lib. 5, cap. 20 , p. 276; lib, 9, cap. 58. — Oppian. Hai. lib. i , p. 5 , et lib. 2 , p. 69. Asellus. Plin. Hist. mundi, lib. 9 , cap. 16 et 17. Asellus. Ovid. v. i3i. — Varro , lib. 4? ^^ Lingua latina. — Jov. cap. 20 , p. 87. Merlus. Rondelet , première partie , liv. 9, cbap. 8. ' — Salvian. fol. 75. Merluccius , asellus, et primiun de merlucio. Gesn. p. 84 , 97 ; ïcon. anim. p. ySy et ( Germ. ) fol. 3g , B. Merluccius. Belan , Aquat. p. i23. Asellus aller, etc. Aldrov. lib. 5 , cap. 2 , p. 286- Asellus fuse us. Cbarlet. p. 122. HaJce. Brit. Zool. 3 , p. i56 , n^ lo. — Jonston , do Piscibus , p. 7 , lab. i , fig. 3. 582 HISTOIRE Pline et des autres naturalistes de la Grèce ou de Rome, qui en effet ont traité de ce gade dans leurs ouvrages. 11 y parvient jusqu'à la longueur de huit ou dix déci- mètres (trente à trente-six pouces environ). Il est très-vorace : il poursuit, pai* exemple, avec acharnement les sconibres et les du- pées ; cependant , comme il trouve assez facilement de quoi se nouriir^ il n'est pas, au moins fréquemment, obHgé de se jeter sur des animaux de sa famille. 11 ne redoute pas l'approche de son semblable. Il va par troupes très-nombreuses; et j:)ar conséquent il est l'objet d'une péclie très-abondante et peu pénible. Sa chair est blanche et lamel- leuse ; et dans les endroits où l'on prend une grande quantité d'individus de cette espèce, on les sale ou on les sèche, comme on prépare les morues, les seys et d'autres gades , pour pouvoir les envoyer au loin. Les merlus sont aussi recherchés dans un grand nombre de parages ; mais dans d'au- tres portions de la mej- où ils ne peuvent pas se procurer les mêmes alimens , il arrive que leurs muscles deviennent gluans et de mauvais goût; ce fait étoit connu dès lems de Galien. Au reste, le foie du merlus D E s G A D E s. 385 est presque toujours ua morceau très- délicat (i). Ce poisson est alongé , revêtu de petites écailles, blanc par dessous, d'un gris plus ou moins blanchâtre par dessus; et c'est à cause de ces couleurs comparées souvent à celles de l'âne qu'il a été nommé ânon par Arislole, Oppien , Alhénée , Elien , Pline et d'autres auteurs anciens et modernes. Le mot à'âîion est même devenu pour plu- sieurs naturalistes un mot générique qu'ils ont appliqué à plusieurs espèces de gades. La tète du merlus est comprimée et déprimée,- l'ouverture de sa bouche grande; sa ligne latérale plus voisine du dos que du bas- ventre , et garnie auprès de la tête de ]3elites verrues dont le nombre varie depkiis cinq jusqu'à neuf ou dix : des dents inégales, aiguës, et dont plusieurs sont cro- chues, garnissent les mâchoires, le palais et le gosier (2) (3). (i) C'étoit un mets Irès-recherché par les anciens, qui l'estimoient autant que le foie du surmulet. S o N N j N r. (2) A la membrane des brancliies . . 7 rayon?, A la première nageoire du dos . . 10 A la seconde 39 584 HISTOIRE J'ai trouvé dans les papiers de Commer- son une courte description d'un gade à deux nageoires, sans barbillons, et dont les autres caractères conviennent au merlus. Coni- merson Ta vu dans les mers Australes ; ce qui confirme mes conjectures sur la possi- bilité d'établir dans plusieurs parages de riiémisphère méridional des pêches abon- dantes de morues et d'autres gades. Le merlus est si abondant dans la baie de Galloway, sur la côte occidentale de l'Irlande, que cette baie est nommée dans quelques anciennes caries la baie des hakes, nom donné par les anglais aux merlus (4). A chacune des pectorales .... 12 A chacune des jugulaires .... ^ A celle de l'anus . 37 A celle de la queue .20 (5) Le foie de ce poisson est gros et d'un jaune pâle, l'estomac d'une grande capacité , et au lieu d'appen- dices , pourvu d'un large cœcuni,le c.inal intestinal courbé en deux endroits , la vésicule aérienne entière , forte, attachée aux côtés et à l'épine du dos. Les reins sont longs et gros, la laite et l'ovaire doubles, les œufs de la grosseur de grains de millet et de couleur orangée. (Bloch, Hist. nat. des poissons , article de la merluche.) S o N N 1 N I. (4) Les merluches sont également communes à Pensance, D E s G A D E s. 385 Pensance, dans le daché de Coinouailles, et sur Is banc de Nyinphen , près des côtes de Watherford. Elles paroissent pour la première fois, près des rivages de l'Angleterre, au mois de juin , pendant la pêche des maquereaux, et la seconde fois en septembre , pen- dant celle des harengs. Elles changent quelquefois le cours de leurs voyages, quittent les parages qu'elles avoient coutume de fréquenter , se rendent vers d'autres , et reparoissent quelques années après dans ceux qu'elles avoient abandonnés. Les anglais ne font aucun cas des merluches j ils les salent et les sèchent pour les envoyer en d'autres pays , et particulièrement en Espagne par le port de Bilbao. En général on pêche ces poissons en trop grande quantité pour pouvoir les consommer frair»; et comme on les met sur des bâtons pour les faire sécher, les allemands les ont appelés stockfiscli ( poisson à bâton) , nom que l'on donne également à d'autres espèces préparées de la même manière. Suivant les observations de Querhoënt , ofEcier distingué de l'ancienne marine, les merluches ont paru en grand nombre dans les environs de Belîe-lle depuis le combat naval de 1/59. L'on n'y en voyoit point avant celte époque, Sonnim. Poiss, TaME VI. Bb 386 H I S T O I R E LE GADE BROSME (i)(2), PAU L A C É P È D E. DIX-NEUVIÈME ESPECE. INous avons maintenant sous les yeux le cinquième sous-genre des gades. Les carac- tères qui le distinguent sont un ou plusieurs barbillons, avec une seule nageoire dorsale. On ne peut encore rapporter qu'une espèce à ce sous-genre, et cette espèce est le brosme. (i) Gadus brosme. Gadus brosme. Ascagne , Icon. rerum natural. tab. 17. — Mlill. Prodrom. zool. dan. p. 41 t "^ 341 • Brosme. Pontopp. Norveg. 2, p. 178. — Stroœ. sondm. i , p. 272 , tab. i , fig. 19. Kaila. Olafs. Island. p. 358 , tab. 27. Gadus brosme» Lin. édit, de Gmel. Gade brosme, Bonaterre , pi. de l'Encycl. métliod* (2) En Islande , kcila. Au G roeiûanà , mJorpallugal\ A Gotthembourg , lub, Gadus ore cirroso , caudâ ovali acutâ gadus hrosme. Lin. Syst. nat. edit. Gmel. gen. 164 , sp. 21. Gadus monopterygius , ore cirroso , caudâ ovali acutâ. . . gadus brosme. Otii. Fabricius, Faun. groeiil, J). 149? SP' 107. S ON M Kl. D E s G A D E s. 387 Ce gade préfère les mers qui arrosent le Groenland ou FEurope septenlrionale (1). 11 a la nageoire de la queue en forme de fer de lance, et quelquefois une longueur de près d'un mèlre (environ trois pieds). La couleur de son dos est d'un brun foncé ; ses nageoires et sa partie inférieure sont d'une teinte plus claire^ on voit sur ses côtés des taches transversales (2). (i) Othon Fabricius dit que cette espèce ne fré- quente (jue les parages méridionaux du Groenland. S O N N 1 M 1. (2) A la nageoire du dos du brosme./ loo rayons. A chacune des pectorales ... 20 A chacune des jugulaires ... 5 A celle de l'anus 60 A celle de la queue 5g fib 3 588 HISTOIRE QUARANTE -SEPTIÈME GENRE. PAR LACÉPÊDE. LES BATRACHOIDES. Xja tête très- déprimée et très-large; Tou- verture de la bouche très-grande ; un ou plusieurs barbillons attachés autour ou au dessous de la mâchoire inférieure. PREMIÈRE ESPÈCE. IjE batrachoïde tau ; batrachoïdes tau, — Un grand nombre de filamens à la mâ- choire inférieure; trois aiguillons à la pre- mière nageoire dorsale et à chaque opercule. seconde espèce. Le batrachoïde blennioïde ; batra- choïdes blennioïdes. — Un ou plusieurs bar- billons au dessous de la mâchoire d'en bas • les deux premiers rayons de chaque nageoire jugulaire terminés par un long filament. DES BATRACHOIDES. 58^ LE TAU (i). LE BATRACHOIDE TAU (2), PAR LACÉPÊDE. PREMIÈRE ESPÈCE. JNous avons séparé le tau des gades, et le blennioïde des blennies, non seulement parce que ces poissons n'ont pas tous les traits caractéristiques des genres dans les- quels on les avoit inscrits, en plaçant le dernier parmi les blennies et le premier parmi les gades, mais encore parce que des formes très- frappantes les distinguent de toutes les espèces que peuvent embrasser ces mêmes genres , au moins lorsqu'on a le (i) Le tau. A la Caroline, toald-fish. Gadus cirratus , operculis triacanthis , pinnâ dorsali priore triradiatâ gadus tau. Lin. Syst. nat. edit. Gmel. gen. i54. jsp. i3. S o n n i n i. (2) Batrachoïdss tau. — Expausariçon. Blocli j pi. VI , fig. 2 et 3. Gadus tau. Lin. édit. de Gmel. Gade tau. Bonaterre , pi. de l'Encycl. méthod. Bb 5 Sgo HISTOIRE soin nécessaire de n établir ces cadres que d'après les principes réguliers auxquels nous tâchons toujours de nous conformer. Nous avons de plus rapproché l'un de Fautre le tau et le blennioïde, parce qu'ils ont en- semble beaucoup de rapports ; nous les avons compris dans un genre particulier, et nous avons donné à ce genre le nom de haira^ choïdes ^ qui désigne la ressemblance vague qu'ont ces animaux avec une grenouille, en grec batrachos , et qui rappelle d'ailleurs les dénominations de grenouiller et de raninus , appliquées par Linnôeus , Daubenton et plu- sieurs autres célèbres naturalistes au blen- nioïde. Le tau habite dans l'océan Atlantique, comme presque tous les gades, dans le genre desquels on avoit cru devoir le faire entrer; mais on l'y a péché à des latitudes beaucoup plus rapprochées de Féquateur que celles où Ton a rencontré la plupart de ces pois- sons. On l'a vu vers les côtes de la Caroline , où il a été observé par le docteur Garden, et d'où il a été envoyé en Europe. Ses formes et ses couleurs , qui sont très- remarquables , ont été fort bien décrites par le célèbre ichtbyologiste et mon savant confrère le docteur Bloch. DES BATRACHOIDES. 69* Il est revêtu d'écaillés molles , petites 5 minces, rondes, brunes, bordées de blanc, et arrosées par une mucosité très -abon- dante , comme celles de la lote et de la niustelle. Le dos et les nageoires sont tache- tés de blanc ou d'autres nuances. La tête est grande et large; le museau très-arrondi. Les yeux, placés vers le som- met de cette partie et très- rapprochés l'un de l'autre, sont gros, saillans, brillans par l'éclat de l'or que présente l'iris , et entourés d'un double rang de petites verrues. Entre ces organes de la vue et la nuque s'étend transversalement une fossette et une bande plus ou moins irrégulière de couleur jaune, sur les deux bouts de laquelle on peut observer quelquefois une tache ronde et très-foncée. Les dents sont aiguës. Il n'y en a que deux rangées de chaque côté de la mâchoire inférieure; mais la mâchoire d'en haut, qui est beaucoup plus courte, en montre un plus grand nombre de rangs. Une double série de ces mêmes dents hérisse chaque côlé du palais. Plusieurs barbillons sont placés sur les côtés de la mâchoire supérieure; un grand nombre d'autres filameus sont attachés à la Bb 4 592 HISTOIRE mâchoire d'en bas, et disposés à peu près en portion de cercle. Chaque opercule, composé de deux lames, est de plus armé de trois aiguillons. Le tau a deux nageoires dorsales; la première est soutenue par trois rayons très- forts et non articulés. Celle de la queue est arrondie. Le tau a été nommé ainsi à cause de la ressemblance de la bande jaune et trans- versale qu'il a auprès de la nuque, avec la (traverse d'un T grec ou tau (i). (i) A la membrane branchiale du tau 6 rayons. A la première dorsale 5 A la seconde ........ 25 A cbacune des pectorales. ... 20 A chacune des jugulaires* ... 6 A calle de l'anus i5 A celle de la queue . ..... i2 DES BATRACHOIDES. SgS LE BATRACHOIDE B L E N N I O I D E (i) (a), PAR LACÉPÊDE. SECONDE ESPÈCE. l^E batrachoïde a un ou plusieurs bar- billons au dessous de la mâchoire inférieure. Les deux premiers raj^ons de chacune de ses nageoires jugulaires sont beaucoup plus longs que les auties; ce qui, au premier cœup d'œil, pourroit faire croire qu'il n'en a que deux dans chacune de ces nageoires, comme la plupart des blennies , dans le genre desquels on Fa souvent placé, et ce (i) Batrachoïdes blennioïdes. Blennius raninus. Lin. édit. de Gmel. — Faun. suecic. 3 16. Blenne grenouiller. Daubentori , Encyc. méth. — Bonaterre , pi. de l'Encycl. niélh. — Mlill. Prodroin. zool. dan. n" 359. — Strom. Sondni, i , p. 359. (2) Blennius pinnis ventralihus subsexfidis , citi-o gulari blennius raninus. Lin. Syst. liât. cdit. Gmel. gen. i55; sp. i3. Sonnini, Sgi HISTOIRE qui m'a engagé à lui donner le nom spéci- fique de blennioïde. On le trouve dans les lacs de la Suède , où il paroît qu'il est redouté de tous les poissons moins forts que lui , qui s'écartent le plus qu'ils peuvent des endroits qu'il fréquente. Quoiqu'il tienne, pour ainsi dire, le milieu entre les gades et les blennies, il n'est pas bon à manger (i). C'est avec toute raison, ce me semble, que le professeur Gmelin regarde comme une simple variété de cette espèce qu'il rapporte au genre des blennies , un poisson de l'océan Septentrional , dont voici une très-courte description (2) (3). Il est d'un brun très-foncé. Ses nageoires sont noires et charnues; son iris est jaune; (i) A la membrane bratichiale . . 7 rayons. A la nageoire dorsale ^Ç^ A chacune des nageoires pectorales 22 A chacune des jugulaires. ... 6 A celle de l'anus 60 A celle de la queue 3o (2) Gmelin, édition de Linnasus, article du blennius raninus. — Mlill. Zoo\. dan. p. i5 , tab. 45. — Dansk. Vidcnsk. selsk. skrift. 12, p. 291. (5) Gadus dipterygius cirraius , pinnis ventralihus hisetis gadus raninus. Lin. Syst. nat. edit. i3 , gcn. i55,sp. i5, var. ^. Sonniki. DES BATRACHOIDES. SgS une mucosiLé abonclanle , semblable à celle dont le tau est imprégné , humecte ses écailles, qui sont petites. Sa tête, très-aplatie, est plus large que son corps; Touverture de sa bouche très-grande; chaque mâchoire armée d'un double rang de dents acérées et rougeâtres, suivant plusieurs observateurs; la langue épaisse , nmsculeuse, arrondie par devant; le premier rayon de chaque na- geoire jugulaire terminé par une sorte de fil délié; et le second rayon des mêmes nageoires prolongé par une appendice ana- logue 5 mais ordinairement une fois plus longue que ce filament. Fin du sixième Volume, TABLE Des matières contenues dans ce sixième Volume. V' ingt-'SEptième genre. Les ophlsures , par Lacépède. ^ I*a§c 5 La murène serpent tache. L'ophisure ophis , pre- mière espèce , par le même. 7 sans tache. L'ophisure serpent , seconde e&pèce , par le même. 10 Uophisure fascé ^ troisième espèce ^ par le même. 12 Vingt- huitième genre. Les triuren ,par le même. i5 Letiicaud^ ou hacha de mer. Le triure bougainuillien, par le même. i4 Vingt-neuvième genre. Les aptéronotes ^ par le même. 25 Le passan. L'aptéronote passan , par le même. 24 Trentième genre. Les régalées, par le même. 3o Le régalée glesne , première espèce , par le même. 5i lancéolé , seconde espèce , par le même. 55 Trente-unième genre. Les odonfognathcs , par le même. 57 L'odontognathe aiguillonné , par le même. 38 Trente-deuxième genre. Les murènes j par le rnême, 44 ÏJ anguille y pi. XXII. La murène anguille , première espèce , par le même, 4^ L'anguille du Nil, seconde espèce. io4' Pêche de l'anguille. io5 TABLE 597 L*ane , planche XXV. La trachine vive , première espèce , par le même. 248 La trachine oshech , seconde espèce , par le même. 262 Quarante -sixième genre. Les gades,par le même. 265 La morue j planche XXVI. Le gade morue, pre- mière espèce, par le même. 269 Vœglefin. Le gade œglefin , seconde espèce , par l» même. 3 1 1 Le bib. Le gade bib , troiaihma espèce , par le même, 320 Le gade saida et le gade blennioïde , quatrième et cinquième espèces ^par le même. 325 Le maschebout , le tacaud et le capelan. Le gade callarias , le gade tacaud et le gade capelan , sixième , septième et huitième espèces , par le même, 328 Le colin , le lieu , le sey. Le gade colin , le gade pol- lack et le gade sey , neuvième , dixième et onzième espèces , par le même. 3^q Le merlan j pi. XXVI. Le gade merlan , douzième espèce , par le même. 55^ Le lingue. Le gade molve et le gade danois, treizième et quatorzième espèces^ par le même. 3()o La lote. Ls gade lote , quinzième espèce , par le même. 365 40O T A B L E. La mustelle. Le gade mustelle et le gade cimhre , sei- zième et dix -septième espèces , par Lacépède. SyS La merluche. Le gade merlus , dix-huitième espèce , par le même^ 3gQ Le gade brosme y dix-neuvième espèce , par le même. 386 Quarante- septième genre. Les batrachoïdes , par le même, . 588 Le tau. Le batrachoïde tau , première espèce , par le même, 589 Le batrachoïde blennioïde , seconde espèce , par le même^ 595 Tin de la Table. 'T